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Un peu d'histoire : quand la F1 est privée du GP de Monaco

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21 mars 2020 à 15:44

Le Grand Prix de Monaco est un tel événement dans le calendrier qu'il semble encore inconcevable que la saison 2020 de Formule 1 se déroule sans lui, si tant est que des courses auront lieu.

Ce que vous ne savez peut-être pas, c'est que si Monaco constituait la deuxième manche du premier Championnat du monde en 1950, sa place au calendrier durant les premières années était loin d'être assurée. En effet, après cette première saison, l'épreuve a été absente pendant quatre ans avant de revenir pour de bon en 1955. Cette exception fait qu'à ce jour, seuls les Grands Prix de Grande-Bretagne et d'Italie ont toujours eu leur place depuis la création du championnat. 

Pourquoi a-t-il fallu lutter pour que Monaco s'impose ? Étonnamment peut-être, compte tenu du statut de paradis fiscal de la Principauté, c'est une question d'argent. Créée par Antony Noghès, la course a connu un succès immédiat lors de sa première édition en avril 1929, devenant très vite un rendez-vous régulier du calendrier international. Néanmoins, pour attirer les grands noms, l'Automobile Club de Monaco devait offrir d'importantes sommes d'argent aux participants et aux vainqueurs. 

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Les revenus provenant des spectateurs payants, ceux qui achetaient une place en tribune et qui ne regardaient pas la course depuis les balcons, étaient peu élevés. En 1930 et en 1937, l'ACM augmenta ses revenus grâce aux jeux d'argent, en prenant des commissions et en organisant un concours indépendant, mais il y eut tout de même des pertes annuelles. En 1938, l'ACM ne pouvait plus justifier une redevance d'environ 500£ par voiture pour attirer des grands tels que Mercedes ou Auto Union. Cette année-là, initialement prévue en août après avoir eu lieu en avril l'année précédente, la course n'avait finalement pas pu se dérouler. 

Juan Manuel Fangio au volant de la Mercedes-Benz W196 à Monaco en 1955.

Juan Manuel Fangio (Mercedes) à Monaco en 1955.

En 1939, le contexte international a également joué un rôle dans l'absence d'épreuve, même si le Grand Prix de Suisse a pu se dérouler en août, juste avant que la guerre n'éclate. Après la fin des hostilités en 1945, les activités de sport automobile ont repris relativement vite en Europe, des Grands Prix ayant lieu dès 1947 en Suisse, en Belgique, en Italie et en France.

Monaco suivra en 1948, avec un circuit resurfacé et un peloton mixte typique de cette époque, composé de nouvelles autos et de machines d'avant-guerre. Déplacée au mois de mai, l'épreuve fut un succès, marquée par la victoire de la Maserati de Giuseppe Farina. Elle fut toutefois occultée par la mort du pilote britannique Norman Linnecar après un accident survenu à Sainte-Dévote lors d'une course annexe de moto. C'est la première et seule fois que l'on vit des deux-roues en compétition dans les rues de la Principauté.

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Environ 10'000 billets de tribune avaient été vendus et, pour la première fois, 17 000 personnes avaient payé pour regarder les bolides passer depuis les hauteurs de la ville, mais cela ne s'était pas traduit par de fortes rentrées d'argent pour l'ACM. Les efforts consentis pour relancer la course après une absence de 12 ans avaient été trop importants et décourageants pour les réitérer en 1949. De plus, le mois de mai cette année-là fut marqué par la disparition du prince Louis II. 

Toutefois, l'annonce de la création d'un Championnat du monde pour 1950 allait donner une nouvelle impulsion. Monaco fut programmé comme deuxième rendez-vous de l'année, une semaine seulement après Silverstone. Le prince Rainier III, qui avait succédé à son père, lançait tout juste les efforts de modernisation et de développement de la Principauté : le timing était idéal. Hélas, un énorme accident au virage du Tabac mit hors course une grande partie du plateau. La course vira à la démonstration pour Juan Manuel Fangio et il n'y eut guère de spectacle. L'épreuve allait disparaître une fois de plus du calendrier en 1951. 

Le Grand Prix de Monaco en 1950

Le Grand Prix de Monaco en 1950

Elle fut relancée en 1952 mais avec un changement majeur : il s'agirait d'une course de voitures de sport ne comptant pas pour le championnat. Une décision en partie liée à des raisons économiques, ainsi qu'à des craintes de ne pas disposer d'un plateau de monoplaces représentatif et compétitif suite à une décision tardive d'utiliser la réglementation F2.

Il y eut deux courses, avec un Grand Prix pour les voitures de plus de 2 litres et le Prix de Monte-Carlo pour les plus petits moteurs. Le week-end débuta très mal lorsque le vainqueur de l'édition 1935, Luigi Fagioli, se blessa gravement à la tête dans un accident au volant de sa Lancia après le tunnel. Il succomba trois semaines plus tard. Stirling Moss était l'une des stars des deux courses, mais il fut éliminé dans un accident lors de la course principale et la victoire revint à Vittorio Marzotto sur sa Ferrari privée. Lors des festivités d'après-course, le fondateur et principal organisateur Antony Noghès annonça sa retraite : c'était véritablement la fin d'une époque. 

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Il y eut un consensus autour du fait que les monoplaces manquaient, et avec le retrait de Noghès, il y eut un essoufflement de la dynamique. Il n'y eut pas de Grand Prix de Monaco en 1953 ni en 1954, et la course aurait alors pu disparaître définitivement. Heureusement, elle réapparut sous la forme de prestigieuse manche d'ouverture du championnat en 1955, faisant également office de Grand Prix d'Europe. Ce fut une course de très haute volée, donnant le ton pour les décennies à venir. Alberto Ascari fut victime d'un accident l'envoyant dans le port, la puissante équipe Mercedes de Fangio et Moss trébucha, et Maurice Trintignant fit un vainqueur surprise au volant de sa Ferrari. 

Avec le mariage entre le prince Rainier et la star de cinéma Grace Kelly en avril 1956, Monaco attira l'attention du monde entier et le Grand Prix allait gagner une place plus jamais perdue au calendrier... jusqu'à l'actuelle crise sanitaire mondiale, 65 ans plus tard. 

L'ironie de l'histoire, qui contraste avec les difficultés financières des premières années, est que l'épreuve a toujours été la seule à ne pas devoir payer pour accueillir la F1 car sa présence au calendrier est considérée comme très importante pour les sponsors et les diffuseurs. Alors que le report de la prochaine édition prévue le 24 mai est devenu inévitable, il n'a pas été possible d'envisager une nouvelle date. Chase Carey et ses associés doivent se concentrer sur le fait de trouver une place pour les courses qui dépensent de grosses sommes d'argent...

Lewis Hamilton en tête du Grand Prix de Monaco 2019.

Lewis Hamilton en tête du Grand Prix de Monaco 2019.

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Auteur Adam Cooper