Les cinq Grands Prix marquants de Kimi Räikkönen

À Abu Dhabi, Kimi Räikkönen participera à son 350e et dernier Grand Prix de Formule 1. Motorsport.com revient sur les cinq courses les plus marquantes de sa carrière.

Les cinq Grands Prix marquants de Kimi Räikkönen

Grand Prix d'Europe 2005

Kimi Räikkönen n'a eu besoin que d'une seule saison en monoplace pour accéder à la Formule 1, et il n'a eu besoin que d'une seule saison chez Sauber pour rejoindre l'une des écuries les plus emblématiques qui soit : McLaren. De 2002 à 2006, le duo a remporté 9 Grands Prix, signé 36 podiums et réalisé 19 meilleurs tours. Une performance plus qu'honorable puisque celle-ci a débuté en pleine domination Ferrari. Toutefois, les fans du pilote finlandais gardent un souvenir amer de cette collaboration.

Pourquoi ? Eh bien parce que Räikkönen a été en mesure de remporter le titre mondial par deux fois mais des obstacles prenant la forme de problèmes de fiabilité insurmontables l'en ont empêché. L'une des plus cruelles désillusions a eu lieu le 29 mai 2005, sur le Nürburgring.

Après un début de saison particulièrement difficile, le pilote McLaren a enchaîné trois pole positions dont deux victoires entre les Grands Prix de Saint-Marin et de Monaco. Avant la manche du Nürburgring, la septième de l'année, il comptait déjà 22 points de retard (plus de deux victoires avec l'ancien barème) sur un Fernando Alonso en état de grâce.

Deuxième sur la grille, Räikkönen a pris un bon envol et le commandement avant d'atteindre le premier virage. Le pilote finlandais avait la course sous contrôle jusqu'au blocage de son pneu avant droit au moment de prendre un tour à Jacques Villeneuve, dans la deuxième moitié de l'épreuve.

D'apparence, cet incident ne semble pas important mais en 2005, les conséquences étaient bien différentes. Cela a été la seule saison où la FIA a interdit le changement de pneus en course, Räikkönen ne pouvait donc pas se débarrasser de son plat sans prendre de pénalité. Et lors des 26 derniers tours de course, ce plat n'a fait que s'aggraver. Le pilote McLaren a fait de son mieux pour garder sa monture dans les limites de la piste mais il devait également composer avec le retour d'Alonso. Relégué à dix secondes à dix tours de l'arrivée, l'Espagnol gagnait un peu plus d'une seconde par tour... ce qui rendait possible une attaque pour la victoire dans la dernière boucle. 

Mais le pilote Renault n'a pas eu à préparer de plan puisque dans le premier virage de ce dernier tour, la suspension avant du Finlandais a soudainement explosé ! Les vibrations causées par le plat étaient si sévères qu'elles sont parvenues à casser l'élément en fibre de carbone comme s'il s'agissait d'une simple brindille, envoyant ainsi le Finlandais s'échouer à haute vitesse dans les graviers et offrant la victoire sur un plateau à son rival Alonso.

Une terrible issue, mais un Grand Prix reflétant parfaitement la malchance que Räikkönen a dû affronter dans ses jeunes années.

Grand Prix du Japon 2005

Räikkönen a connu d'autres désillusions cette année-là, dont une panne en Allemagne alors qu'il était leader. Mais la saison du pilote McLaren ne s'est pas résumée pas à une simple série d'échecs. Le Finlandais a également fait parler tout son talent en allant chercher une victoire d'exception dans les rues de Monaco et en réalisant l'un des comebacks les plus impressionnants de la décennie le 9 octobre 2005, au Grand Prix du Japon.

Une autre règle étrange était en vigueur cette année-là : les qualifications sur un tour. Les pilotes s'élançaient les uns après les autres et n'avaient qu'une tentative chronométrée. Une météo changeante a donc placé Ralf Schumacher en pole et Räikkönen 17e.

Dès l'extinction des feux le lendemain, Räikkönen a pris le mors aux dents et gagné cinq positions dans le premier tour. Ses victimes suivantes furent Felipe Massa, Antonio Pizzonia, Jacques Villeneuve et Christian Klien, ce qui l'emmena jusqu'aux points. Il a ensuite gagné du terrain pendant les arrêts et s'est retrouvé à la poursuite de Michael Schumacher. Il a effacé le Champion du monde en titre dans le premier virage du 30e tour par l'extérieur, une manœuvre impressionnante qui sera répétée quelques minutes plus tard...

En s'élançant en neuvième ligne, Räikkönen ne pensait peut-être pas à la victoire en se réveillant ce dimanche-là. Mais, comme ses illustres compatriotes ayant excellé en sport automobile avant lui, le Finlandais volait. Au final, plus les tours passaient, plus le scénario du succès gagnait en crédibilité. 

