Édito - Il faut saluer le soldat Bottas

Valtteri Bottas connaît une seconde partie de saison difficile mais, alors que Mercedes et Lewis Hamilton sont très bien placés pour coiffer les couronnes mondiales, son rôle dans les succès de l’Étoile ne doit pas être minoré.

On aura bien sûr beau jeu, au moment de juger définitivement la saison 2017, d’évoquer, quelle qu’en soit l’issue finale, le duel que se sont livré Lewis Hamilton et Sebastian Vettel, le premier véritable et exclusif pour les deux figures de proue de la Formule 1 des années 2007-2017.

Et bien évidemment, il faudra souligner que la Scuderia Ferrari a connu un redressement spectaculaire après une saison 2016 très décevante, et alors même que personne ne s’attendait vraiment à ce que ce soit Maranello qui tire parti d’un changement de réglementation qui menait tout droit vers Red Bull.

Aussi, il faudra mettre en avant le fait que Mercedes, malgré trois années de domination sans partage et malgré la perte de deux éléments majeurs, Nico Rosberg et Paddy Lowe, a répondu présent face à cette concurrence intense et, même avec une monoplace globalement inférieure en rythme de course, démontré que ces saisons où il n’a jamais vraiment fallu s’inquiéter des autres n’ont pas transformé Brackley en machine incapable de se battre pour le moindre centimètre quand c’est nécessaire.

Mais l’équation de la saison 2017, c’est aussi celle qui a vu une inconnue de taille être introduite dans l’opération. Et cette inconnue, c’est Valtteri Bottas.

Valtteri Bottas, Mercedes AMG F1

L'arrivée précipitée

Là encore, on aura sans doute de la facilité à se pencher sur la saison du Finlandais en la scindant en deux, encore qu’un certain déficit de performance pure puisse être érigé en fil conducteur. La première partie aura été celle du positif, avec deux victoires et une vraie chance de lutter pour la couronne mondiale au moment de la trêve. La seconde aura été celle du négatif, avec le retour sur terre, une perte de confiance et des problèmes pour maintenir le cap dans les courses qui ont suivi sa reconduction pour 2018, surtout face à un équipier qui a redémarré en trombe.

Cependant, il n’est pas vraiment possible de juger la saison de Bottas comme une autre. Déjà parce que celle-ci a commencé dans un branle-bas de combat tonitruant. Rosberg n’ayant pas averti ses dirigeants qu’il pourrait prendre sa retraite en cas de titre, il n’y avait absolument aucune option réaliste sur la table en décembre 2016 quand la nouvelle est tombée. Et il a fallu débaucher en vitesse le numéro 77, tout en s’assurant que Williams pourrait récupérer Felipe Massa, et ce en aidant à la rémunération du Brésilien.

Sans trop s’étendre sur les conditions de l’arrivée du protégé de Toto Wolff, qui a dû mettre fin à ses fonctions d’agent de Bottas pour éviter le conflit d’intérêts, il partait déjà avec une kyrielle de désavantages, dont un seul suffirait à mettre en difficulté n’importe qui. Une nouvelle équipe donc une nouvelle méthode de travail à assimiler et des relations à tisser dans un laps de temps réduit, une nouvelle voiture dont il n’a pas participé à la conception et aux choix techniques qui lui sont étrangers, un nouvel équipier qui est dans la maison depuis quatre ans et qui est triple Champion du monde, et surtout, en plus, énormément de choses à prouver, l’ensemble des observateurs ayant d’ores et déjà à l’idée qu'il aurait entre les mains une F1 capable de jouer la victoire et le titre.

Les essais hivernaux ont d’ailleurs été marqués, pour le successeur de Rosberg, par un travail de fond pour tenter de se mettre dans les meilleures conditions. Le déficit de vitesse constaté n’était pas caché, seulement atténué par le fait qu’il fallait trouver ses marques et enchaîner les tours au volant d’une monoplace qui s’annonçait toutefois plus rétive et difficile à comprendre que prévu et face à une Ferrari SF70H visiblement très compétitive.

Sans refaire en détail toute la saison de Bottas, pour quelqu’un qui n’était pas attendu dans la monoplace deux mois et demi avant les quelques journées d’essais hivernaux, signer deux victoires – à chaque fois en résistant à Vettel dans les derniers tours –, deux poles face à deux des plus grands polemen de l’Histoire et n’être qu’à 19 unités de Hamilton, malgré un abandon, après 11 manches sur 20, ce n’est pas rien.

