Le point détaillé sur le procès contre Bernie Ecclestone

Une pause de deux semaines dans les audiences du procès mettant Bernie Ecclestone dans le camp de la défense a débuté depuis hier

Une pause de deux semaines dans les audiences du procès mettant Bernie Ecclestone dans le camp de la défense a débuté depuis hier. Résumer les premières informations ressorties de toute cette procédure en cours n’est pas évident, mais pourrait être synthétisé en ces termes : on ne sait finalement pas encore beaucoup plus que ce que l’on ne savait après les longues premières plaidoiries, mais ce que l’on apprend laisse pour l’heure Ecclestone dans une position favorable à l’issue du procès. ToileF1 vous explique tout des tenants et aboutissants de ce procès complexe, ainsi que des procédures en cours.



Le tableau



Pour rappel, Bernie Ecclestone fait actuellement face à la justice dans le cadre d’une affaire de corruption présumée autour de la vente d’une importante part de titres F1 à la société CVC, qui aurait disposé, selon l’accusation allemande, d’une évaluation sous-estimée pour faciliter une vente préalablement encouragée par un paiement personnel de 26 millions de livres fait par Ecclestone au banquier Gerhard Gribkowsky.



Le paiement, considéré comme un pot-de-vin par l’accusation (BayerLB) s’estimant lésée du fait de n’avoir pu obtenir les parts, serait toujours selon l’accusation la preuve irréfutable de la partialité d’Ecclestone au moment de choisir le bénéficiaire du juteux deal. Pour sa défense, Ecclestone avait jusqu’à présent expliqué qu’il disposait quoi qu’il en soit du dernier mot quant à l’acheteur choisi pour les parts en questions (dévaluées ou non) et que le «pot-de-vin présumé était en réalité un paiement fait pour éviter un chantage d’un Gribkowky présenté comme un corbeau menaçant de le dénoncer au FISC britannique au sujet du non-paiement d’impôts sur Bambino, un compte extérieur basé offshore.







Premier round remporté par Ecclestone



Au mois de février, cette défense avait été appliquée par les avocats d’Ecclestone sur une mise en accusation devant la justice londonienne. Elle avait permis au Grand Argentier de la F1 de sortir blanchi.



Mais en Allemagne, le procès porte sur d’autres détails, dans la mesure où la justice locale s’attarde sur le fait que Mr Gribkowsky était par ailleurs un représentant public fédéral, en tant que membre d’une compagnie possédée par l’Etat. Autrement dit, le possible soudoiement prendrait de l’importance en ce sens qu’il ne concernerait pas simplement un représentant du privé. Le soudoiement de représentants de la justice, de la police ou d’officiels en tous genres est pris particulièrement au sérieux en Allemagne, et c’est sur ce point que s’appuie fortement l’accusation, qui cherche par ailleurs à réduire la peine de prison pour laquelle Gribkowky a déjà été condamné. Car Gribkoswky a été condamné, pour avoir reçu cet argent d’Ecclestone, sans pouvoir prouver que l’Anglais avait versé cette somme pour une raison plutôt qu’une autre. Et là est tout le nœud du problème !







Le procès de Munich



Lors du procès de Munich, Ecclestone et sa défense ont ainsi une nouvelle fois pointé le doigt sur un Gribkowsky présenté comme une personne tâchant de sauver sa peau en faisant tomber le Grand Argentier de la F1 avec lui dans l’espoir d’une réduction de peine.



Ecclestone a expliqué que le versement des 26 millions de livres a été selon lui la meilleure option sur le moment pour éviter une taxation à 40% des 2.4 milliards estimés se situant sur un compte personnel offshore. En d’autres mots, un mal pour un bien. Mais il serait toutefois étonnant qu’Ecclestone confesse avec autant de facilité le fait de disposer de capitaux aussi spectaculaires hors des frontières britanniques. Ecclestone se trouve à l’aise avec cette ligne de défense car il sait qu’il est très complexe de prouver qu’il dispose effectivement des droits d’administration de ces capitaux, dont le montage reste obscur et ne permet pour l’heure pas une liaison directe. Sans doute la défense de Bernie estime-t-elle qu’il demeure encore à l’abri pour le moment d’une procédure du FISC n’ayant encore pas été officiellement lancée, et pouvant par ailleurs être défendue pendant de longues années, tant les tentacules de Bambino sont complexes.



En d’autres mots, Ecclestone est serein. Son plus proche entourage pouvant éventuellement disposer d’éléments de connaissance des fonds étrangers (qui, rappelons-le, ne sont pas au cœur immédiat de cette affaire) sont des personnes comme son ex-femme, Slavica, son partenaire commercial de longue date Flavio Briatore, ou encore Max Mosley, ex-Président de la FIA. Aucun n’a été appelé à témoigner pour la défense ou pour l’accusation à Munich. La semaine dernière a ainsi vu passer Kurt Falhauser (membre du bureau de supervision de BayerLB) devant la barre. Aucune évidence n’a ainsi pu être fournie pour le moment pour accabler Ecclestone par rapport à ce qui avait été déjà retenu par l’accusation dans le procès anglais.







