Le retour du Pérou confirmé pour le 40e Dakar

Le directeur du Dakar, Étienne Lavigne, décrit pour Motorsport.com ce que sera le parcours de la 40e édition de l'épreuve. Celle-ci s'élancera le 6 janvier 2018 de Lima au Pérou, dont ce sera le retour après cinq ans d'absence.

Quels seront les pays composant le parcours de cette 40e édition ?

Le Dakar va comporter trois pays : le Pérou, la Bolivie et l'Argentine. Il partira le 6 janvier pour arriver le 20, on aura 14 étapes dont six sur la partie péruvienne. D'habitude, les parcours du Dakar font entre dix et 12 étapes. Cette année, on va monter à 14 journées de compétition, parce que c'est une année anniversaire et qu'on voulait un programme sportif plus intense, plus compact aussi.

Le Pérou est un pays où ne nous sommes pas allés depuis 2013, soit cinq ans, et cela va déjà compter énormément dans le côté renouvellement du parcours et attractivité en termes de nouveautés – parce que ce sont des parcours de sable, de dunes, de franchissement qui intéressent particulièrement les concurrents. Ils vont être servis car on va leur offrir six jours de course, avec des boucles, dans ces grandes zones désertiques du sud Pérou.

Pour la suite, certaines étapes seront sur deux pays à la fois. Il pourra y avoir une partie au Pérou et une partie en Bolivie, ou une en Bolivie et une en Argentine. Il y aura une ou deux spéciales par jour en fonction des distances et de la géographie, mais l'idée, c'est d'avoir trois pays avec des géographies extrêmement différentes, des courses qui soient intéressantes pour tous.

Dunes, franchissement, ce sera pour le Pérou, des étapes plutôt courtes mais plus techniques. Puis des étapes plus longues mais en altitude sur la partie de l'Altiplano bolivien, où on va passer quatre jours. Et sur la partie argentine, où l'on va rester assez longtemps, il y aura cette grande région désertique du nord-ouest, très rocailleuse, dans les contreforts de la Cordillère.

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L'arrivée sera jugée pour la première fois à Córdoba, qui est la plaque tournante du Rallye d'Argentine. Cela signifie-t-il que les dernières spéciales seront les plus typées WRC ?

La dernière, oui, certainement, puisqu'on sera dans la région du WRC, de Córdoba, en moyenne montagne, sur ces pistes extrêmement sinueuses qui sont très belles et très intéressantes. On sera à Córdoba pour avoir la dernière spéciale et le podium dans la même journée, dans un format très ramassé. Mais sinon, même sur la partie argentine, ça restera beaucoup de zones de hors-piste, de tout-terrain, qui seront en dehors des sentiers battus.

Chaque année, on essaie de redistribuer les cartes pour que les concurrents ne s'attendent pas à ce qu'ils vont découvrir. Comme les reconnaissances sont interdites et puisqu'on corse les règles en termes de navigation et qu'on les surprend avec de nouvelles spéciales, c'est ce qui fait un peu l'ADN de l'épreuve, on crée de la surprise, de l'inattendu, avec des spéciales qui alternent des portions rapides, des portions plus techniques, des choses extrêmement variées.

La dernière partie sera malgré tout plus roulante ?

Oui, mais notamment après La Paz, qui accueillera la journée de repos le 12 janvier, en descendant ce grand plateau bolivien qu'est l'Altiplano, on a trois grandes zones de sable avec de petites dunettes assez techniques, assez piégeuses, qu'on a déjà faites en 2017, qui sont vraiment intéressantes, qu'on va refaire dans des sens différents et qui peuvent créer de l'incertitude et de l'inconfort pour les concurrents. Donc, il n'y aura pas un Dakar divisé entre une portion technique et de navigation, et une autre rapide et sinueuse.

Chaque jour, on essaiera d'amener les concurrents à avoir des rythmes différents. Il ne s'agit pas de faire une étape de WRC et le lendemain une étape de hors-piste. L'idéal, c'est d'alterner des portions rapides avec des portions de pilotage, de tout-terrain, de franchissement, de navigation – de manière à ce que tous les talents puissent s'exprimer. Parce qu'un Stéphane Peterhansel, par exemple, va plutôt être très très bon sur les portions tout-terrain et navigation, et un Sébastien Loeb sera très très bon sur les portions de pilotage et piste unique.

Mais ce n'est pas toujours faisable. Dans la région de Córdoba, il n'y a pas de hors-piste possible, ce sont des pistes sinueuses sur moyenne montagne, qui sont super intéressantes mais où il ne faut pas chercher de la navigation ou du franchissement. Ça n'existe pas dans cette région-là. À l'inverse, plus haut au nord, dans la région de Cinecito, on a des zones de hors-piste, où l'on peut faire de la navigation.

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Dans quelles proportions le parcours est-il renouvelé par rapport à 2016 ?

Plus de la moitié. Les spéciales seront renouvelées dans la mesure où ce ne sera pas exactement les mêmes que celles qu'on a pu faire par le passé. Ce sont des régions qu'on connait bien : le nord-ouest argentin, ça fait dix ans qu'on y va. La province de Catamarca, par exemple, avec de très belles zones lunaires dans un grand cirque de montagne, où nous ne sommes pas allés depuis deux ans. On va tourner aussi dans la région de Belén.

Sur 500 km, en fonction qu'elle soit faite du sud au nord ou du nord au sud, on ne parle pas de la même spéciale, déjà. Ce n'est pas du tout la même lecture du road-book et des difficultés. Après, si vous introduisez des variantes, vous créez de la curiosité, et c'est le cas sur le plateau bolivien.

