Analyse - Les véritables héros du Grand Prix de Belgique

Un Grand Prix de Belgique ne peut être complet sans avoir passé un peu de temps à admirer les bolides de Formule 1 négocier, à fond, le terrible Raidillon de l'Eau Rouge...

Voir les as du volant à l’œuvre dans une section aussi technique et potentiellement dangereuse est un rare privilège. Il est stupéfiant de voir le train arrière des voitures se mettre parfois à dériver à très haute vitesse dans la montée du Raidillon. Belle image de bravoure.

Mais pour moi, la performance la plus inspirée du week-end est venue d’ailleurs. Un groupe de gens a donné un nouveau sens au terme ‘esprit d’équipe’. Leur passion pour le sport automobile leur a permis de faire fi des ennuis et des difficultés.

Je parle de l’écurie d’Enstone au Royaume-Uni, connue aujourd’hui sous le nom de Lotus. Ces gars n’ont jamais baissé les bras. Permettre à leur pilote, Romain Grosjean, d’accéder au podium à Spa est un exploit retentissant.

Depuis des mois, les finances de l’écurie Lotus ne cessent d’inquiéter. Dans l’espoir de remettre le navire à flots, ses patrons n’ont pas hésité à resserrer les cordons de la bourse.

La possible reprise par Renault

Alors que des pourparlers pour une éventuelle reprise par Renault continuent, l’afflux d’argent a encore diminué.

Grosjean, la grande vedette de ce Grand Prix de Belgique, a déclaré en Hongrie : “Quand vous songez à vendre une écurie, vous n’y investissez plus d’argent, car vous perdrez tout. C’est une jeu d’attente”.

Cette attente a placé l’écurie britannique dans une position fort inconfortable. Les fournisseurs veulent désormais voir leurs factures payées, et les dirigeants de l’équipe ne cessent d’éteindre des feux à droite et à gauche.

Il y a même eu des menaces légales. Puis, l’équipe a reçu ses pneus en retard en Hongrie. Ensuite, à Spa, des huissiers sont intervenus dès le début du week-end, ont saisi les monoplaces, et les ont empêché de quitter le circuit dimanche soir après la course.

Dans plusieurs autres équipes, faire face à autant d’ennuis financiers, sans même savoir si le prochain versement de salaire sera honoré, produirait un exode massif d’employés. Ou, au mieux, un concert de critiques et de revendications.

Mais l’équipe d’Enstone n’a jamais été ordinaire. Au fil des ans, connue sous les noms de Toleman, Benetton, Renault et Lotus, un petit groupe d’individus a résisté, habité par les démons de la course et une rage de vaincre peu commune.

Bien figurer quand tout va bien est facile. Ses nombreuses victoires et ses titres démontrent la qualité de cette organisation. Mais parvenir à terminer sur le podium, malgré les embuches et les soucis, comme ce fut le cas à Spa le week-end dernier, est tout simplement remarquable.

Une monoplace figée

N’oubliez pas que la monoplace noire n’a pratiquement pas évolué au courant de la saison. L’équipe n’a pu produire de nouvelles composantes qui auraient pu être essentielles. La seule véritable nouveauté fut un aileron avant, essayé, mais pas utilisé en course.

Le malaise dépasse toutefois le simple développement de la voiture, car l’équipe manque aussi cruellement de pièces de remplacement. Elle ne dispose que de trois boîtes de vitesses cette saison. Cela accroît le kilométrage mis sur ces organes, avec un haut risque de bris. C’est exactement ce qui s’est produit à Spa quand Grosjean a été pénalisé de cinq places sur la grille de départ pour changement de transmission.

Directeur des opérations chez Lotus, Alan Permane a déclaré sur les ondes de Sky après le Grand Prix de dimanche : “Nous connaissons une saison très, très difficile.“

“Financièrement, c’est notre saison la plus compliquée. Nous devons gratter les fonds de tiroirs pour y arriver et réparer les pièces endommagées. Préparer les voitures pour chaque course relève de l’exploit. Alors, grimper sur le podium ici en Belgique est fantastique".

La grande question est de savoir ce qu’aurait fait l’équipe d’Enstone cette saison s’il n’y avait pas eu ces gros ennuis financiers. La E23 aurait-elle terminé souvent sur le podium? Sans aucun doute.

Faible traînée aérodynamique

Dimanche soir dans le paddock de Spa, Permane déclarait : “C’est une très, très bonne voiture. Elle semble bien marcher à ces niveaux d’appui aérodynamique, comme à Spa et en Autriche, là où elle doit générer moins de traînée.“

“Ceci explique pourquoi nous avons confiance pour Monza. Si nous l’avions développée comme l’ont été les autres monoplaces, nous aurions la chance de figurer encore mieux que nous ne l’avons fait”.

Heureusement, il y a de la lumière au bout du tunnel. Si les dirigeants de Renault peuvent comprendre que l’équipe d’Enstone peut maintenant décrocher de beaux résultats comme à Spa, il est logique de croire qu’avec un peu plus d’argent frais, elle pourrait faire encore mieux.

“Ce résultat est sensationnel. Pour nous à Enstone, cela fait une énorme différence. Cela prouve que nous sommes un groupe très uni. Nous sommes une bonne écurie de course. Cela démontre que nous pouvons encore faire le boulot”.

Des mots parfaits qui explique pourquoi l’équipe d’Enstone mérite un avenir meilleur.

Écrire un commentaire
Montrer les commentaires
A propos de cet article
Séries Formule 1
Événement GP de Belgique
Circuit Spa-Francorchamps
Type d'article Analyse