Kvyat veut croire à la F1 mais est prêt à tourner la page

Ayant rejoint Alpine F1 Team après avoir été éjecté par Red Bull une nouvelle fois, Daniil Kvyat s'accroche à son rêve de Formule 1 mais ne s'interdit plus de regarder ailleurs.

Kvyat veut croire à la F1 mais est prêt à tourner la page

Il y a six mois jour pour jour, Red Bull et la Scuderia AlphaTauri annonçaient sans surprise la promotion de leur jeune loup Yuki Tsunoda à un baquet de titulaire en Formule 1, entérinant le départ forcé de Daniil Kvyat. Le Russe a toujours eu une relation fluctuante avec la marque au taureau, marquée par sa propre ascension éclair vers la Formule 1 et vers Red Bull Racing avant une succession d'évictions et de retours.

Désormais, c'est chez Alpine que Kvyat a trouvé refuge, à une époque où la pandémie de COVID-19 donne de l'importance au rôle de pilote de réserve. Le mois dernier, il a même eu l'opportunité de piloter la Renault R.S.18 à Barcelone dans le cadre des tests des pneus Pirelli 18 pouces en vue de la saison 2021 de Formule 1. Il existe un certain contraste par rapport à la saison 2018, qu'il avait passée au sein de la Scuderia Ferrari en tant que pilote de développement.

"Le COVID n'existait pas à l'époque, c'était donc un peu différent", souligne Kvyat au micro de Motorsport.com. "Et maintenant, ça a changé : il faut être là en personne. Car on ne sait jamais un jeudi ce qui peut arriver. Ils avaient besoin de quelqu'un d'expérimenté et de compétitif qui puisse sauter dans la voiture en cas de besoin. Et nous savons que ce rôle est pris un peu plus au sérieux à cette période. Bref, c'est principalement ça, ainsi que du travail sur le simulateur ; une opportunité de garder la forme."

"C'est toujours intéressant de tester la voiture, même si elle a trois ans, cela donne quand même une idée du fonctionnement des systèmes. En fin de compte, le volant est très similaire, par exemple. Et aussi l'équipe a pu voir comment je travaille. J'essaie toujours d'apporter de nouvelles idées. Je n'aime pas rester les bras croisés, j'aime être impliqué. J'espère que ça a été utile pour l'équipe de découvrir les nouveaux pneus. Bien sûr, je veux rouler autant que possible. Il faut aussi prendre en compte les intérêts des pilotes [titulaires]. Mais dès que l'écurie pensera qu'il y a une bonne opportunité de rouler pour moi, je la saisirai sans hésiter."

Daniil Kvyat, Renault R.S.18

Ce rôle à Enstone représente également pour Kvyat l'opportunité de travailler aux côtés de Fernando Alonso, lui qui avait déjà connu deux équipiers prestigieux chez Ferrari.

"Quand je travaillais avec Ferrari, j'ai eu l'opportunité d'observer Kimi [Räikkönen] et Sebastian [Vettel] tout le temps, deux Champions du monde", indique-t-il. "Fernando est double Champion du monde avec une grande expérience, et j'aime simplement l'observer, écouter ce dont il aime discuter avec ses ingénieurs. Et c'est intéressant à comprendre pour moi. À vrai dire, il n'y a rien d'extrêmement surprenant. Le travail, c'est le travail, en fin de compte. Mais il est très motivé, très dévoué, c'est sûr."

Cette opportunité chez Alpine revêt en tout cas une importance majeure pour un Kvyat qui, après six saisons en Formule 1 marquées par trois podiums, n'a pas de programme de course en 2021, contrairement à un Alexander Albon qui court en DTM avec le soutien de Red Bull. Il n'y a pas d'autre roulage prévu avec l'écurie française cette année pour le réserviste, qui garde donc un œil avisé sur ses perspectives d'avenir avec son manager Nicolas Todt.

"Je veux courir, quoi que je pilote", insiste-t-il. Bien sûr, la F1 est la première chose qui vient à l'esprit, principalement car je pense encore avoir du potentiel. J'espère qu'avec une ambiance différente de là où j'étais avant, ça pourrait être mieux pour moi. J'aimerais juste avoir ce genre d'opportunité. Mais peu importe ce que l'on aime : parfois il y a une opportunité, parfois non. Nous verrons donc bientôt. Les prochains mois seront cruciaux à cet égard. Sinon, il y a de nombreux autres championnats où l'on peut apprécier des courses très compétitives et fortes, tout en gagnant bien sa vie."

