Les débuts de Räikkönen en F1, une vraie bataille

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Les débuts de Räikkönen en F1, une vraie bataille
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24 mars 2019 à 08:00

Alors que la carrière de Kimi Räikkönen, qui vient de faire son retour chez Sauber (désormais Alfa Romeo), est à son crépuscule, il est facile d'oublier la sensation qu'était l'arrivée en Formule 1 d'un certain pilote de 21 ans. Ceux qui ont guidé sa carrière se remémorent cette saison 2001.

La carrière de Kimi Räikkönen a été inhabituelle à bien des égards, mais si son CV sort de l'ordinaire, c'est surtout parce qu'il a fait le saut en Formule 1 depuis la Formule Renault, avec seulement 23 courses d'expérience en monoplace. Les règles de Super Licence étant de plus en plus strictes de nos jours, cela reste du jamais vu.

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En 2000, Räikkönen a aisément remporté le titre de Formule Renault UK sous la houlette de ses managers, le regretté David Robertson et son fils Steve. Cette année-là, les Robertson avaient aidé à propulser Jenson Button dans un baquet Williams, et ils espéraient donc rééditer l'exploit.

"Ce qui était impressionnant quant à l'année de Kimi en Formule Renault, ce n'était pas le fait qu'il gagne mais la manière", se rappelle Steve pour Motorsport.com. "Il battait tous les records du tour et s'imposait avec 15 à 20 secondes d'avance. En somme, il était dans une autre dimension, et il se poussait dans ses propres retranchements. Le calme qu'il avait, la facilité avec laquelle il dominait… Kimi sentait qu'il était prêt à passer à la catégorie supérieure."

Kimi Raikkonen, Manor Motorsport, brandit ses nombreux trophées

Räikkönen brandit ses nombreux trophées de Formule Renault

"Nous voulions juste voir s'il y avait une opportunité pour Kimi d'arriver en F1. Ce n'était pas juste Sauber, il y avait d'autres équipes à l'époque – Jordan et Williams, je crois. Nous avons tâté le terrain. S'il n'avait pas eu de baquet de titulaire avec Sauber, nous aurions trouvé un volant d'essayeur chez quelqu'un d'autre."

Sauber semblait être un bon pari. L'été précédent, il y avait eu des tensions entre l'équipe et Pedro Diniz, qui se sentait excessivement comparé au pilote d'essais Enrique Bernoldi. Ce dernier était le protégé du sponsor titre de l'écurie, Red Bull.

"Les discussions ont commencé avec Peter Sauber", poursuit Robertson. "C'était : 'Il y a un prodige que vous avez l'opportunité d'avoir, si vous le voulez. Si vous attendez, d'autres équipes le prendront, car il a clairement un talent d'exception'. Il a fallu argumenter, mais mon père a réussi à le convaincre que Kimi était une superstar, prête à entrer dans le grand bain."

Contre toute attente, Sauber a accepté de tester Räikkönen au Mugello. Qu'est-ce qui a fait la différence ?

"Peter et moi en avons reparlé il y a quelques jours", commente Beat Zehner, team manager de l'écurie suisse. "Nous ne nous rappelons pas pourquoi Peter lui a donné sa chance. Nous n'avons aucune idée de comment c'est arrivé ! Un team principal a des dizaines d'e-mails et de lettres chaque semaine : 'Mon fils est le plus grand talent qui soit', 'Je suis un chauffeur de taxi indien de 28 ans et c'est moi le plus rapide'."

"Et les Robertson nous ont dit : 'Nous avons ce gamin talentueux'. Nous les connaissions comme managers de pilotes, mais nous n'avions pas de liens étroits avec eux, nous n'avions jamais eu affaire à eux auparavant. Nous ne nous rappelons vraiment pas pourquoi Peter a dit : 'D'accord, faites-le rouler au Mugello'."

Kimi Raikkonen, Sauber Petronas

"Kimi n'avait pas de Licence A, et il en fallait déjà une pour piloter une F1 en essais. Dans l'urgence, nous avons dû en arranger une avec la fédération finlandaise. D'abord, j'ai dû apprendre à écrire son nom !"

Après une visite à l'usine de Hinwil, Kimi s'est rendu au Mugello pour ses premiers essais, le 12 septembre 2000. L'équipe avait prévu trois journées de tests pour le jeune Finlandais.

"Au début, ils faisaient des runs avec un tour de sortie, un tour lancé et un tour de rentrée", détaille Robertson. "Ils ont fait ça quatre ou cinq fois. Il était clair qu'ils essayaient de ne pas martyriser le cou de Kimi. Il n'a fait que 25 ou 30 tours, mais à la fin de la journée, il était proche d'un chrono vraiment compétitif, quand on sait qu'il venait directement de la Formule Renault."

