Débat - La FIA a-t-elle raison de s’attaquer aux ailerons flexibles ?

Motorsport.com a sondé ses journalistes sur un sujet qui fait du bruit ces dernières semaines : les ailerons flexibles.

Débat - La FIA a-t-elle raison de s’attaquer aux ailerons flexibles ?

À l’approche du prochain Grand Prix, en Azerbaïdjian, où des réclamations pourraient être faites concernant les ailerons flexibles, par Mercedes mais également par Red Bull, Motorsport.com a demandé l’avis de ses journalistes sur les décisions prises par la FIA, concernant cette polémique actuelle.

Des avis qui sont assez variés :

 

  • NI OUI NI NON - Benjamin Vinel, Motorsport.com France France

Vaste débat ! Il s'agit ici de différencier le règlement et son esprit. Si le but du règlement est d'empêcher la flexibilité des éléments aérodynamiques, la FIA a raison d'agir, puisqu'il est clair que certains ailerons sont flexibles à haute vitesse, ce qui enfreint l'esprit du règlement. Cependant, tous passaient avec succès les tests imposés par la fédération jusqu'à présent, et ne doutons pas que les écuries cherchent toutes la limite pour avoir un maximum de performance sans déroger aux tests. Modifier la manière dont la flexibilité est vérifiée en cours de saison, à mon sens, n'est pas souhaitable d'un point de vue sportif, et j'aurais peut-être trouvé plus légitime de mettre en œuvre cette nouvelle approche à partir de la saison prochaine (même si la nouvelle réglementation technique rebattra alors les cartes).

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  • OUI - Guillaume Navarro, Motorsport.com France France

Il n'y a pas de bonne saison F1 sans intrigue sur tous les plans : sportif, humain, politique, business, technique... Les régulations, leurs interprétations et la manière dont la discipline décide de statuer dessus - parfois en anticipation de points de friction, d'autres fois en réaction à ceux-ci apportent toujours des éléments fascinants, et sont bien souvent source de polémiques ou questionnements -. 

Le fait que la FIA décide de revoir en cours de saison un point de règlement pourtant validé avant celle-ci, diffère, c'est certain, d'un changement réalisé entre deux exercices. Et il suffirait que la forme ou la méforme d'une équipe soit subitement notable du fait d'un tel changement, pour que la perception de la saison en soit fortement revue. On peut aussi s'amuser du fait de constater que c'est une nouvelle fois de l'organisme cherchant historiquement à freiner les coûts en F1 que viennent de nouvelles directives engageant des coûts de développement, de production et de logistiques non-négligeables ; ce qui n'étonne plus personne.

Mais quoi qu'il en soit, la F1 est un sport de compétition ultime, se disputant sur une période donnée, et tout le monde joue (sauf quand des accords secrets sont signés !) avec les mêmes règles sur cette période donnée. Bien entendu, on peut questionner l'équité d'une situation dans laquelle une équipe devrait revoir drastiquement une philosophie optimisée à certaines règles, quand une autre, qui avait pris plus de marge ou s'était montrée moins inventive, est à même de conserver une solution éprouvée sans se trouver impactée. Dès lors, le storytelling du vainqueur qui aura déjoué un tel aléa au terme de la saison n'en sera que meilleur ; et d'autres auront de leur côté une excuse toute trouvée pour justifier leurs propres aléas... 

 

  • NI OUI NI NON - Oleg Kaprov, Motorsport.com Russie Russian Federation

Il est très difficile de répondre à cette question. Comme l'a souligné Frédéric Vasseur, dix équipes de F1 auraient probablement dix réponses différentes, ce qui prouve en quelque sorte que le changement semble controversé. D'un côté, cela ressemble à un changement de règles en cours de saison, qui affectera les performances de certaines équipes, ce qui n'est pas normal. Mais d'un autre côté, la FIA est là pour s'occuper de la sécurité, et si les ailerons flexibles sont un motif de préoccupation, nous ne devrions pas vraiment remettre en question ses actions. Je pense que la FIA n'a pas réussi à nous donner des explications détaillées sur ce changement. Je refuse de penser qu'elle essaie d'aider, par exemple, Mercedes. Mais je suis convaincu que Michael Masi et ses collègues pourraient mieux expliquer les raisons de ce changement aux médias et aux fans de la F1.

 

Les raisons de sécurité pour le renforcement de la réglementation sur les ailerons flexibles sont bien sûr compréhensibles ; si un aileron se brise ou fléchit au-delà de ses limites, le pilote peut subir une perte soudaine de force d'appui, ce qui peut entraîner un accident grave. C'est une chose que la Formule 1 veut éviter. De plus, en ce qui concerne le règlement, les ailerons flexibles constituent sans doute des dispositifs aérodynamiques mobiles, qui sont interdits.

Mais ce n'est pas en essayant d'empêcher les ailerons de fléchir que le problème disparaîtra soudainement, mais obligera plutôt les écuries à être créatives. Les équipes essaieront toujours de fléchir les ailerons dans les limites, car cela leur permettra d'obtenir une augmentation tangible de la vitesse et de gagner du temps au tour, ce à quoi les ingénieurs ne voudront pas renoncer.

D'un point de vue technologique et à mesure que la science des matériaux évolue, la Formule 1 mettra sans doute en œuvre des possibilités de développer des ailes qui changent de forme entre les virages et les lignes droites. Il est donc possible d'affirmer que la F1 refuse aux équipes la possibilité de faire progresser la technologie des voitures, mais on pourrait dire la même chose de tout le règlement.

En ce qui concerne les règles qui existent déjà, alors oui, la F1 a raison d'essayer d'éradiquer la pratique de l'aérodynamique flexible. Mais dans le futur, les attitudes pourraient changer en fonction de l'évolution de la F1 au cours des deux prochaines décennies.

 

  • OUI - Basile Davoine, Motorsport.com France France

La FIA a forcément raison de se pencher sur la problématique des ailerons flexibles, tout simplement parce que c'est son rôle. En tant que législateur, l'instance internationale doit assurer l'équité technique et sportive, et surtout veiller au bon respect de la réglementation. Dès lors, si un doute, preuves à l'appui, laisse penser que ce règlement est astucieusement contourné, il est légitime de s'y intéresser. Et les vidéos montrant la déformation de l’aileron Red Bull à Barcelone ont donc provoqué cette situation.

Bien entendu, le dossier des ailerons flexibles va bien au-delà. Il s'agit d'une question difficile à trancher car elle comporte une part de subjectivité. L'on pourrait penser que pour tout point réglementaire, il y a un aspect binaire, mais ce n’est pas le cas pour les ailerons, qui sont considérés comme trop flexibles par certains alors qu'ils ont bel et bien passé les tests en vigueur jusqu'à présent. La question que l'on peut en revanche se poser est de savoir si, en renforçant ses tests de flexibilité, la FIA ne change pas les règles du jeu en plein milieu du match ?

 
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