Valtteri Bottas, Mercedes AMG F1 W08

Le dernier rempart

Cependant, prendre Bottas individuellement, en ne se penchant que sur ses résultats, n’a pas beaucoup de sens dans cette saison si particulière pour Mercedes. En effet, le Finlandais aura à merveille, quasiment sans fausse note, joué la partition du jeu d’équipe, aussi bien en dehors que sur la piste, et quand bien même cela atténuait ses propres chances de viser mieux.

Plusieurs épisodes sont notables dans ce contexte : Bahreïn, Barcelone, Sepang et Suzuka.

À Bahreïn, tout d’abord, après avoir signé la pole, Bottas conserve la tête au départ. Il est cependant clair qu’il y a un problème : en effet, Mercedes a commis une erreur de gonflage des pneus et Vettel n'est jamais décroché. Pire, il va finir par passer devant et rapidement, en dehors du rythme, le numéro 77 est menacé par Hamilton. Deux fois, il lui est demandé de s’écarter du chemin du Britannique, sur une autre stratégie, et deux fois il obtempère. Cela permet à Hamilton de limiter la casse en terminant deuxième derrière une Ferrari numéro 5 intouchable.

À Barcelone, Mercedes va mettre au point une stratégie simple pour contrer le rythme de Vettel, qui a pris la tête au moment de l’envol. Comme l'Allemand s’est arrêté tôt pour profiter du rythme de sa SF70H sur un second train de gommes tendres (neuf), face à un Hamilton qui va prolonger son premier relais avant de chausser des mediums, il se retrouve confronté à Bottas, qui roule avec les tendres qu’il a depuis le départ. Et la résistance du Finlandais, qui occupe brièvement la tête de course, dans ces conditions est à la fois impressionnante mais aussi décisive. En effet, le temps perdu par Vettel lors des trois tours qu’il mettra à prendre l’avantage avec une monoplace plus véloce et des pneus plus frais sera bien supérieur au temps qui le séparera finalement de Hamilton à l’arrivée (un peu plus de trois secondes).

À Sepang, manquant largement de rythme face à Hamilton, Bottas s’est retrouvé en situation de jouer cette fois les gardes du corps. Sans fioriture et sur un circuit où il est pourtant aisé de dépasser, il a retenu Daniel Ricciardo, au volant d’une RB13 pourtant très en verve, puis Sebastian Vettel suffisamment longtemps pour offrir à son leader ce qu’il souhaitait : du répit pour assurer une deuxième place lui offrant à nouveau des points d’avance sur son dauphin au classement pilotes.

Dernier épisode en date, Suzuka, où cette fois, s’élançant sur une stratégie décalée (en tendres contre les supertendres pour la plupart des autres membres du top 10), il s’est écarté devant Hamilton au début du second relais de ce dernier, tout en maintenant à distance pendant quelques boucles Max Verstappen, qui faisait peser une menace plus importante que prévu sur le triple Champion du monde. À nouveau, le temps perdu par le Néerlandais excède l’écart qui le sépare du Britannique à l’arrivée.

En bref, si d’aucuns ont parfois critiqué la stratégie adoptée par Mercedes, c’est oublier qu’elle est logique et faite dans les règles de l’art, sans infraction, mais surtout que dans de telles conditions, il faut pouvoir compter sur des pilotes capables de les faire fructifier. Certes, il ne s’agit pas de la tâche la plus gratifiante car elle implique forcément un certain sacrifice, au moins en termes de temps, mais elle a été diablement efficace et superbement mise en œuvre par un pilote qui n’a pourtant pas toujours été dans les meilleures conditions lors des courses évoquées.

Valtteri Bottas, Mercedes AMG F1, félicite Lewis Hamilton, Mercedes AMG F1, à propos de sa pole position dans le Parc Fermé

Finlandais contre Finlandais

J’évoquais, dans un édito précédent, le cas de Kimi Räikkönen, Champion du monde âgé de 38 ans, en déplorant qu'il puisse se satisfaire de jouer, à l'extrême en Hongrie, le rôle de garde du corps de Vettel et en me questionnant sur l'intérêt qu'il pouvait avoir à poursuivre une carrière qui semble au minimum stagner depuis 2014. Mais la problématique, pour une écurie, d'avoir dans ses rangs un équipier vraiment capable, dans certains moments-clés, de pouvoir prendre des points aux adversaires directs de son leader est illustrée dans ses deux facettes cette saison.

