La F1 est-elle dominée par les hommes?

C'est une question légitime, à l'heure où aucune femme n'a pris le départ d'un Grand Prix depuis 1976, mais où elles sont de plus en plus nombreuses à occuper des responsabilités différentes.

Il est indéniable que certains préjugés sont présents : Bernie Ecclestone affirmait jadis, s'exprimant de façon aussi controversée qu'à son habitude, que "les femmes devraient être habillées en blanc, comme les autres appareils ménagers".

Stirling Moss, quadruple vice-champion F1 dans les années 1950, estimait quant à lui que les femmes n'avaient pas le mental pour remporter une course dans la catégorie reine du sport automobile.

C'est une barrière à laquelle les femmes ont longtemps fait face, comme l'ont expliqué plusieurs actrices du monde du sport automobile à CNN, à commencer à Georgie Shaw, qui a participé à des courses britanniques dans les années 1970 et a fait ses gammes à l'école de pilotage de Brands Hatch.

"Le moniteur-en-chef m'a dit 'Tu dois croire que tu es super douée pour être ici'," relate Shaw. "J'ai répondu 'Bah, c'est ce que je vais voir'. Et il a dit 'Il faut que tu sois super douée ou que tu couches avec les bonnes personnes'. Il était vraiment macho."

La réticence de Frank Williams

Évidemment, la situation s'est grandement améliorée depuis. Claire Williams est dans sa troisième saison à la tête de l'écurie éponyme, mais ne cache pas que son père Frank n'envisageait pas que son équipe soit menée par une femme.

"C'est quelqu'un de la vieille génération de la F1," explique Claire. "Il pense que c'est un sport pour les hommes et que les filles ne peuvent pas s'en occuper. Parfois, il me dit : 'Je n'arrive pas à croire que tu fasses ce que tu fais avec des PDG puissants, et que tu arrives à leur soutirer de l'argent'. Il y a un élément de surprise."

Et Williams n'est pas la seule : Monisha Kaltenborn est devenue la directrice de l'écurie Sauber fin 2012, devenant la première femme de l'Histoire de la Formule 1 à prendre la tête d'une équipe.

"Il est difficile de croire que j'ai été la première femme en près de 60 ans," commente l'Indienne. "C'est significatif par rapport à la F1, et il était grand temps que cela change."

Pas de sexisme

Nombreuses sont les femmes qui sont impliquées en sport automobile à notre époque. Les attachés de presse sont bien souvent des femmes, mais pas seulement : on en retrouve dans tous les secteurs, tout particulièrement l'ingénierie.

Selon les chiffres que s'est procuré CNN, les équipes Sauber, Lotus, Williams et Manor disposent toutes de 10 à 15% de femmes au sein de leurs effectifs. McLaren, Force India et Toro Rosso n'ont pas souhaité donner de chiffres spécifiques, tandis que Mercedes, Red Bull et Ferrari ont refusé de répondre à la chaîne américaine.

"Les femmes ont vraiment les aptitudes mentales requises dans tous les domaines de la Formule 1," estime Claire Williams. "Aucune barrière n'est levée pour empêcher les femmes d'arriver en Formule 1."

La Britannique en profite pour déconstruire le mythe selon lequel le sexisme resterait présent au sein de la catégorie reine du sport automobile.

"Quand j'ai adopté ce rôle, on m'a dit qu'il y avait beaucoup de critiques," poursuit-elle. "J'avais un triple handicap : j'étais une fille, j'étais jeune et j'étais la fille de Frank. Mais le genre n'a jamais été un problème pour moi. Le sexisme? Non, je vous le dis la main sur le cœur, je n'en ai jamais fait l'expérience."

"En tant que sport, je pense que nous faisons beaucoup pour promouvoir les femmes. Les Susie Wolff et autres pilotes changent les perceptions. Il y a plus de femmes qui viennent, notamment du côté de l'ingénierie. Nous avons sommes sur une lancée de plus en plus forte. La F1 n'est pas dominée par les hommes, il y a juste beaucoup d'hommes qui y travaillent," conclut Williams.

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Séries Formule 1
Type d'article Actualités
Tags femmes, kaltenborn, shaw, williams