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Piquet, Senna, Schumacher... Quand le leader s'accroche avec un retardataire !

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Piquet, Senna, Schumacher... Quand le leader s'accroche avec un retardataire !
Par : Benjamin Vinel
12 nov. 2018 à 19:00

Max Verstappen n'est pas le premier leader d'un Grand Prix à perdre la victoire suite à un accrochage avec un retardataire, en l'occurrence Esteban Ocon au Brésil. Retour en images sur les précédents historiques.

Grand Prix d'Allemagne 1982 - Nelson Piquet vs. Eliseo Salazar

Nelson Piquet, Brabham BT50 en tête

Nelson Piquet, Brabham BT50

Eliseo Salazar, ATS D5 Ford

Eliseo Salazar, ATS D5 Ford

Lors d'une remarquable saison 1982, pas moins de sept pilotes se sont déjà imposés lors des 11 premières courses de la saison, dont Didier Pironi, le leader du championnat. Le pilote Ferrari a signé le meilleur temps des qualifications à Hockenheim mais a percuté la Renault d'Alain Prost lors de cette séance, se blessant grièvement aux jambes. Il ne courra plus jamais en Formule 1. 

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La pole position reste vide au départ, Alain Prost occupant l'avant de la grille devant René Arnoux (Renault) et Nelson Piquet (Brabham-BMW). Champion du monde en titre, Piquet s'empare de la tête de la course dès le deuxième tour et creuse en 18 boucles un écart de 26 secondes sur Patrick Tambay (Ferrari), qui est remonté au second rang. Arnoux, quant à lui, est à 33 secondes, tandis que Prost est contraint à l'abandon par un problème technique.

C'est alors que Piquet trouve sur sa route l'ATS d'Eliseo Salazar, à qui il prend un tour, et qui le percute dans la chicane Ostkurve ! Les deux hommes sont contraints à l'abandon, et un Piquet furieux adresse quelques coups de poing au Chilien toujours casqué, quelques secondes après être sorti de sa monoplace. Patrick Tambay remporte une émouvante victoire pour Ferrari, au lendemain du terrible accident de son coéquipier Pironi.

Grand Prix d'Italie 1988 - Ayrton Senna vs. Jean-Louis Schlesser

Ayrton Senna, McLaren MP4/4

Ayrton Senna, McLaren MP4/4

Jean-Louis Schlesser, Williams FW12

Jean-Louis Schlesser, Williams FW12

Au moment d'aborder le Grand Prix d'Italie 1988, McLaren-Honda a remporté les 11 premières manches de la saison grâce à la toute puissante MP4/4 pilotée par Ayrton Senna et Alain Prost, avec sept victoires pour le Brésilien et quatre à l'actif du Français. Il ne reste que cinq courses pour réaliser l'exploit d'un 100% de réussite, alors que l'écurie vient de remporter, déjà, le titre des constructeurs.

À Monza, sans surprise, Senna signe la pole position avec 0"303 d'avance sur Prost et 0"680 de marge sur Gerhard Berger (Ferrari), dont le coéquipier Michele Alboreto est relégué à plus d'une seconde. 

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Tout se passe à merveille pour McLaren en début de course, puisqu'au 30e des 51 tours, Senna demeure en tête avec trois secondes d'avance sur Prost, 23 sur Berger et 34 sur Alboreto. Or, c'est à ce moment-là que Prost est victime d'une défaillance liée au moteur, et après quelques tours au ralenti, le Français est contraint à l'abandon.

Senna gère ensuite son avance, laissant Berger revenir à cinq secondes alors qu'il reste seulement deux tours à parcourir. C'est à ce moment-là que, dans la Variante del Rettifilo, le Brésilien tente de prendre un deuxième tour à Jean-Louis Schlesser (Williams), qui dispute l'unique Grand Prix de sa carrière. Le pilote français bloque une roue dans la première partie de la chicane mais ne laisse pas complètement passer la McLaren, avec un contact qui brise la suspension arrière droite de la MP4/4. Berger et Alboreto signent ainsi le doublé pour la Scuderia devant les Tifosi, un mois après le décès d'Enzo Ferrari.