Ce n'est pas parce qu'on fait les mêmes régions qu'on fait les mêmes spéciales. C'est comme les cols ou les sommets, qui peuvent se gravir de diverses manières ou de plusieurs côtés. C'est un peu pareil : en fonction des zones géographiques où l'on se trouve, on va inverser, changer le sens des spéciales, rajouter des morceaux, en supprimer, de manière à surprendre les concurrents parce que le maître-mot, chez nous, c'est surprendre les concurrents à chaque édition avec des parcours qui créent de la curiosité, de l'intérêt, de la surprise, de l'inattendu – de manière à ce qu'ils soient mis en inconfort, c'est-à-dire sans pouvoir anticiper ce qu'ils vont rencontrer, sans pouvoir prévoir exactement le déroulé de chaque journée. C'est ce qui fait la caractéristique du Dakar.

Avec moins de journées en Bolivie, l'altitude devrait moins être une difficulté que cette année...

En effet. Cela dit, la variété des territoires qu'on va traverser entre le désert péruvien, l'Altiplano bolivien et les contreforts des Andes côté nord-ouest argentin, avec les très fortes températures qu'on peut y rencontrer, cela va faire un triptyque andin avec trois véritables morceaux différents en termes de géographie, de climat et de spéciales. Et moi, encore une fois, je trouve que l'intérêt du Dakar, quand on trace le parcours avec Marc Coma (le directeur sportif, ndlr), c'est de confronter les gens à des variétés de paysages, de difficultés, de longueurs d'étape, alterner les longues spéciales avec de plus courtes et plus techniques.

C'est le but d'un organisateur de maintenir l'intérêt sportif le plus tard possible, et c'est ce qui s'est passé cette année avec le duel entre Peterhansel et Loeb qui n'ont été séparés que de quelques poignées de secondes. Quand vous avez 15 jours de course avec quelques poignées de secondes qui séparent deux pilotes d'exception comme Stéphane et Sébastien, vous avez réussi votre pari.

Y aura-t-il encore des étapes marathon, c'est-à-dire sur deux jours et sans assistance ?

Une pour les motards et une autre pour tout le monde, oui. On a imaginé une étape avec un bivouac moto, a priori au Pérou. Un bivouac un peu en mode rustique, où les concurrents sont entre eux, sans assistance extérieure, ils peuvent s'entraider et se débrouiller un peu. Ce sont des bivouacs un peu sommaires, dans des endroits très reculés, très sauvages, mais ce sont des situations qu'ils [les motards] aiment beaucoup car on revient un peu aux origines du rallye-raid. Et puis, il y aura donc une étape marathon pour toutes les catégories, je pense plutôt soit sur la Bolivie, soit sur le début de l'Argentine.

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Le Pérou est actuellement dévasté par le phénomène El Niño, qui avait convaincu le pays de ne pas être de l'édition 2017. Étant donnée la gravité de la situation, sa présence est-elle assurée ?

Aujourd'hui, le pays est dans une situation complexe, dramatique, avec des événements météo majeurs qui perturbent toute la vie péruvienne, avec des dommages aux biens et aux personnes – c'est une situation de crise. Nous sommes en contact quasiment tous les jours avec eux pour préparer les prochaines reconnaissances. Ils ont envie d'avoir le rallye. On avait rencontré le président Kuczynski chez lui, en septembre, qui nous avait renouvelé son invitation.

C'est vrai que la situation est problématique pour le Pérou maintenant, mais elle va évoluer favorablement dans le temps. Nous allons évidemment travailler à des actions solidaires pour leur donner un coup de main sur ce qu'on peut faire là où ils en ont besoin, et on y travaille déjà. Et puis, dans les mois qui viennent, ils seront contents, comme nous, de pouvoir à la fois promouvoir le Pérou comme destination pour le Dakar, mais aussi pour le mettre en avant, dans les médias, au niveau international. Parce que quand les pays connaissent des traumatismes comme ça, il est indispensable, ensuite, de relancer une machine positive de communication qui attire les touristes, qui donne envie aux gens de découvrir ces pays.

En Amérique du Sud, ce sont des choses qu'on connaît malheureusement assez souvent, parce qu'il y a soit des phénomènes sismiques, soit des tsunamis comme on a vu au Chili il y a quelques années. Ces pays font face à des situations très tendues, mais ils ont aussi la volonté de continuer à vivre en organisant de grands événements pour montrer le meilleur de ce qu'ils sont, et on s'inscrit là-dedans avec eux.

Le Paraguay, d'où avait été donné le départ en 2017, sera absent de la prochaine édition. Pourquoi ?

On aurait pu avoir quatre pays, oui, voire même cinq puisque le Chili était intéressé aussi pour nous recevoir sur une portion de son territoire dans le nord. Mais en fait, cette année, on a préféré un Dakar plus aligné sur un axe nord-sud, Pérou puis Bolivie et cette arrivée à Córdoba, pour avoir un schéma sportif qui soit intéressant du premier au dernier jour. Et c'est vrai que quand on s'éloigne de cet axe, on va dans des régions qui sont moins favorables à la compétition en termes de géographie, notamment tout le Chaco argentin qui nous permettait de rejoindre le Paraguay. Cela aurait rajouté des journées pas vraiment intéressantes sportivement. Donc voilà, c'est le parti-pris qui a été choisi. Mais ça ne veut pas dire qu'on ne reviendra pas au Paraguay et au Chili, il y a d'autres projets pour ces pays-là. Il y a d'autres itinéraires à imaginer, peut-être plus au nord que le Pérou, sur l'Équateur et la Colombie. On a déjà des contacts.  

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Séries Dakar
Type d'article Interview
Tags argentine, bolivie, dakar 2018, etienne lavigne, pérou