Avant de songer à la première place, il fallait encore figurer dans le top 3, ce qui n'était même pas le cas à 15 tours du but. Doubler Giancarlo Fisichella, Jenson Button et Mark Webber n'a jamais été aisé, alors le faire en seulement 15 boucles... Fort heureusement, Räikkönen était sur une stratégie décalée. Grâce à un overcut de cinq tours, il a non seulement fait sauter les bouchons Webber et Button mais a aussi gagné près de dix secondes sur le leader Fisichella !

Les commentateurs d'ITV, James Allen et Martin Brundle, donnaient pourtant le pilote Renault gagnant quelques minutes auparavant. Mais avec ces tours magistraux signés Räikkönen, la donne a totalement changé. Une folle course-poursuite s'est mise en place lors des huit derniers tours de course, Räikkönen faisant passer l'écart de huit secondes au 46e tour à une seconde au 50e passage.

Le pilote McLaren devait toutefois faire vite car le drapeau à damier était programmé pour le 53e tour et sa seule opportunité de dépassement se situait entre le dernier et le premier virage. Cinq mois auparavant, Räikkönen perdait la course dans le dernier tour. Ce jour-là à Suzuka, le Finlandais a pu prendre sa revanche : dans ce même dernier tour, il a pris l'aspiration de la Renault dans la ligne droite des stands, s'est décalé vers l'extérieur et n'a plus lâché l'accélérateur.

Les deux pilotes ont abordé le premier virage côte à côte, et il était clair que Räikkönen n'allait pas céder. Fisichella a donc capitulé, renonçant à la victoire après avoir mené 27 tours. "C'était une victoire fantastique, probablement la meilleure course de Kimi. Je dirais que c'était Kimi à son apogée en 2005", a raconté Paddy Lowe, qui faisait partie de l'équipe d'ingénieurs de McLaren.

Grand Prix du Brésil 2007

La saison 2006 fut toutefois une déception, Räikkönen ne remportant aucune victoire et quittant McLaren à la fin de l'année. Il a alors eu la lourde tâche de combler le vide laissé par le départ de Michael Schumacher chez Ferrari. De plus, il devait composer avec des pneus Bridgestone qu'il découvrait.

L'année a commencé sur les chapeaux de roue avec une victoire en Australie. Mais au fil de la saison, les redoutables McLaren MP4-22 de Lewis Hamilton et Fernando Alonso ont éclipsé la Ferrari F2007. Bien aidé par le scandale d'espionnage et la lutte fratricide entre Hamilton et Alonso ayant secoué McLaren, Räikkönen est resté dans le match pour le titre jusqu'au dénouement final, le 21 octobre 2007.

La dernière course de la saison s'est tenue au Brésil, sur le circuit d'Interlagos. Hamilton occupait la tête du classement général avec 107 points, devant Alonso (103 points) et Räikkönen (100 points). Le Finlandais était donc le moins bien placé des trois. Peut-être a-t-il été si malchanceux à l'époque McLaren qu'en ce jour d'octobre 2007, le destin a décidé de lui donner un petit coup de pouce.

Au huitième tour, alors que les positions en piste offraient le titre à Hamilton, le Britannique a été frappé par un problème technique. Sa monoplace n'a plus eu de puissance pendant de longues secondes, ce qui l'a propulsé au fond du classement.

Räikkönen avait donc une très maigre chance de devenir Champion du monde. Il n'avait pas pu la saisir en 2003 ou en 2005, il l'a agrippée des deux mains en 2007 : dans le dernier tiers de course, son coéquipier Felipe Massa lui a donné le commandement tandis qu'Alonso était troisième et Hamilton huitième. Le meilleur scénario possible pour la Scuderia.

Fidèle à lui-même, Iceman n'a pas tremblé. Le pilote Ferrari a franchi la ligne d'arrivée en empochant les dix points de la première place, portant son total à 110 unités. Sans nul doute la victoire la plus importante de sa carrière.

Alonso s'est classé troisième de la course et Hamilton, qui a tout fait pour remonter, n'a pas pu faire mieux que septième. Par conséquent, le pilote Ferrari a été sacré Champion du monde 2007 pour un point ! Lui qui n'a jamais trop montré ses émotions, il est certain que Räikkönen a dû laisser couler une ou deux larmes d'émotion ce jour-là.  

Grand Prix d'Abu Dhabi 2012

La défense du titre mondial fut particulièrement difficile, et Ferrari négocia très mal le virage du nouveau Règlement Technique en 2009. Résultat : Räikkönen ne triompha que trois fois entre 2008 et 2009 et s'exila en WRC pendant deux ans, des vacances gracieusement payées par Ferrari.

Avec l'ancienne équipe Renault, rebaptisée Lotus en 2012, Räikkönen a fait son comeback en F1. La E20 était une très bonne monoplace, peut-être moins performante que la Red Bull RB8 de Sebastian Vettel, la Ferrari F2012 d'Alonso ou la McLaren MP4-27 du duo Hamilton/Button, mais suffisamment bonne pour décrocher quelques podiums.