Gribkowsky, déjà condamné, s’enlise au lieu de se racheter



Pire, Gribkowsky, en admettant avoir reçu un pot-de-vin dans l’espoir de faire tomber Ecclestone, demeure pour l’heure le seul à creuser son trou encore plus profondément. Pour la défense, il est en effet facile de convaincre le jury que l’homme d’affaires tente tout simplement d’alléger sa peine et de regagner sa crédibilité en tenant de faire chuter celui dont il accepta l’argent, quel qu’en soit le motif.



Gribkowsky a par ailleurs discrédité une partie des chefs d’accusation avec son propre témoignage. Interrogé sur la raison pour laquelle il avait accepté la réception des 26 millions, celui-ci a déclaré : « Je ne me suis jamais posé cette question. Je suis encore en colère contre-moi-même à ce sujet à ce jour ». Pour les juges, difficile d’accepter une réponse aussi évasive d’un homme qui sait forcément pour quelle raison il a perçu 26 millions de livres.



Il faut également noter qu’Ecclestone est actuellement jugé par le juge qui a condamné Gribkowsky à sa peine de prison ! Si cette situation est impossible dans certains autres pays, elle est parfaitement acceptée en Allemagne, et le juge sait de l’affaire précédente que Gribkowsky a admis avoir été corrompu en touchant les 26 millions, sans pour autant pouvoir expliquer la raison de cette transaction…







Le doute persiste



L’accusation a cependant un dossier permettant à Ecclestone de rester quelque peu inquiet. Il est en effet prouvé devant la Cour que Gribkowsky ne disposait en réalité pas du pouvoir pour permettre l’approbation de la vente à CVC directement.



Autrement dit, le versement d’un pot-de-vin par Ecclestone n’aurait en tous les cas pas pu accélérer la vente à la partie souhaitée par le Grand Argentier de la F1. Mais ce point pose également des questions concernant Gribkowsky lui-même, dont l’honnêteté est une nouvelle fois mise en question, la défense suggérant qu’il aurait pu, dans un tel cas de figure, tenter d’extorquer des fonds à Ecclestone en lui laissant penser qu’il disposait de ce pouvoir. La défense d’Ecclestone n’utilise cependant pas ce point à charge contre Gribkowsky, sachant qu’il s’agirait d’un aveu de complot organisé entre Ecclestone et le banquier allemand pour effectivement manigancer la cession des parts de la F1 à CVC selon des conditions avantageuses.







Un allié de poids pour Ecclestone



L’innocence se Bernie Ecclestone pourrait par ailleurs être prouvée par le témoignage de Donald MacKenzie, en charge de CVC (que ToileF1 vous a présenté ici). En effet, MacKenzie a discrédité devant les juges la théorie de la sous-évaluation des titres de la F1 par Ecclestone en relatant la nature de leurs premières négociations concernant l’achat de ces titres. MacKenzie a ainsi expliqué avoir fait une offre initiale de 591 millions de livres à Ecclestone pour acquérir ces titres ; une offre jugée ridicule par Ecclestone, qui lui expliqua qu’il ne serait possible de commencer à discuter qu’en levant un chiffre d’un milliard de livres (1,2 milliards d’euro).



L’Ecossais a donné un certain nombre de détails renforçant l’idée qu’Ecclestone a comme toujours essayé de vendre au prix le plus fort, et que l’accusation de groupe BayerLB selon laquelle les titres auraient été cédés à titre amical et fortement sous-évalués ne tenait pas. Bien entendu, il convient de garder des précautions d’usage face à ce témoignage, CVC et MacKenzie ayant été les grands gagnants de la transaction avec la valeur prise ces dernières années par les titres…







Quelle sera l’issue du procès ?



Pour conclure, notons que la seule et unique prise de parole de Bernie Ecclestone durant ce procès est pour l’heure seulement intervenue… lors de la dernière journée d’audience en date, le 16 juillet. Pas de citation mémorable, mais tout simplement une affirmation selon laquelle il avait bien payé Gribkowsky pour acheter son silence face aux autorités britanniques concernant les capitaux offshore dont il dément pourtant avoir l’usufruit.



C’est la raison pour laquelle le procès de l’accusation se concentre désormais sur la possibilité de prouver qu’Ecclestone a corrompu un représentant officiel de l’Etat en Gribkowsky. Une pièce à charge pourrait être un document prouvant qu’Ecclestone avait connaissance de ce statut. Mais pour l’heure, l’accusation n’a pas été en mesure de fournir cela.



Après les deux semaines de break actuelles, les audiences vont reprendre jusqu’au moins le milieu du mois d’octobre. Il est tout à fait envisageable qu’Ecclestone soit reconnu coupable de corruption sur Gribkowski, mais qu’aucun lien ne puisse être établi pour autant avec la vente des titres F1 à CVC. En d’autres mots, une telle condamnation demeurerait une victoire pour Ecclestone et sa défense.

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