"Adieu Jean-Pierre..."

Dans la nuit du 4 au 5 janvier, après deux AVC, Jean-Pierre Beltoise s'en est allé pour toujours

Dans la nuit du 4 au 5 janvier, après deux AVC, Jean-Pierre Beltoise s'en est allé pour toujours. Il avait 77 ans et pour les plus jeunes, c'est sans doute les noms et prénoms de ses fils, Anthony et Julien, et celui de son neveu Vincent, qui sont plus connus que le sien. Pourtant, pour beaucoup de passionnés de sport auto en France, il fut de ceux qui relevèrent l'immense défi de ''nous'' reconstruire une discipline digne de ce nom dans notre pays.

Né à Boulogne-Billancourt, il s'essaya avec la camionnette paternelle dans les rues de l'ouest parisien avant de devenir l'un des meilleurs motards français. C'est sur deux roues qu'il perdit l'usage d'un bras. Il sut rebondir en passant sur 4 roues, comme son ami John Surtees. Peu à peu, il devint l'un des chefs de file d'un sport auto français renaissant des cendres de la guerre, plus de quinze ans après la fin de celle-ci.

Son nom est associé principalement à Matra. En compagnie de Henri Pescarolo, il permit à la jeune marque de faire ses premières armes en Formule 3 à la fin des années 60 puis en F2 et enfin en Formule 1. C'est lui qui fit effectuer au V12 de la marque de Romorantin ses premiers tours de roues, symbolisant ainsi le retour de l'industrie automobile française au plus haut niveau des sports mécaniques. Passé chez BRM, c'est avec cette marque anglaise qu'il connut son heure de gloire en l'emportant sous la pluie à Monaco en 1972, lors d'une course qui restera définitivement d'anthologie.

En sports prototypes - le WEC de l'époque -, Jean-Pierre Beltoise fut l'un des hommes de base de la fantastique équipe mise en place par Jean-Luc Lagardère. Il participa quatorze fois aux 24 Heures du Mans mais n'y connut jamais la victoire.

C'était l'un des modèles de Jean Rondeau, le pilote constructeur manceau. Le pilote parisien fut le premier à rejoindre l'équipe sarthoise avec l'Inaltéra. Il y était en bonne compagnie puisque son vieil ami et rival Henri Pescarolo était lui aussi de l'épopée. Ces deux-là furent de toutes les participations des Rondeau au Mans.

Jean-Pierre ne fut pas seulement un pilote, il faut aussi un infatigable militant du sport automobile puisqu'on lui doit la Formule France, ancêtre de la Formule Renault. Il construisit même une belle petite monoplace, l'Elina, l'ancêtre de toute les formules de promotions de notre pays.

Pendant pas mal d'années encore, il anima les pelotons de course de voiture de tourisme. On lui doit aussi le formidable Championnat de France de supertourisme, une formule dont feraient bien de s'inspirer les actuels promoteurs des courses en circuit. Éclectique et passionné, Jean-Pierre Beltoise fut aussi l'un des pionniers du rallycross en France puisqu'il fut sacré Champion de France de la discipline en 1979.

C'était un "caractère" mais d'une fidélité absolue. Infatigable militant du "bien conduire", il mit en place une très belle école à Trappes pour que sécurité ne soit pas synonyme de répression, et sa méthode de conduite inspire toujours les défenseurs actuels de la maîtrise au volant.

Depuis quelques années, il passait beaucoup de temps du côté de Bordeaux, attaché à son vignoble qu'il exploitait avec autant de passion que lorsqu'il arpentait les circuits du globe.

Un grand champion nous a quittés. Il fut pour notre génération un exemple et un repère. J'ai eu le bonheur de le côtoyer tout au long de ces années. Il nous laisse un immense vide.

A Jacqueline, à Anthony et à Julien et à tous les siens, la rédaction de ToileF1 présente ses condoléances les plus sincères.

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Séries Formule 1
Pilotes Henri Pescarolo , Jean Rondeau , John Surtees , Jean-Pierre Beltoise
Type d'article Actualités