"Au dernier moment possible, il fallait que je tourne", déclarera Schlesser par la suite. "Quand je me suis décalé, il était sur le vibreur à l'intérieur, puis il a percuté mon aileron. Je suis vraiment désolé pour lui, mais je ne pense pas que ce soit de ma faute. Je vais quand même aller le voir et demander pardon."

Grand Prix d'Australie 1989 - Ayrton Senna vs. Martin Brundle

Ayrton Senna, McLaren MP4/5

Ayrton Senna, McLaren MP4/5

Ayrton Senna, McLaren MP4/5 et Martin Brundle, Brabham BT58

Ayrton Senna, McLaren MP4/5, Martin Brundle, Brabham BT58

Pour cette ultime manche de la saison 1989, à Adélaïde, le titre des pilotes est déjà joué, remporté par Alain Prost à l'issue d'une nouvelle campagne dominée par McLaren-Honda. Pour son grand rival Ayrton Senna, il s'agit donc surtout de conclure l'année sur une bonne note.

Senna commence le week-end de la meilleure des façons avec la pole position, pas moins de 0"738 devant Prost, tandis que Pierluigi Martini hisse sa Minardi au troisième rang. La course est cependant marquée par de fortes pluies, qui voient pas moins de 18 des 26 pilotes être contraints à l'abandon, dont 11 sur accident. Senna en fait partie. 

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Les conditions sont telles que plusieurs pilotes avaient demandé l'annulation de la course, dont Prost, qui rentre donc au stand pour abandonner à la fin du premier tour. Le drapeau rouge est agité à ce moment-là en raison de nombreux incidents, mais un deuxième départ est ensuite donné. Martini ne se maintient pas longtemps au deuxième rang, rapidement doublé par Thierry Boutsen (Williams-Renault), mais ce dernier ne tient pas le rythme de Senna, accusant un retard de 21 secondes dès le 13e tour.

C'est alors que le Brésilien percute par l'arrière la Brabham-Judd de Martin Brundle, qui évolue au 12e rang, et qu'il ne pouvait voir à cause des projections d'eau. La monoplace de l'Anglais voit son aileron arrière arraché, tandis que Senna perd sa roue avant gauche. Thierry Boutsen s'envole ensuite vers la deuxième de ses trois victoires en Grand Prix.

Grand Prix du Brésil 1990 - Ayrton Senna vs. Satoru Nakajima

Satoru Nakajima, Tyrrell 019 Ford

Satoru Nakajima, Tyrrell 019 Ford

Ayrton Senna, McLaren MP4/5B Honda

Ayrton Senna, McLaren MP4/5B Honda

Percuter un retardataire, c'est en effet une mésaventure qu'Ayrton Senna a connue trois fois en l'espace de deux ans et demi. Nous évoquons ici le Grand Prix du Brésil, deuxième manche de la saison 1990. Alain Prost vient de rejoindre Ferrari suite aux fortes tensions avec Senna chez McLaren-Honda, mais c'est le Brésilien qui a remporté la première course de l'année à Phoenix, tandis que le Français était victime d'une fuite d'huile. 

À Interlagos, devant son public, Senna signe la pole position avec six dixièmes d'avance sur son nouveau coéquipier Gerhard Berger, devançant les Williams-Renault de Thierry Boutsen et Ricciardo Patrese, puis les Ferrari de Nigel Mansell et Alain Prost.

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Prost est toutefois en grande forme lors de la course, profitant des déboires de Mansell et de Boutsen – le Belge subit un accident dans les stands – mais prenant également l'avantage sur Patrese et Berger. Alors triple Champion du monde, le tricolore ne parvient toutefois pas à réduire l'écart sur son ancien équipier, son déficit croissant jusqu'à frôler les 13 secondes au 40e tour de course... lorsque Senna tente de prendre un tour à la Tyrrell de Satoru Nakajima, qui était jadis son coéquipier chez Lotus.