Il ajoute toutefois qu'il est crucial à ses yeux qu'il y ait "des opportunités de victoire à court, moyen ou long terme", tout en soulignant indirectement l'importance de dénicher un programme de course : "C'est important de rouler. Je pense qu'une pause de plus d'un an, à moins d'être Champion du monde de F1, c'est quelque chose qu'on ne peut pas vraiment se permettre de faire."

Daniil Kvyat, AlphaTauri

On remarque d'ailleurs que parmi les pilotes de Formule 1 qui ont été contraints de quitter l'élite fin 2020, Romain Grosjean et Kevin Magnussen sont en train de se reconvertir avec succès aux États-Unis. En IndyCar, Grosjean a signé sa première pole position en sport auto depuis 2011 ; en IMSA, Magnussen a remporté le week-end dernier sa première victoire depuis 2013, tout comme un certain Marcus Ericsson en IndyCar. 2013, c'est aussi la date du dernier succès de Kvyat, lorsqu'il a remporté le titre de GP3 Series à Abu Dhabi… Pourrait-il emprunter un chemin similaire à celui de ses pairs ?

"Je verrai où je suis le plus demandé, où je suis le plus désiré, et où l'opportunité d'être compétitif sera la meilleure", tempère Kvyat. "C'est aussi le plaisir de courir pour moi-même, car quand on aime ce qu'on fait, c'est toujours un plus. Il y aura donc plein de choses à considérer. C'est important de choisir la bonne, mais je suis très ouvert d'esprit. Ça peut être l'IndyCar, l'Hypercar [en WEC], la Formule E, disons même la NASCAR. Comme je l'ai dit, je pense avoir encore beaucoup à donner à la F1. Mais si la porte se ferme, je m'en rendrai compte très vite. Et je n'ai aucun problème à tourner la page, croyez-moi."

La page Red Bull, elle, est déjà tournée. Kvyat n'exclut pas un énième retour au sein d'une écurie au taureau si le besoin se présente, mais Alexander Albon est déjà présent. Kvyat doute donc d'être contacté par Helmut Marko, conseiller sportif de la marque, qui a fait et défait de nombreuses carrières. "Il a mon numéro s'il en a besoin !" s'exclame Kvyat sans vouloir s'épancher sur le sujet, ayant récemment estimé dans un podcast de la F1 que la "fierté" de Marko pourrait empêcher ce dernier de le rappeler.

Cependant, il est hors de question pour lui d'aller jusqu'à affirmer que son histoire avec Red Bull est terminée : "Je n'ai pas dit ça. Je ne vais pas dire grand-chose. On porte déjà suffisamment d'attention à ce sujet. On m'a interrogé à ce sujet la semaine dernière, et encore maintenant… Les gens ont mon numéro, et je sais qui veut mais – pour diverses raisons – ne peut plus m'appeler. Je ne vais pas en dire davantage !"

Daniil Kvyat, Red Bull Racing RB11

Il est vrai que la carrière de Kvyat en F1 s'est (pour l'instant) achevée de manière quelque peu décevante, nettement dominé par Pierre Gasly lors des deux dernières saisons, mais le Russe n'oublie pas son sensationnel podium à Hockenheim en 2020, ni une campagne 2015 lors de laquelle il a battu son coéquipier Daniel Ricciardo au championnat chez Red Bull.

"Absolument aucun regret", déclare-t-il sans détour. "Avec le recul, encore plus maintenant, vu leur situation actuelle au niveau des pilotes, je suis vraiment fier de ce que j'ai accompli. Et à vrai dire, si l'on regarde ça maintenant, il n'y a presque rien que j'aurais pu faire. C'est quelque chose qui me donne confiance pour l'avenir, ce que je fais. Avec le recul, j'étais très déprimé, mais maintenant, quand je vois comment les autres pilotes [Red Bull] prennent ça, je peux vraiment vous dire que je peux garder le tête haute quant à mon passé."

Ainsi, après ce qu'il définit comme un "mauvais timing" dans la famille Red Bull, Kvyat a bien l'intention de pallier un certain sentiment d'inachevé pour démontrer ce dont il est capable. Mais en aura-t-il encore la chance ?

Avec Adam Cooper

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