Michael Schumacher est venu nous voir ce soir-là et nous a dit : 'C'est qui, ce gamin ? Je le suivais et il a l'air d'avoir une énorme maîtrise de la voiture'

Beat Zehnder

"Les ingénieurs étaient si impressionnés par sa performance du premier jour que Peter [Sauber] et Willy Rampf [directeur technique, ndlr] sont venus au circuit le matin suivant. Je crois que dans les dix premiers tours, [Kimi] a signé le meilleur temps qu'ils aient jamais fait sur ce circuit. Peter était survolté."

Zehnder se rappelle : "Il était assez clair qu'il avait un énorme talent. C'était sa première fois dans une voiture de 900 ch, et au bout de 20 tours, il était environ huit dixièmes plus lent que Pedro. Et le deuxième jour, il était plus rapide. Cela a sûrement aidé aussi – et ce n'est pas une blague – que Michael Schumacher vienne nous voir ce soir-là et dise : 'C'est qui ce gamin ? Je le suivais et il a l'air d'avoir une énorme maîtrise de la voiture'."

Kimi Raikkonen, Sauber Petronas

Ces louanges venant d'un homme qui avait couru pour Sauber en Endurance allaient s'avérer inestimables pour Räikkönen.

"Il y a certains pilotes dont on ressent la motivation et la passion", ajoute Zehnder. "Bien qu'ils ne parlent pas beaucoup, pour moi c'était le cas avec Kimi, avec Michael en Groupe C, avec Robert Kubica. Ils avaient cette aura : ils voulaient quelque chose. On voyait l'amour pur de Kimi pour la vitesse."

Lors de nouveaux essais au Mugello deux semaines plus tard, Räikkönen s'est montré plus rapide que Bernoldi. Puis la situation a évolué très vite. Sauber était désormais convaincu que Räikkönen pouvait être titularisé en 2001 aux côtés de Nick Heidfeld, qui avait déjà signé.

"Après le Mugello, nous avons d'abord dit 'essayons de lui arranger une Super Licence', ce qui n'était pas facile", souligne Zehnder. "Il fallait que la FIA soit d'accord, que Bernie [Ecclestone] soit d'accord. Convaincre tous les directeurs d'équipe n'était pas une mince affaire pour Peter. Il a été très critiqué. L'un des directeurs d'équipe, qui a engagé Kimi six mois plus tard, a dit que Peter Sauber était fou de recruter un gamin sans aucune expérience en monoplace."

L'un des directeurs d'équipe, qui a engagé Kimi six mois plus tard, a dit que Peter Sauber était fou de recruter un gamin sans aucune expérience en monoplace

Beat Zehnder

"C'était aussi la fin du partenariat de Red Bull avec Sauber, concrètement. Nous nous sommes disputés au sujet de Kimi. Red Bull avait d'autres idées, mais j'avais suivi [Enrique] Bernoldi en Formule 3000 pendant une année entière, et il était très loin d'être aussi talentueux et motivé que Kimi."

Kimi Raikkonen, Sauber C20

Pendant ce temps, Räikkönen était exhorté à travailler sur sa condition avec Josef Leberer, préparateur physique chez Sauber, qui avait été un proche d'Ayrton Senna.

"Nous lui avons dit qu'il fallait qu'il fasse une préparation physique", relate Zehnder. "Nous l'avons donc envoyé en Autriche avec Josef pour quatre semaines. Il était tellement en colère contre nous qu'il a passé deux jours sans parler à Josef ! Josef lui a fait monter et descendre des montagnes en courant. Il était en pétard, mais nous lui avons dit : 'Si tu veux être pilote de F1, tu dois être mieux préparé physiquement et mentalement'."

"Peter a vu quelque chose de vraiment spécial en Kimi", ajoute Steve Robertson. "Il s'est battu, car le fait que ce gamin court-circuite la F3 et la F3000 bousculait l'ordre établi ; il y a eu tant de commentaires négatifs ! Les gens écrivaient à la FIA en disant : 'Comment pouvez-vous tuer ainsi l'industrie du sport automobile en permettant à quelqu'un de faire ce saut ?'. Jacques Villeneuve notamment a été très négatif."

"Pour courir à Melbourne, Kimi a dû faire des essais à Jerez sous le regard vigilant de la FIA, pour voir comment il se conduisait, et il a passé le test haut la main." Ces essais début décembre, avec ses premiers tours de roue sous la pluie en F1, se sont avérés cruciaux : il a obtenu une Super Licence juste après, et sa place sur la grille de départ pour 2001.

Kimi Raikkonen, Sauber C20

Räikkönen en piste à Melbourne, pour son premier Grand Prix

Alors président de la FIA, Max Mosley s'est toutefois montré clair : Räikkönen était mis à l'épreuve lors des premières courses. À Melbourne, Räikkönen était comme un poisson dans l'eau et s'est qualifié 13e pour ce qui n'était que sa 24e course en monoplace.

"Il y a eu tant de gros titres sur Kimi !" s'exclame Robertson. "Il y avait beaucoup de pression sur ses épaules, il lisait les articles comme nous. Cela n'a pas empêché Kimi d'être fidèle à lui-même : il ne s'est pas laissé décontenancer par quoi que ce soit."

