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Lando Norris, rookie star qui a douté de son succès

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Lando Norris, rookie star qui a douté de son succès
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23 févr. 2020 à 07:00

Au vu du palmarès sans précédent de Lando Norris en formules de promotion, sa première saison convaincante dans l'élite n'est pas surprenante. Pourtant, lui-même n'y croyait pas forcément.

Si l'on souhaitait faire la liste des exploits de Lando Norris, cela prendrait un certain temps. Cinq sacres (dont quatre majeurs) en karting, avec le titre mondial 2014 ; cinq autres succès en monoplace, où il n'a jamais été vaincu sur une saison complète avant de rejoindre la Formule 2. Même dans l'antichambre de la Formule 1, si le championnat lui a échappé face à George Russell, Norris fait partie des rares à avoir accroché la deuxième place sans expérience préalable des pneus Pirelli à dégradation rapide (seuls Stoffel Vandoorne en 2014 et Antonio Giovinazzi en 2016 peuvent s'en vanter).

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Norris a rejoint le programme de jeunes pilotes McLaren début 2017 et a été idéalement préparé pour ses débuts dans l'élite avec un certain nombre de séances d'essais. Du haut de ses 19 ans, il a finalement conclu sa première campagne en F1 à la 11e place du classement général, avec 49 points au compteur. Et pourtant…

"En abordant cette saison, je n'étais pas très confiant quant à mes performances à venir", confie l'intéressé. "Je suis donc content de m'être plus ou moins trompé et d'avoir fait du bon travail, d'avoir pu me donner davantage de confiance et d'avoir progressé comme pilote. Et j'ai eu de bons résultats. Mais il reste beaucoup de choses que je dois améliorer."

Plus précisément, que se demandait-il ? "Si j'allais être assez bon. C'est aussi simple que ça. Je ne savais pas si j'allais être suffisamment rapide, face à un pilote qui avait déjà fait quatre années en F1. Je ne savais pas si j'allais être suffisamment rapide pour McLaren, et simplement pour la F1, face à tant de bons pilotes. Je ne savais pas si j'allais parvenir à tenir le rythme."

Lando Norris, McLaren après être sorti dans les graviers

Bien entendu, McLaren aurait pu confier à Norris le rôle de pilote de réserve pour une nouvelle saison, mais le Britannique ne croit pas que cela se serait avéré très utile.

"Je pense que si j'avais fait une autre année d'essais, j'aurais été dans les mêmes dispositions", estime-t-il. "Il s'agit de choses pour lesquelles on ne peut pas forcément se préparer : la pression des qualifications, la pression de la course, quand on pense à beaucoup de choses. Il y en a un certain nombre pour lesquelles on peut s'entraîner, et il y a les essais de pré-saison, et tout. Il n'empêche que c'est très différent quand on est dans l'action en qualifications et en course, niveau pression, par rapport aux essais privés."

"Parfois, j'étais rapide en essais – autant que Fernando [Alonso] ou que Stoffel [Vandoorne]. Cela me donnait un peu de confiance, mais cela ne voulait rien dire. Cela ne voulait pas dire que j'allais faire des qualifications et une course parfaite en Australie. C'est vraiment complètement différent. C'est pourquoi une autre année d'essais n'aurait pas changé mon état d'esprit."

Norris s'est en tout cas bien gardé de faire part de ses doutes à l'écurie lorsqu'il a été titularisé – à raison. "Je suis content qu'il ne nous ait pas dit ça !" s'exclame Zak Brown, PDG de McLaren. "Un rookie de 19 ans qui débute en F1 avec McLaren… Nous tenons pour acquis l'acclimatation de ces pilotes, mais il y a une telle pression sur eux…"

Zak Brown, directeur exécutif du McLaren Technology Group, avec Lando Norris, McLaren

Or, Norris a eu la bonne attitude. "Lando est une bouffée d'air frais dans la mesure où il est vraiment honnête avec lui-même", poursuit Brown. "Je crois qu'en fait, il est parfois plus critique de sa séance ou de son tour que nous ne le sommes, et pour moi, cela montre qu'il veut constamment s'améliorer, analyser ce qu'il fait et comment progresser. On peut imaginer que certains jeunes de 19 ans n'auraient peut-être pas cette discipline, se regarderaient dans la glace et pourraient se dire : 'Je suis une superstar, je suis en F1 à 19 ans'. Lando est très complet." C'est grâce à cette approche méthodique que l'Anglais a gagné en confiance et ne doute plus de ses capacités, au point d'avouer désormais ses craintes passées.