En 2017, quand Bottas et Vettel ont tous les deux terminé les courses (ce qui représente 13 GP sur 16 disputés), le Finlandais a terminé six fois devant l'Allemand, dont deux fois en résistant dans les derniers tours pour s'imposer (Russie et Autriche). En tout, en imaginant que Vettel ait progressé d'une seule position à l'arrivée sur ces six épreuves, Bottas a donc potentiellement empêché le quadruple Champion du monde d'inscrire autour de 25 points de plus en 16 GP, tout en favorisant ostensiblement de meilleurs résultats pour Hamilton lors des quatre courses évoquées précédemment.

Sur la même période et en appliquant les mêmes critères, sur 12 courses terminées, Räikkönen a devancé Hamilton trois fois, empêchant le Britannique d'inscrire un total de huit points. Et surtout, hormis en Hongrie, il n'a que trop rarement été en position de favoriser un meilleur résultat de son équipier avec une monoplace globalement meilleure que la Mercedes en rythme de course.

Même si la simple lecture du classement général suffit à comprendre la différence de niveau entre Bottas et Räikkönen en 2017 (même en tenant compte des trois abandons de plus que compte le numéro 7) et l'impact de leurs résultats respectifs sur le classement constructeurs, l'analyse approfondie des résultats et des situations de course montre que dans des conditions difficiles, pour sa première saison dans une écurie qui, depuis trois ans, n'avait de concurrence que contre elle-même et s'est retrouvée sur le gril d'une compétition acharnée avec Ferrari, Bottas aura sans doute, pour Mercedes, dans l'optique de l'obtention éventuelle des deux titres, joué un rôle de premier plan.

Valtteri Bottas, Mercedes AMG F1 W08, Sebastian Vettel, Ferrari SF70H, Kimi Raikkonen, Ferrari SF70H, Lewis Hamilton, Mercedes AMG F1 W08

Les attentes de 2018

Reste que, sans trop dramatiser ses difficultés récentes, qui fondamentalement trouvent une partie de leurs origines dans les débuts précipités chez Mercedes, elles doivent interroger car l'écart soudain de maîtrise d'un certain nombre de facteurs entre un Hamilton qui a repris la saison pied au plancher et un Bottas qui l'a reprise sur des œufs est remarquable. Le Finlandais n'a tout de même pas été un modèle de régularité, en termes de rythme, lors de la première partie de saison, mais son équipier non plus, ce qui a sans doute quelque peu atténué la réalité du niveau de chacun au moment de tirer un premier bilan à la trêve.

Même si les choses ont pris leur pleine mesure à partir de Spa, le tournant semble s'être produit au Hungaroring. En effet, la constante du début de saison était un Hamilton en souffrance sur les tracés sinueux, avec les deux exemples de Sotchi et de Monaco. En Hongrie, même s'il s'est qualifié derrière Bottas et même s'il lui a rendu la place offerte sur le podium à l'arrivée, le numéro 44 était clairement supérieur au niveau du rythme de course et était plus de sept secondes devant lui à l'entame du dernier tour.

Spa, Monza, Marina Bay, Sepang, Suzuka... voilà un échantillon de pistes qui offrent toutes des défis techniques et de pilotage différents, et pourtant Bottas n'a pas été en situation de pouvoir contester quoi que ce soit à son équipier, quand bien même faut-il souligner qu'au Japon, pour la course, il a écopé une pénalité de cinq places et était sur une stratégie différente.

Mais, à l'heure où la saison 2017 s'approche de son terme, les promesses pour 2018 sont déjà grandes, tout comme les risques. Avec sa prolongation d'un an, Bottas sera de nouveau sur la sellette, de nouveau obligé de prouver des choses et peut-être cela ne sera-t-il pas suffisant pour conserver un baquet qui pourrait être potentiellement occupé par une myriade d'autres pilotes talentueux. En contrepartie, il aura cette fois eu une influence sur la prochaine voiture de Mercedes AMG, une vraie relation pour l'instant saine avec Hamilton et aura eu une année complète pour se familiariser avec les gens, les procédures, la pression, les enjeux de son poste et de son statut. 

En attendant, et au vu des conditions de son arrivée, du défi qu'il l'attendait et de sa production en piste : oui, il faut saluer le soldat Bottas.

Valtteri Bottas, Mercedes AMG F1
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