Nakajima a-t-il fermé la porte ? Senna a-t-il tenté de plonger dans une ouverture inexistante ? Toujours est-il que les deux hommes se sont accrochés, et le pilote McLaren a dû rentrer au stand pour changer d'aileron avant. Il a perdu plus de 40 secondes dans l'affaire et s'est classé troisième, Prost s'imposant sur ses terres.

Grand Prix de Belgique 1998 - Michael Schumacher vs. David Coulthard

Michael Schumacher, Ferrari après l'accrochage avec David Coulthard, McLaren

Michael Schumacher, Ferrari F300

Michael Schumacher, Ferrari F300, et David Coulthard, McLaren MP4-13 Mercedes, dans les stands avec des dégâts suite à leur accrochage

Michael Schumacher, Ferrari F300, et David Coulthard, McLaren MP4-13 Mercedes

C'est peut-être l'exemple le plus célèbre de cette liste. Quand arrive le Grand Prix de Belgique, 13e des 16 rendez-vous de la saison 1998, Mika Häkkinen (McLaren) devance Michael Schumacher (Ferrari) de sept points au championnat, avec 77 unités à 70. Outre David Coulthard, qui a 48 points à son actif, tous les autres concurrents sont éliminés de la course au titre.

À Spa-Francorchamps, McLaren frappe un grand coup en qualifications avec le doublé, Häkkinen devant Coulthard, tandis que la concurrence est reléguée à plus d'une seconde – Damon Hill (Jordan) troisième, puis les Ferrari de Schumacher et Eddie Irvine.

Cependant, les précipitations sont très fortes pour la course, et au départ, le carambolage le plus monumental de l'Histoire de la Formule 1 implique 13 pilotes dans la ligne droite entre La Source et Eau Rouge, dont Coulthard et Irvine. Le drapeau rouge est logiquement agité, et la présence du mulet, cette troisième voiture dont chaque écurie disposait jadis en cas de besoin, permet à la plupart d'entre eux de prendre le second départ.

À l'extinction des feux, c'est Damon Hill qui s'empare de la tête de la course grâce à un envol fulgurant, alors que Häkkinen, à la lutte avec Schumacher, perd le contrôle et est percuté par la Sauber de Johnny Herbert. Hill a ensuite fort à faire pour résister à la pression du pilote Ferrari à l'avant du peloton, et Schumacher trouve l'ouverture au huitième tour, à la chicane de l'Arrêt de Bus. 

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Sur un circuit qui lui réussira toujours, le Rainmaster creuse ensuite une avance monumentale de 37 secondes sur Hill en l'espace de 16 tours... mais il percute alors la McLaren de David Coulthard, qui est au ralenti à l'approche de Pouhon – Jean Todt, directeur de la Scuderia, s'est rendu au muret des stands de l'écurie britannique pour s'assurer que Coulthard laisse passer le leader, mais si l'Écossais a ralenti, il est resté proche de la trajectoire !

Quelque peu aveuglé par les projections d'eau, Schumacher perd son aileron avant et sa roue avant droite dans l'impact, Coulthard son aileron arrière. "L'équipe m'a dit à la radio que Michael arrivait et m'a demandé de me décaler", expliquera le pilote McLaren après la course. "Je me suis largement décalé sur la droite. Soit il ne regardait pas devant lui, soit la visibilité était mauvaise. Je n'ai pas zigzagué. Il m'a juste percuté par l'arrière."

"Il a testé mes réflexes", renchérira Schumacher. "Il est clair que lever le pied en ligne droite comme il l'a fait quand je l'ai heurté est très dangereux. Il a l'expérience pour savoir qu'on ne ralentit pas ainsi en ligne droite, sans le moindre avertissement."

