Il y a 31 ans : Spa-Francorchamps plongé dans le chaos

Le 26 août 1990 se produit l'un des départs de Grand Prix les plus chaotiques de l'Histoire de la Formule 1. Par deux fois, la direction de course est dans l'obligation de brandir le drapeau rouge à la suite d'incidents, dont un impressionnant crash au sommet du Raidillon. Au total, trois départs sont donnés.

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Ces dernières années, une nouvelle règle a été introduite en Formule 1 sur la procédure à respecter à la fin d'un drapeau rouge. Il est désormais possible pour le directeur de course de relancer l'épreuve avec un départ arrêté, ce que de nombreux fans apprécient. En effet, une relance beaucoup plus serrée permet d'augmenter drastiquement les opportunités de dépassement dans le premier virage, ce que peut difficilement garantir une relance en file indienne.

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On ne compte plus les Grands Prix relancés par un départ arrêté  : Toscane 2020, Bahreïn 2020, Hongrie 2021... Mais aucune de ces courses ne bat le Grand Prix de Belgique 1990, théâtre d'un triple départ !

Nous sommes à la fin du mois d'août et il fait particulièrement chaud dans les Ardennes belges. La silly season bat son plein, Jean Alesi étant au centre des rumeurs compte tenu de ses excellentes prestations au volant de sa modeste Tyrrell 019. Les pré-qualifications, de rigueur au début des années 1990, comptent deux prétendants de moins : Monteverdi, anciennement connu sous le nom d'Onyx, a définitivement jeté l'éponge, dans l'incapacité de payer ses nombreuses dettes. Ainsi, seuls Ligier, Osella, AGS, Coloni, Eurobrun et Life doivent prendre part à cette cruelle épreuve. Le samedi, Ayrton Senna sécurise sa 48e pole position en F1 et améliore une nouvelle fois le record absolu.

Piquet et Donnelly sèment la pagaille

Une nuit plus tard, les 26 bolides alignés sur la grille de départ sont lâchés dans la nature et se dirigent à près de 200 km/h vers l'épingle de La Source. Nelson Piquet, qualifié huitième, bloque ses freins, qui ont probablement refroidis sur la grille, et percute l'arrière de Nigel Mansell. Le "meilleur ami" du triple Champion du monde est envoyé en tête-à-queue.

Au même moment, le moteur V8 Ford de Nicola Larini rend l'âme, et l'Italien est au ralenti. Martin Donnelly, en cherchant à l'éviter, finit par tomber sur son propre coéquipier, Derek Warwick. L'accrochage est inévitable. Plusieurs pilotes sont surpris par ces incidents au sommet et au milieu de la grille. Parmi eux, on trouve Aguri Suzuki et Emanuele Pirro, également à l'arrêt à La Source. En raison du grand nombre de voitures immobilisées sur le tarmac, la course est interrompue. En outre, Stefano Modena et Satoru Nakajima sont allés au contact dans la chicane des Combes.

À cette époque, les équipes étaient autorisées à exploiter trois châssis en Grand Prix, le troisième étant réservé à l'un ou l'autre pilote titulaire en cas d'avaries en essais, qualifications et course. Mansell et Warwick montent dans ce mulet, tandis que Donnelly doit abandonner car les dégâts sur sa monoplace ne peuvent pas être réparés à temps. Suzuki jette lui aussi l'éponge, le Japonais était déjà au volant du mulet au moment du départ.

Barilla miraculé

Près d'une demi-heure plus tard, la direction de course replace les pilotes sur la grille et un second départ est donné. Cette fois-ci, tout se passe sans encombre, Ayrton Senna menant le troupeau vers le Raidillon et complétant le premier tour devant Thierry Boutsen, Gerhard Berger, Alessandro Nannini et Alain Prost.

Cependant, le deuxième tour n'est pas aussi calme. Toujours aux Combes, Pierluigi Martini et Andrea de Cesaris s'accrochent. Un peu plus en aval, Paolo Barilla part à la faute dans l'effrayant Raidillon et percute de plein fouet le rail. Le train arrière de sa Minardi M190 se sépare du châssis sous la force l'impact, et une portion du rail arbore un trou béant. C'est un miracle que de voir l'Italien sortir seul de sa voiture et marcher vers l'autre côté de la barrière.

Une fois de plus, le drapeau rouge est agité. Barilla est emmené au centre médial par précaution, et les voitures sont encore une fois immobilisées sur la grille. Très logiquement, l'hériter de l'empire agroalimentaire ne repart pas. En revanche, cette nouvelle interruption donne une chance aux mécaniciens Lotus de réparer la 102 abîmée de Warwick, qu'ils confient à Donnelly pour le troisième départ !

Jamais deux sans trois ?

Malgré deux tentatives, dont une où un tour a été complété, et une heure d'interruption, la direction de course décide de lancer le Grand Prix de Belgique une troisième fois en respectant la distance originale de 44 tours et 305,36 kilomètres. La tension est logiquement palpable pour ce troisième départ. Allons-nous revoir un accident et un drapeau rouge ?

La réponse est non, les 23 pilotes encore en lice se tenant à carreaux dans le nouveau premier tour et les suivants. Senna conserve le commandement à l'extinction des feux et s'échappe, tandis que son coéquipier Berger est harcelé par Prost, troisième. Le Professeur trouve la solution dans le 14e tour, à la chicane Bus Stop, et devient le seul homme à pouvoir menacer Senna pour la victoire.

Mais le Français gagne peu de terrain et s'arrête dans le même tour que le Pauliste pour changer ses gommes, ce qui ne lui permet pas de faire la différence en décalant son arrêt, donc. Si Prost quitte la pitlane derrière Nannini, qui a quant à lui décidé de rallier l'arrivée avec le même train de pneus, Senna parvient à se hisser devant le museau de la Benetton B190. 

Le futur triple Champion du monde coupe la ligne avec moins de quatre secondes d'avance sur Prost, qui a cravaché jusqu'au bout après avoir dépassé Nannini. Le coup stratégique de l'Italien ne porte pas ses fruits : Berger, qui s'est également arrêté, le dépasse dans la ligne droite de Kemmel à trois tours du but. 

La victoire de Senna devant Prost permet au pilote McLaren de prendre un peu plus d'avance au classement général, 63 points contre 50. Sur le podium, Berger prend une légère avance sur Boutsen, qui a dû abandonner devant son public. Le titre constructeur semble désormais promis à McLaren, comptant 33 points d'avance sur Ferrari. Mais la couronne des pilotes est encore très disputée : malgré son avance, Senna sera dans l'obligation de soustraire ses cinq plus mauvais résultats à la fin de la saison, tout comme les autres pilotes de la grille. Prost, qui a abandonné plus de fois que son rival, a donc une chance de revenir sur le Brésilien... ce qu'il fera avant le Grand Prix du Japon 1990, dont l'issue est connue de tous.

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