Au Mans, des virages Porsche à la limite du raisonnable ?

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B.D., Le Mans - Quand il évoque le circuit des 24 Heures du Mans, Nicolas Prost en parle toujours avec une grande humilité. C'est d'ailleurs le cas de tous ceux qui se mesurent à ce tracé atypique, si caractéristique de l'Endurance et que l'on ne retrouve nulle part ailleurs.

Avec le temps, le circuit de la Sarthe a subi de multiples modifications. Si le tracé en lui-même n'évolue plus, les 13,629 km qu'il compte sont en permanence soumis à des changements sécuritaires et à des améliorations apportées par l'ACO, organisateur de l'épreuve. Si tous les ans le circuit est un peu plus sûr, il comporte le danger inhérent à toute course automobile. La disparition tragique d'Allan Simonsen il y a un an, après une violente sortie de piste dès le début de course au virage du Tertre-Rouge, est venue le rappeler cruellement.

Pour Nicolas Prost, ces progrès sécuritaires sont évidemment cruciaux. Cette année encore, les organisateurs ont justement revu les dégagements du Tertre-Rouge et des virages Porsche. Les esses Porsche, une portion ultra-rapide qui devient à la limite de la raison pour les LMP1 selon le Français.

« Malheureusement, je pense que certains virages arrivent à la limite du raisonnable. Dans les Porsche on commence à passer très très vite », explique-t-il à ToileF1. « Peut-être qu’il faudra penser à resserrer ces virages. La progression des voitures est très importante. Quand on voit le règlement, on n’aurait jamais pensé roulé aussi vite et quand on regarde les vitesses de passage en courbe elles sont de plus en plus élevées. »

Préserver le charme et l'authenticité

Loin de lui l'idée de remettre en cause la nature de la course au Mans.

Là où Tom Kristensen appelait dernièrement à préserver l'authenticité du circuit

en ne le dénaturant pas, Prost voit des opportunités de concilier les progrès et la conservation des spécificités mancelles.

« Ce ne sont pas les voitures en elle-même qui sont dangereuses, mais on est quand même sur un circuit avec des virages extrêmement rapides. Il faudra agir sur les virages, mais je ne pense pas qu’il faut croire que ça va dénaturer le circuit. Il faut juste le faire bien. Certains virages commencent vraiment à être à la limite du raisonnable », répète-t-il.

Clairement, les virages Porsche divisent au sein même des pilotes. Pour sa deuxième participation au Mans avec l'équipe chinoise KCMG en LMP2, Alexandre Imperatori est quant à lui conquis par ce secteur du circuit, ou l'on « arrive très fort dedans, à 300 km/h, puis c’est un enchaînement de cinq virages qui se fait très rapidement, on est à fond de cinquième. Il n’y a pas de place pour l’erreur : un mètre d’herbe puis tout de suite le mur. Si quelque chose arrive là-bas, c’est la fin de la course. »

Néanmoins, la sécurité reste à ses yeux aussi primordiale. Là aussi, tout est question d'équilibre à trouver.

« Une partie du charme des virages Porsche c’est le fait de ne pas avoir droit à l’erreur, donc si on met des trop grands dégagements ça va peut-être devenir trop facile, mais d’un autre côté ce sera beaucoup plus sécuritaire. C’est vrai que si on sort dans les virages Porsche on peut se faire très mal. Il y a un compromis à trouver pour ne pas casser l’attrait de ces virages. Et puis sur le plan de la sécurité il y a toujours quelque chose à faire là-dessus. J’aimerais qu’on améliore la sécurité sans pour autant casser le charme. »

Lors des premiers essais libres mercredi après-midi, Loïc Duval a rappelé à lui seul le danger de ce que l'on nomme toujours aujourd'hui la "nouvelle portion" du circuit du Mans, entre le virage du pont et celui du karting. Le pilote français s'est sorti sans blessure sérieuse d'un violent crash.

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Séries Endurance
Pilotes Tom Kristensen , Allan Simonsen , Loïc Duval , Nicolas Prost , Alexandre Imperatori
Équipes KCMG
Type d'article Actualités