Les deux hommes rallient la voie des stands en même temps (voir photo ci-dessus), et il faut alors maîtriser le pilote Ferrari, furieux, ce qui n'est pas sans rappeler la colère de Max Verstappen lors de la dernière course en date.

"Il est arrivé dans le garage comme un animal, en disant que j'avais essayé de le tuer", ajoutera Coulthard. "Je trouve son comportement absolument dégoûtant. S'il veut en discuter calmement, d'homme à homme, pas de problème, mais cette attitude est absolument inacceptable. S'il m'accuse de ça, je n'ai aucune envie de lui parler. Toute affirmation de sa part est complètement fausse, et les images vidéo le prouveront."

Damon Hill et Ralf Schumacher, quant à eux, signent un sensationnel doublé pour Jordan Grand Prix.

Grand Prix du Brésil 2001 - Juan Pablo Montoya vs. Jos Verstappen

Jos Verstappen

Jos Verstappen, Arrows Asiatech A22

La voiture endommagée de Juan Pablo Montoya, BMW Williams FW23 après l'accrochage avec Jos Verstappen, Arrows Asiatech A22

La BMW Williams FW23 de Juan Pablo Montoya

En 2001, un jeune pilote du nom de Juan Pablo Montoya s'attaque à la Formule 1 après avoir remporté en trois ans la F3000, le championnat CART et les 500 Miles d'Indianapolis. Sacré palmarès !

Montoya rejoint BMW Williams, et s'il est contraint à l'abandon lors de ses deux premiers Grands Prix, il fait forte impression au Brésil. Sur le tracé d'Interlagos, le Colombien se hisse à la quatrième place de la grille de départ, derrière Michael Schumacher (Ferrari), Ralf Schumacher (BMW Williams) et Mika Häkkinen (McLaren-Mercedes). Ce dernier cale à l'extinction des feux, alors que Montoya prend l'avantage sur son coéquipier. 

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La voiture de sécurité intervient pour évacuer la McLaren, et lorsqu'elle s'efface, Montoya prend l'avantage sur Schumacher grâce à une manœuvre musclée au premier virage ! La hiérarchie reste très serrée en début de course au sein d'un top 3 complété par David Coulthard (McLaren), puisqu'au moment du premier arrêt de Schumacher, au 25e tour, ce trio se tient toujours en moins de trois secondes.

Or, dans la 39e boucle, alors que l'Arrows de Jos Verstappen s'écarte pour laisser passer le leader, le Néerlandais percute violemment Montoya au freinage du virage 4. La Williams se retrouve dépourvue de son aileron arrière.

"J'ai vu que j'avais un drapeau bleu, et j'ai vu Montoya arriver, donc je me suis placé sur la gauche pour le laisser passer", relatera Verstappen, qui recevra une amende de 15'000€ pour cette collision. "Une fois qu'il m'a doublé, je suis revenu sur la trajectoire, mais il a freiné très tôt. Je suis vraiment désolé pour lui, car on m'a dit qu'il menait la course, mais je ne pouvais pas l'éviter."

C'est finalement David Coulthard qui remporte la course devant Michael Schumacher et un jeune Allemand de 23 ans, Nick Heidfeld (Sauber).

Grand Prix du Brésil 2018 - Max Verstappen vs. Esteban Ocon

Le vainqueur Max Verstappen, Red Bull Racing RB14 percute Esteban Ocon, Racing Point Force India VJM11
Le leader Max Verstappen, Red Bull Racing RB14 percute Esteban Ocon, Racing Point Force India VJM11

En un sens, l'accrochage de Max Verstappen avec Esteban Ocon au 44e tour du Grand Prix du Brésil 2018 est d'autant plus mémorable : c'est la première fois qu'un retardataire s'accroche avec le leader en tentant de récupérer son tour de retard. Nul doute que cet épisode a, lui aussi, marqué l'Histoire !  

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Auteur Benjamin Vinel