La décision qui a mené Caterham aux oubliettes

C'est au GP d'Abu Dhabi 2014 que Caterham F1 Team a disputé sa dernière course en Formule 1, après une dernière campagne marquée par un rachat infructueux par les investisseurs du groupe Engavest et une ultime course financée par les fans.

Tout n'a pas toujours été si négatif pour autant pour l'écurie créée par Tony Fernandes. Connue sous l'identité de Lotus Racing, puis de Team Lotus, l'équipe était la plus performante des nouveaux teams lors de sa première saison, avec son duo de vainqueurs en Grand Prix, Jarno Trulli et Heikki Kovalainen. Elle a ensuite continué sa progression en 2011 avec une T128 qui s'est rapprochée du milieu de tableau mais n'a pas marqué de points.

En 2012, désormais appelée Caterham, l'équipe avait un objectif clair : finalement rejoindre le milieu de tableau et obtenir ce premier résultat dans le top 10. Les verts ont continué à se rapprocher jusqu'à la mi-saison, avant de soudain glisser inexorablement vers le fond de grille. Certains anciens membres de l'équipe ont donné leur point de vue sur cette perte de performance difficile à expliquer en apparence.

La restructuration technique de 2012

Pour la comprendre, il faut remonter au 9 décembre 2011, avec le recrutement par Caterham d'un aérodynamicien d'expérience : John Iley, ancien ingénieur de Jordan, Renault et Ferrari. Il arrivait alors en provenance de McLaren, mais conformément à la réglementation en vigueur, le Britannique a dû patienter six mois avant de commencer à travailler dans le Norfolk.

Dans le même temps, chez Caterham, c'étaient les grandes manœuvres. Mike Gascoyne a pris du recul, officiellement promu directeur technique du groupe Caterham. Mark Smith a pris le relais à la tête du département technique pour 2012, et d'emblée, la CT01 s'est montré plus performante que sa devancière.

Une monoplace en progrès

Lors des premières courses de la saison, la Caterham s'est en effet généralement montrée à la fois plus proche du milieu de tableau et plus proche de la pole position que la Lotus de l'année précédente. Ces progrès s'illustraient par les Grands Prix de Monaco, du Canada et d'Europe où Heikki Kovalainen a signé le meilleur chrono de l'équipe le samedi, se qualifiant en moyenne à 2,3 secondes de la pole position.

Le Grand Prix d'Europe fut le summum de la progression de Caterham : relégué à seulement 2,2 secondes de la pole position, Kovalainen s'était payé le luxe de battre la Red Bull de Mark Webber (victime d'un problème technique) et les Toro Rosso de Jean-Éric Vergne et Daniel Ricciardo (à la régulière) pour s'octroyer la seizième place sur la grille de départ.

L'année passée, le Finlandais avait également signé le meilleur chrono des verts à Valence, mais à 4,7 secondes de la pole position et à 1,4 seconde de la dix-huitième place...

Le fond plat à effet de souffle

C'est véritablement la seule fois que Caterham s'est réellement immiscé dans le milieu de tableau. Cela ne s'est pas concrétisé en course, Jean-Éric Vergne étant venu percuter Kovalainen dans une ligne droite, mais l'avenir se présentait bien pour la petite équipe anglo-malaisienne.

En apparence, du moins. Après avoir attendu d'être autorisé à commencer le travail pendant six mois, John Iley a enfin rejoint Caterham début juin 2014. Fort de son expérience de chez McLaren, le Britannique a insisté pour que l'écurie commence à développer un fond plat à effet de souffle, innovation technologique qui faisait des merveilles chez Red Bull et McLaren.

Mark Smith, quant à lui, était sceptique quant à la capacité de Caterham de faire fonctionner une telle innovation et souhaitait suivre un chemin plus conventionnel quant au développement aérodynamique de la CT01.

Cependant, le propriétaire de l'équipe Tony Fernandes a donné le feu vert à Iley, et c'est deux semaines après le Grand Prix d'Europe qu'une première version de ce fond plat a été introduite sur la voiture, à Silverstone.

Dans un weekend perturbé par la pluie, il n'était néanmoins pas aisé de se rendre compte des progrès que ces évolutions représentaient pour la CT01. Par la suite, à Hockenheim, Kovalainen a échoué à neuf dixièmes de la dix-huitième place de Jean-Éric Vergne, alors qu'en Hongrie, trois dixièmes séparaient le Finlandais de la Toro Rosso de Daniel Ricciardo.

Un budget monté en flèche

La trêve estivale était là, et les évolutions ne fonctionnaient toujours pas. Cependant, devant la perspective d'un potentiel gain de temps au tour non-négligeable, Fernandes a donné les pleins pouvoirs à Iley et à son projet. Le budget de l'équipe serait alors passé d'environ 75M€ à près de 120M€, malgré la désapprobation de Smith. Ce dernier affirme que l'équipe ne comprenait pas le concept de fond plat à effet soufflé.

"J'étais entièrement convaincu que l'abandonner et adopter des choix de développement aérodynamique plus conventionnels serait mieux pour l'équipe," se souvient Smith dans les colonnes d'Autosport. "Nous n'arrivions pas à le modeler, notre voiture de soufflerie n'en était pas capable et notre soufflerie n'en était pas capable. Nous ne le comprenions pas."

Malgré un budget en forte hausse, les performances ne se sont pas améliorées, bien au contraire. À Spa-Francorchamps, Kovalainen était relégué à une seconde et demie du 18e chrono en qualifications, et l'écurie a continué à reculer tout doucement dans la hiérarchie.

Des conséquences désastreuses

La malchance, associée à une erreur stratégique, a fait perdre aux verts la dixième place du championnat constructeurs à Singapour, lorsque deux phases consécutives de voiture de sécurité ont été bien mieux gérées par Marussia. Caterham a récupéré le 10 top du championnat in extremis au Brésil grâce à la onzième place de Vitaly Petrov, mais le cercle vicieux était lancé.

Trop d'argent avait été dépensé sans résultats. Tony Fernandes, délesté d'une partie de sa fortune personnelle, a commencé à serrer la vis sur les dépenses. L'équipe qui avait fait ses débuts avec deux vainqueurs en Grand Prix a engagé deux pilotes dits payants pour 2013, Charles Pic et Giedo van der Garde.

"Ils se sont rendus compte qu'ils dépensaient un peu trop," commentera Kovalainen pour Autosport. "Quand l'équipe a commencé à se développer et a eu besoin de faire de nouveaux pas en avant, et avait donc besoin d'un peu plus de budget, le budget était en train d'être réduit."

"Le développement de l'équipe était sur la mauvaise voie. Tout a ralenti. Le développement de la voiture a ralenti et les progrès se sont arrêtés."

En effet, la campagne 2013 allait de toute façon être sacrifiée sur l'autel de la nouvelle réglementation de 2014, avec peu de succès, puisque la CT05 alignée l'an passé a passé son temps en fond de grille, quasi-constamment devancée par les Marussia rivales.

En Formule 1, ce sont souvent les détails qui font la différence. En l'occurrence, une décision peu inspirée du management de Caterham aura mené une équipe qui était sur le chemin des points vers une extinction précoce et peu glorieuse.

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Tags budget, caterham, evolutions, fond plat, iley, smith