Les performances de Norris ont été remarquées, notamment en qualifications, où il a fait jeu égal avec Carlos Sainz (9-9 sur les séances représentatives) et est passé en Q3 six fois sur les sept derniers Grands Prix – certes souvent derrière son expérimenté coéquipier. Surtout, d'après les analyses de McLaren, les deux pilotes étaient généralement dans le même dixième, que ce soit en qualifications ou en course. Ce n'est sans doute pas un hasard, car le cadet s'est efforcé d'apprendre de son aîné.

"On voit le vendredi tout ce qu'apprend Lando grâce à Carlos, il est comme une éponge", estime Brown. "C'est là que sa maturité se voit. Il a admis que certains de ces circuits lui étaient nouveaux, et il ne se pressait pas d'égaler le chrono de Carlos le vendredi." Norris a effectivement conclu les EL2 derrière Sainz à 16 reprises en 21 GP. "Mais en qualifications, ils font jeu égal. Il a donc une approche vraiment mûre du week-end de course. Tous deux ont eu une certaine malchance, mais c'est le sport auto. Je ne pense pas que le classement général montre à quel point c'est serré entre eux et comme Lando a bien piloté."

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Brown n'est pas le seul à avoir été impressionné : c'est également le cas d'Andreas Seidl, directeur d'équipe depuis mai, qui observait la situation avec attention avant même de prendre ses fonctions.

"Il est clair que Lando, étant rookie, est simplement monté en puissance au fil de la saison", analyse Seidl. "Il a été rapide d'emblée à Melbourne. Il est passé en Q3 pour ses premières qualifications. Cela a prouvé que le titulariser était la bonne décision et a montré quel talent il avait."

Lando Norris, McLaren MCL34

"Il a pris le temps de bâtir son expérience avant d'être de plus en plus agressif en course. Surtout au départ, où il était plus conservateur au début de la saison car il était important qu'il finisse les courses, juste pour prendre de l'expérience. En deuxième moitié de saison, il est devenu de plus en plus agressif au départ. Bref, je dirais que c'était une première saison sensationnelle. Il a simplement un peu manqué de chance avec des problèmes techniques et autres, qui l'ont souvent privé de gros résultats."

Malgré tout, la saison 2019 a été très fructueuse pour McLaren, qui a marqué 145 points – plus du double du total de l'année précédente (62) – et a pris la quatrième place du championnat du monde. D'après Norris, les déceptions de 2017 et 2018 ont posé des bases plus raisonnables pour l'an dernier, sans oublier le remaniement des pilotes (Fernando Alonso et Stoffel Vandoorne ont été remplacés) et du management avec l'arrivée non seulement de Seidl mais aussi de James Key et d'Andrea Stella, directeurs technique et sportif respectivement.

"L'une des principales choses qui ont changé, c'est simplement un nouveau départ, avec deux nouveaux pilotes. De nouvelles personnes dans l'équipe et un nouveau management, j'imagine, avec l'arrivée d'Andreas [Seidl]", détaille Norris. "Cela a apporté du sang neuf, mais en même temps, parce que les deux années précédentes avaient été très mauvaises, je pense que nous ne nous sommes pas enflammés autant qu'auparavant pour cette saison-là, à raison."

"À Abu Dhabi [où Norris a testé pour McLaren fin 2017 et fin 2018, ndlr], tout le monde était toujours super enthousiaste quant aux performances de McLaren l'année suivante, mais nous disions trop de choses qui nous rendaient excessivement confiants. Nous ne l'avons pas fait cette fois, ce qui est une bonne chose. Nous avons travaillé dur cet hiver, puis nous avons entamé les essais et n'en étions pas extrêmement satisfaits. Mais au fil des week-ends de course, l'équipe a connu une symbiose de plus en plus forte. Je pense donc que c'est une combinaison d'éléments clés – deux nouveaux pilotes, un nouveau management, de nouvelles personnes s'occupant de tout le monde. En conséquence, les pilotes prennent davantage de plaisir, mais l'équipe aussi."