Zehnder ajoute : "Le surnom Iceman n'avait pas encore été inventé. Mais nous aurions dû le faire. Il était si cool, si détendu. Une fois, quelques minutes avant de devoir aller sur la grille, tout le monde cherchait Kimi, il n'était pas là. Personne ne le trouvait. Il y avait une table à manger dans notre bureau, une couverture dessus, et Kimi était allongé en dessous avec la tête sur un rouleau d'essuie-tout, en train de dormir. Josef s'est exclamé : 'Allez mec, dans cinq minutes il faut que tu prennes le volant'. Kimi s'est contenté de répondre : 'Laisse-moi encore une minute !'"

Räikkönen a franchi la ligne d'arrivée au septième rang pour ses débuts, à une époque où seul le top 6 marquait des points. Cependant, son coéquipier Heidfeld était convaincu d'avoir été doublé sous drapeau jaune par la BAR d'Olivier Panis. Une enquête des commissaires a mené à une pénalité pour le Français, et Kimi a gagné une place.

"Il avait déjà quitté le circuit", se souvient Zehnder. "Je l'ai appelé – il était à l'hôtel – et j'ai dit : 'Hey, mon gars, félicitations, tu es promu à la sixième place. Première course, premier point'. Il a répondu : 'Il en reste cinq devant moi…'"

Räikkönen finit quatrième sur l'A1-Ring (désormais Red Bull Ring).

Räikkönen finit quatrième sur l'A1-Ring (désormais Red Bull Ring).

Räikkönen a impressionné l'équipe par son sang-froid au quatrième rendez-vous de la saison, à Imola, quand le volant s'est détaché et lui est resté dans les mains. Heureusement, il montait alors vers le virage lent de Tosa. Le pilote Sauber a réalisé une superbe course pour finir quatrième en Autriche, survivant à une enquête pour dépassement sous drapeau jaune malgré l'appel de l'écurie BAR, avant de signer une autre quatrième place au Canada.

C'est alors que McLaren a manifesté son intérêt, dès le mois de juin. "Nous étions invités chez Guy Laliberté [fondateur du Cirque du Soleil] le dimanche soir", relate Zehnder. "Ron Dennis et Mika Häkkinen y étaient, et ils ont encerclé Kimi. Ron a promis de faire de lui le plus jeune Champion du monde. Il a très vite été évident qu'il était un immense talent, et Ron n'était pas le seul à être intéressé, il y en avait d'autres."

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"Il avait un solide contrat de trois ans, mais une question se pose toujours : veut-on forcer un pilote à rester s'il a une meilleure offre ? Pas financièrement, mais en termes de succès sportif."

Kimi Raikkonen avec Ron Dennis

Räikkönen avec Ron Dennis peu après sa signature chez McLaren, fin 2001

L'intérêt de McLaren s'est transformé en discussions formelles – au grand dam du coéquipier de Kimi, qui avait marqué plus de points sur l'ensemble de la saison.

"Ron avait Heidfeld sous contrat", rappelle Robertson. "Mais il voulait Kimi car il a vu en lui ce que nous avons tous vu. C'était comme si Manchester United frappait à sa porte. Que faire, dans ce cas-là ? L'opportunité se représentera-t-elle l'an prochain ?"

Au final, Sauber a fait une bonne affaire en ayant ce jeune pilote pendant une seule saison. Ils ont construit ce que nous avons appelé la soufflerie Kimi !

Steve Robertson

Début septembre, Räikkönen s'est bien tiré d'un énorme accident en essais à Magny-Cours, contractant toutefois une blessure au dos qui lui pose encore des problèmes à ce jour. Puis à Monza, un an et deux jours après ses premiers essais au Mugello avec Sauber, il a été confirmé à la place de Häkkinen chez McLaren pour 2002.

"En réalité, Peter [Sauber] voulait le garder", indique Robertson. "Il était évidemment conscient de l'opportunité commerciale qui se présentait, mais il aurait préféré que Kimi reste, au moins un an de plus. Au final, il a fait une bonne affaire en ayant ce jeune pilote pendant une seule saison. Ils ont construit ce que nous avons appelé la soufflerie Kimi !"

La première année de Räikkönen en F1 s'est finie en eau de boudin à Suzuka, lorsqu'une casse de suspension arrière l'a envoyé hors piste, embarquant avec lui la Jordan de Jean Alesi. Le Finlandais a rejoint le camp McLaren dès ce soir-là et a fait la fête avec Dennis au karaoké Log Cabin.

"Les quatrièmes places ressortent comme les temps forts de cette saison", conclut Robertson. "Concrètement, pour nous, cela a confirmé ce que nous avions toujours cru : que ce gamin était né pour être en F1. Il faisait les gros titres de façon positive à l'époque, parce que les gens voyaient vraiment qu'il méritait d'être là."

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Auteur Adam Cooper
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