Six pour être exact, du moins jusqu'au Grand Prix d'Abu Dhabi, le 4 novembre 2012. L'exclusion de Sebastian Vettel après les qualifications pour une quantité d'essence trop faible lui avait offert la quatrième place sur la grille de départ. Mais, plus important encore, le Finlandais voyait un sérieux concurrent pour la victoire être mis hors-course.

Après un excellent départ l'ayant propulsé en deuxième position, le pilote Lotus voyait d'une part Hamilton s'échapper vers la victoire et de l'autre un septième podium se rapprocher. Mais retournement de situation au 20e tour : Hamilton s'est rangé dans l'herbe, moteur coupé ! Räikkönen a donc reçu le commandement et, avec cela, une avance de plusieurs secondes sur Alonso en deuxième position.

La victoire était tout à fait possible mais pour y parvenir, il fallait encore résister à la pression de l'Espagnol. La tension était palpable sur le muret des stands Lotus. Dans le cockpit de la E20 frappée du numéro 9, elle l'était beaucoup moins : "Laisse-moi tranquille, je sais ce que je dois faire", a lancé Räikkönen à la radio lorsque son ingénieur lui a annoncé qu'il menait la course. Une réponse somme toute classique pour le Finlandais mais qui est devenue culte. C'était aussi ça, Kimi Räikkönen. Sans le vouloir, le pilote faisait toujours quelque chose de fascinant !

L'apparition de la voiture de sécurité à la suite de l'accrochage entre Pérez, Grosjean et Webber n'a rien arrangé puisque cela a permis à Alonso d'avoir une vue directe sur le diffuseur du leader de la course. Le pilote Ferrari s'est accroché jusqu'au bout mais, finalement, Räikkönen a mis fin à plus de trois ans d'attente en signant sa première victoire en F1 depuis le Grand Prix de Belgique 2009.

Grand Prix des États-Unis 2018

Temporairement leader du championnat en 2013, Räikkönen est rentré dans le rang au fil de la saison et sa relation avec Lotus s'est terminée de la pire des manières, le Finlandais devant faire une croix sur une partie de son salaire et quittant l'équipe avant même la fin de la saison. Iceman a alors regagné Maranello, cette fois-ci aux côtés de Fernando Alonso puis de Sebastian Vettel.

Toutefois, le Champion du monde 2007 n'a jamais eu de nouveau le statut de numéro 1, le Cheval Cabré préférant l'attribuer à Fernando Alonso puis Sebastian Vettel. Devenu porteur d'eau, Räikkönen est alors entré dans une sorte de dynamique où on le voyait très performant lors des négociations pour le prolongement de son contrat puis en hibernation le reste de l'année. C'était à se demander si le pilote avait encore les capacités pour remporter une course.

Finalement, Ferrari s'est montré impatient et, fin 2018, a annoncé l'échange de volant entre le Finlandais et l'espoir Charles Leclerc, roulant alors chez Sauber (prochainement Alfa Romeo). Compte tenu des petites performances de la structure helvète, il était clair que les dernières courses de Räikkönen avec Ferrari représentaient ses dernières chances de décrocher une 21e victoire en catégorie reine.

Fait rare pour être souligné, le 21 octobre 2018, à Austin, la Scuderia a été quelque peu obligée de mettre la priorité sur Räikkönen après une pénalité sur la grille et un tête-à-queue en course signés Vettel. Et même s'il était chaussé de gommes ultratendres moins endurantes que les supertendres du poleman Hamilton, le Finlandais a tiré profit des performances de ses enveloppes pour prendre la tête au départ.

Occuper la première place est une chose, la conserver jusqu'au bout en est une autre, surtout lorsque l'on a dans des rétroviseurs Lewis Hamilton et Max Verstappen. Bon nombre de pilotes auraient craqué, surtout avec des pneus usés, mais le vétéran Räikkönen a quant à lui prouvé qu'il n'avait rien perdu de sa superbe. En plaçant sa Ferrari SF71H aux meilleurs endroits possibles du circuit d'Austin, il a systématiquement fermé la porte à ses poursuivants, qui étaient prêts à bondir à l'intérieur ou à l'extérieur.

Et au terme d'une course très intense, l'hymne finlandais a de nouveau retenti dans le paddock. Quatre jours après son 39e anniversaire, Räikkönen décrochait enfin son 21e succès, devenant ainsi le Finlandais le plus victorieux de la Formule 1.

partages
commentaires

Related video

Bottas justifie sa décélération devant Verstappen sous Safety Car
Article précédent

Bottas justifie sa décélération devant Verstappen sous Safety Car

Article suivant

Les leçons que la F1 peut tirer du "souk" de Masi à Djeddah

Les leçons que la F1 peut tirer du "souk" de Masi à Djeddah
Charger les commentaires