La cohésion qui règne entre les deux pilotes soulève justement l'enthousiasme de Seidl : leur rivalité, si tant est qu'elle existe, est saine. "Bien sûr, pour une équipe, il n'y a rien de mieux que deux pilotes à un niveau si élevé. C'est génial de voir comme ils se battent, avec leurs mécaniciens, de manière positive – ils tirent l'équipe vers le haut. Ces deux gars sont l'avenir de cette écurie. C'est à nous de leur donner une voiture plus rapide pour devenir une meilleure équipe, dans l'espoir qu'ils puissent se battre plus haut sur la grille."

Lance Stroll, Racing Point RP19, devant Carlos Sainz Jr., McLaren MCL34

Brown confirme : "Quand on titularise deux nouveaux pilotes, cela apporte du sang frais dans le garage, avec la possibilité d'appuyer sur reset. Je ne pense pas que c'était forcément nécessaire, mais je suis convaincu que nous avons bénéficié du fait d'avoir deux nouveaux pilotes. Tous les changements survenus dans le garage ont très rapidement abouti à la cohésion du travail au sein de l'équipe."

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Malgré ces résultats satisfaisants, tout n'était pas rose chez McLaren, surtout pour Norris, qui a subi un certain nombre de pépins techniques. Au Paul Ricard, un problème hydraulique l'a fait chuter de la septième à la dixième place au dernier tour, alors qu'à Spa-Francorchamps, il venait d'entamer l'ultime boucle au cinquième rang lorsqu'il a été trahi par son moteur. Pas de réussite non plus à Mexico, où il occupait la septième position en début de course avant un souci lors de son arrêt au stand.

"Les premiers [pépins] ne m'ont pas tellement agacé, car je sais que ça arrive", commente Norris, qui avait été impliqué dans des collisions à Shanghai et à Barcelone, et victime d'une panne au Canada. "Puis il y a eu Spa, le Paul Ricard et quelques autres. Je me suis un peu plus agacé, car ça se produisait un peu plus régulièrement. Puis j'en ai eu encore d'autres. Au bout d'un moment, je me suis rendu compte que je n'y pouvais rien, pas plus que les gens autour de moi. Ce n'était pas notre faute, ce sont des choses qui arrivent. Et juste des erreurs que j'ai commises."

"Au début, j'ai pardonné relativement facilement, mais par la suite, c'était frustrant – Spa aurait été mon meilleur résultat. Puis quand il y a eu l'arrêt au stand au Mexique, je me suis dit, 'ça arrive, il faut que je passe à autre chose, je n'y peux rien'. Avec le recul, ça a affecté beaucoup de choses – les points au championnat, etc, mais c'était en grande partie hors de mon contrôle. C'est juste quelque chose que je dois oublier et à quoi il ne faut pas que je pense l'an prochain."

Quoi qu'il en soit, McLaren est sur une pente ascendante, mais le chemin à parcourir reste long : les top teams sont encore loin devant. "Vu notre position de [2018] au championnat des constructeurs, notre position moyenne en qualifications et en course, le contraste avec [2019] est énorme", souligne Norris. "Il y a eu beaucoup de très bonnes choses, mais il en reste qui n'ont pas été si bonnes, des choses que l'équipe doit améliorer. Nous avons encore du pain sur la planche pour pouvoir nous battre avec les Red Bull, les Ferrari ou les Mercedes. Nous pouvons donc être satisfaits, mais pas trop : ne nous emballons pas pour l'an prochain."

Quant à savoir ce qu'il faut améliorer pour 2020 : "L'appui aéro, c'est aussi simple que ça. L'appui, c'est toujours le principal. Et c'est l'une des choses qui ont énormément progressé par rapport à l'an dernier."

"Et il ne s'agit pas simplement d'avoir plus d'appui mais aussi d'efficacité, des caractéristiques de la voiture. Cette dernière doit quand même fonctionner dans différentes conditions, avec différents vents, différents types de virage, à différentes vitesses. La voiture convient très bien à certaines pistes et d'autres pas du tout ; il s'agit de la faire convenir à toutes, idéalement. Les caractéristiques du fonctionnement de la voiture sont la principale base à améliorer."

Et si McLaren parvient prochainement à concevoir une monoplace capable de jouer la victoire, voire le titre, ce sera une opportunité idéale pour Norris de démontrer l'immense potentiel qu'il a laissé entrevoir jusqu'à présent.

Lando Norris, McLaren MCL34
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Auteur Benjamin Vinel