Droits TV - Fatalistes, les teams attendent le jour du changement

Ils n'en parlent qu'à demi-mot. Les teams aimeraient s'ouvrir de nouvelles opportunités de communication et de revenus de sponsoring grâce aux droits à l'image. Mais ceux-ci sont fermement cadenassés par la FOM...

La fermeture intransigeante des droits télévisés sur les images FOM mettant en scène l'action des weekends de course ne touche pas uniquement les médias désireux de diffuser de telles images à un large public ; ou au public lui-même, qui voit les sacrosaints droits régir les plateformes d'échange vidéo et les réseaux sociaux.

 

Un club très privé de diffuseurs

Du fait des mirobolants contrats d'exclusivité accordés à quelques chaînes télévisées et stations radio pour obtenir l'autorisation de diffuser du contenu officiel, la valeur des images F1 demeure très élevée et valorisable sans trop de difficultés par Bernie Ecclestone. Même si cela signifie que les sommes en question ne peuvent être rentabilisées presque que par des canaux à péage ou abonnement (éloignant la Formule 1 des masses sur les chaines des bouquets traditionnels), la F1 se porte bien en termes de revenus commerciaux liés à l'exploitation des images TV.

La politique affichée par la FOM sur l'attribution des droits TV et le coût de ces droits fonctionne plus ou moins de la même manière que l'allocation des contrats aux promoteurs de circuits internationaux : selon les marchés et les opportunités, le tarif et les possibilités d'utilisation s'avèrent très différents. Et subsister avec les moyens traditionnels (billetterie pour les circuits, publicité pour les télévisions) ressemble souvent à un nœud coulant pour les acquéreurs. Quant au public élevé à la gratuité, difficile pour lui de cerner ou d'accepter que les investisseurs en question, qui déboursent des millions pour acquérir les droits, tentent simplement tant bien que mal de retomber sur leurs pieds avec la mise en place d'abonnements.

Désormais, la frustration des équipes se fait elle aussi de plus en plus sentir, à l'heure où internet permet de consommer l'information de manière différente sur le fond comme la forme, et où les audiences TV chutent de manière importante en raison de l'élitisme de plus en plus prononcé des coûts de visionnage.

 

Plus de revenus pour la FOM, moins d'opportunités pour les teams

Une exclusivité qui rend certes la F1 désirable - comme un club privé prêtant à faire rêver -, mais qui pose des problèmes commerciaux aux départements marketing des teams, qui ne peuvent plus arguer sur les mêmes chiffres d'audience TV que jadis auprès des sponsors, ni utiliser l'argument des nouvelles plateformes en ligne pour créer de la valeur ajoutée vis-à-vis de leurs commanditaires.

Les teams eux-mêmes, acteurs centraux du spectacle (sans parler de leurs sponsors), n'ont le droit d'utiliser qu'une quinzaine de secondes d'images FOM par an sur leurs sites internet officiels (!), et doivent se limiter à créer différents contenus avec quelques heures d'images réalisées à 50 km/h en pneus rainurés, lors de froides journées de tournage hivernales devant des gradins vides…

La situation peut sembler ubuesque lorsque même les sponsors, tels que Total, sont contraints de ruser pour produire du contenu comme la série "Pretender" sur Romain Grosjean (filmée dans des halls d'hôtel l'an dernier ou suivant la vie du pilote en dehors des circuits) du fait de l'interdiction d'afficher toute image capturée sur un circuit en weekend de GP.

 

Pas de révolution de palace en vue

Pourtant, malgré toutes ces barrières empêchant aux équipes de donner de la valeur à leur structure et de toucher sponsors et fans plus largement, les Directeurs d'Equipes demeurent fatalistes et attendent le moment où la donne viendra à changer, lorsqu'un nouveau management ouvrira les portes actuellement cloisonnées de la FOM.

"Ce n'est pas vraiment une question pour nous, les teams", nous souffle ainsi Matthew Carter, PDG de Lotus F1 Team, prudent sur le choix des mots. "Comme vous le savez, Bernie a vraiment bien scellé les droits télévisuels. Pour nous, les équipes, c'est évidemment un challenge de communiquer sans images, notamment lorsque l'on parle de tenter de s'étendre sur les réseaux sociaux ou partout ailleurs. Il nous est presque impossible d'avoir le moindre mot à dire là-dessus. Peu importe que je pense personnellement si c'est une bonne idée ou non, ou que Lotus F1 Team pense ou non que c'est une bonne idée. Il y a une clôture sur les images vidéo, et cela joue effectivement sur la façon dont nous pouvons représenter notre équipe ou notre sport. Mais je pense que mon point de vue personnel n'a pas d'importance".

Personne ne souhaite se lancer en croisade contre le "Kremlin" d'Ecclestone sur le délicat sujet de la monétisation des droits TV, et encore moins sur leurs restrictions d'utilisation. La patience est donc mère de toutes les vertus, et c'est entre les lignes qu'il faut entendre que nombreux sont ceux qui attendent l'heure d'un changement important à la tête du sport.

"Il n'y a pas du tout de signe de lâchage de lest de ce côté", poursuit Graeme Lowdon (Manor) dans un sourire entendu. "Les détenteurs des droits commerciaux ont un rôle à jouer en ouvrant les choses. L'une des choses dont les équipes sont conscientes est qu'avec le fait que la technologie avance, il est important pour elles de pouvoir exploiter les images et d'avoir moins d'entraves. Mais à un certain point, il faut être réalistes et nous, équipes, ne pouvons pas tout gérer. Il faut donc attendre que le paysage technique et commercial évolue pour en tirer avantage..."

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Séries Formule 1
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Tags TV, argent, audience, bernie ecclestone, business, droits, finances, fom, sponsors, teams