Édito - Bottas, l'évidence ou le choix par défaut ?

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Édito - Bottas, l'évidence ou le choix par défaut ?
Par : Basile Davoine
25 janv. 2017 à 08:00

Le Finlandais se retrouve propulsé dans un top team plus vite que prévu, bénéficiant de la retraite de Nico Rosberg. Une opportunité presque inespérée, qu'il ne faudra pas transformer en cadeau empoisonné.

Il aura donc fallu plus d'un mois, en comptant la trêve des confiseurs, pour que Mercedes officialise le nom du remplaçant de Nico Rosberg. Totalement pris de court par la retraite surprise de son tout nouveau champion du monde début décembre, le constructeur allemand a rapidement jeté son dévolu sur Valtteri Bottas. Encore fallait-il parfaitement positionner les pièces d'un puzzle un peu plus compliqué qu'un simple transfert, qui peut aussi bien paraître évident que laisser songeur.

C'est une lapalissade que de le dire, mais seul l'avenir donnera raison ou tort à la firme à l'étoile. Rapidement, le choix s'est dessiné entre deux options claires : promouvoir Pascal Wehrlein, protégé de la marque depuis plusieurs années, ou miser sur l'expérience d'un Valtteri Bottas aspirant à rouler enfin dans une monoplace capable de jouer la victoire.

Non, Bottas n'a pas encore le pedigree d'un champion du monde, n'ayant pas encore connu l'ivresse de la victoire en Grand Prix. Mais parmi des profils de ce type, aucun n'était réellement disponible tant Rosberg a annoncé sa décision tardivement et sans signe avant-coureur. Mercedes possède déjà en Lewis Hamilton un triple champion du monde. Quant à Fernando Alonso et Sebastian Vettel, on imaginait mal comment réaliser un tel "coup" avec une deadline aussi serrée et des contrats fermes pour l'un et l'autre. Restait Jenson Button, mais c'est finalement Williams qui a dû convaincre un autre "retraité", en la personne de Felipe Massa, de repousser l'échéance afin de faciliter le départ de Bottas de Grove vers Brackley.

Quelle prise de risque ?

À l'aube d'une saison faite d'une incertitude liée au nouveau règlement technique, Mercedes a fait le choix de l'expérience. Certains le jugent déjà conservateur et sans risque. Un risque qui aurait pu être pris uniquement en laissant sa chance au jeune Wehrlein ? Red Bull n'aurait pas hésité, comme l'a rappelé Helmut Marko avec son verbe habituel. "Nous aurions fait les choses différemment", assure l'Autrichien. "Nous aurions entraîné un pilote junior. Pas de risque, pas de fun !"

Valtteri Bottas, Mercedes

Mercedes sort de trois années de "guerre des étoiles" entre ses deux pilotes, et des épisodes qui ont mis à l'épreuve la communication – parfois maladroite ou contestable – d'un team voulant mettre en avant l'équité et la liberté de ses ouailles. Jusqu'au dernier Grand Prix de la saison dernière, lorsque le comportement de Hamilton, prêt à ralentir le peloton pour mettre Rosberg en difficulté, a créé la tension dans l'équipe. Une tension instantanément disparue une fois faite l'annonce de la retraite du pilote allemand.

En officialisant l'arrivée de Bottas la semaine dernière, Mercedes a clairement assumé cette part de conservatisme sur le plan des relations, insistant sur le fait que sa recrue était le choix évident pour s'intégrer au plus vite à l'équipe. Dans le même temps, l'écurie de Brackley n'a pas manqué de mettre en place une situation contractuelle qui ne laisse aucun doute : Bottas devra convaincre, et vite.

Le Finlandais ne dispose d'un bail ferme que pour 2017, bien qu'il soit vraisemblablement assorti d'options pour prolonger l'aventure si tout se passe au mieux. Une manière habile et revendiquée par Toto Wolff de "garder les options ouvertes" au-delà, sachant que les contrats de plusieurs cadors – voici revenus les noms d'Alonso et Vettel – arrivent à échéance en fin de saison. Le tout sans mettre en péril immédiatement l'avenir des jeunes protégés que sont Wehrlein et Esteban Ocon, tous deux invités à continuer leur progression en milieu de grille chez Sauber et Force India. On y verra également un petit paradoxe en découvrant les propos d'un Niki Lauda serein, assurant que le duo Hamilton-Bottas est déjà de même valeur qu'un tandem Hamilton-Rosberg.

Vraiment un choix par défaut ?

En évoquant l'éventuel manque d'audace de Mercedes, on en oublierait presque la cote du nouveau venu qu'est Bottas. Le talent du Finlandais ne fait aucun doute. Il l'a démontré au volant d'une voiture lui permettant de jouer fréquemment le podium en 2014 et 2015, mais pas suffisamment performante pour viser la victoire. Le qualifier de "choix de seconde zone" serait également oublier que le pilote de 27 ans a été considéré par Ferrari il y a un an et demi, avant que Kimi Räikkönen ne soit conservé. Ironiquement, on pourrait même se demander si l'absence de prise de risque n'était pas du côté de la Scuderia sur ce dossier, alors qu'Iceman poursuivra sa route en F1 cette année encore.

Valtteri Bottas, Williams

Voici donc Valtteri Bottas au pied de la montagne, prêt à passer au révélateur : celui qui permettra de juger de quel métal il est fait. Consultant avisé pour la télévision britannique, Martin Brundle a déjà prévenu que le Finlandais ne pourrait pas se cacher chez Mercedes. Si c'est probablement enfoncer une porte ouverte, c'est toutefois lui qui résume le mieux la situation : "Bottas a la vitesse, mais c’est une autre histoire quand on arrive dans une équipe où gagner des courses et le championnat est une attente, pas un souhait."

Dans le cadre d'un transfert classique et préparé, Bottas aurait déjà fait face à un défi énorme en venant se frotter à Lewis Hamilton. La précipitation de son arrivée donne un peu plus d'ampleur au challenge, sans aucun doute. Celui dont le nouveau patron – Toto Wolff – faisait jusque-là partie du management sera jugé sur ses résultats bruts et sur sa capacité à soutenir la comparaison avec son illustre coéquipier. À ce niveau, il ne sera plus question de circonstances atténuantes. D'autres s'y sont cassé les dents avant lui, tel un Sergio Pérez ou un Kevin Magnussen chez McLaren, ou encore un Daniil Kvyat chez Red Bull Racing.

Certes, l'histoire de chacun est différente, et les échecs seront relatifs puisque tous seront au départ de la saison qui vient et n'ont pas grillé leur dernier joker en F1. Un moindre mal ? Nul doute que l'objectif de Bottas est avant tout de conquérir le plus rapidement possible une première victoire et de convaincre son nouvel employeur que le bon choix a été fait, plutôt que de se préoccuper de sa simple présence sur la grille 2018. D'autant plus que, si l'avenir confirme les pronostics, c'est au volant d'une des meilleures monoplaces du plateau – si ce n'est la meilleure – qu'il débarque dans un top team.

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