Les 7 idées reçues contrariées par le GP de Grande-Bretagne

Les nuages sombres qui planaient au-dessus du monde de la Formule 1 durant cette première partie de saison semblent s'être dissipés, le week-end dernier lors du Grand Prix de Grande-Bretagne. Du soleil, des tribunes remplies, une course passionnante et des discussions constructives pour l'avenir de la discipline ont rendu le sourire à bon nombre de suiveurs et de passionnés.

Il semblait y avoir un consensus au sein du paddock, après le Grand Prix d'Autriche, pour affirmer qu'il fallait changer quelque chose : la F1 était prise d'assaut par les médias, mais aussi par certaines équipes et même plusieurs hauts dirigeants. Il était donc temps de frapper un grand coup, tant en piste qu'en dehors.

Silverstone a dûment livré la réponse parfaite à tout cela, dissipant au passage plusieurs idées reçues qui avaient pris de l'ampleur ces derniers mois.

Voici donc les 7 idées reçues qui peuvent être rangées au placard après cette course passionnante.

1. Le public ne veut plus assister aux Grands Prix


Fans invade the circuit at the podium

Les fans envahissent la piste et rejoignent le podium

Photo : XPB Images

L'état de santé de la F1 fut souvent jugé ces derniers temps en regard du nombre de spectateurs présents sur les courses, en nette diminution. Ainsi, le Grand Prix d'Allemagne a été annulé, alors que l'épreuve de l'an dernier avait attiré fort peu de spectateurs au pays de Mercedes, de Rosberg et de Vettel, entre autres.

Le Grand Prix d'Autriche 2015 n'a pas attiré les foules, mais Silverstone a en revanche résisté à la tendance générale, prouvant ainsi que la question à se poser n'est pas liée au sport en lui-même. Lorsque tous les ingrédients sont réunis, les fans sont prêts à payer et à se déplacer pour voir les courses.

Indépendamment du nombre de fans de Lewis Hamilton que comptait un public fort de 140.000 personnes à Silverstone, ces chiffres impressionnants démontrent tout de même la capacité de ce sport à attirer la foule en nombre.

2. Les téléspectateurs éteignent leur télévision

 

Felipe Massa, Williams FW37 leads team mate Valtteri Bottas, Williams FW37 and Lewis Hamilton, Mercedes AMG F1 W06
Felipe Massa devant Valtteri Bottas (Williams FW37) et Lewis Hamilton (Mercedes AMG F1 W06)

Photo : XPB Images

Un autre argument souvent rencontré récemment fut la baisse des chiffres d'audience en télévision. Globalement, nombreuses sont les compétitions sportives délaissées par les téléspectateurs ces dernières années, mais la F1 en a souffert davantage en choisissant d'élargir son offre aux chaînes payantes.

Celles-ci offrent aujourd'hui des offres plus abordables et il est faux d'affirmer que les passionnés de F1 éteignent leur poste, car la reprise semble bel et bien amorcée sur plusieurs marchés-clés.

Motorsport.com a ainsi collecté des chiffres précis avant le Grand Prix de Grande-Bretagne. Ceux-ci indiquent qu'au Royaume-Uni, les chiffres cumulés de la Sky et de la BBC représentent désormais 31,6 millions de téléspectateurs, contre 29,3 millions un an plus tôt.

En Italie, les audiences atteignent désormais 29,5 millions de téléspectateurs, contre 28,4 en 2014. Et malgré la perte de son Grand Prix national, l'Allemagne demeure stable en audience. En réalité, le seul marché-clé à chuter est l'Espagne, probablement en raison des contre-performances réalisées par Alonso chez McLaren.

3. Les voitures sont aussi rapides en endurance qu'en F1

#17 Porsche Team 919 Hybrid: Timo Bernhard, Mark Webber, Brendon Hartley and #18 Porsche Team 919 Hybrid: Romain Dumas, Neel Jani, Marc Lieb

La Porsche Team 919 Hybrid #17 : Timo Bernhard, Mark Webber, Brendon Hartley et la #18 : Romain Dumas, Neel Jani, Marc Lieb

Photo : Porsche Motorsport

On entend souvent que les F1 nouvelle génération, passées à l'ère hybride, sont trop lentes. Il est évident qu'elle manquent d'appuis, qu'elles sont lourdes, et que la politique adoptée en matière de pneumatiques et de consommation d'essence a un lourd impact sur le rythme adopté par ces voitures, surtout durant la première partie des courses.

Mais l'idée reçue affirme que les F1 modernes ne sont pas plus rapides que les LMP1 rencontrées en WEC, le Championnat du Monde d'Endurance, encensé ces derniers temps pour ses courses lors desquelles les pilotes attaquent du début à la fin.

Or, Silverstone nous a offert la première occasion de réellement comparer les deux types de bolides, puisqu'il est le seul circuit à déjà avoir été visité par les deux catégories cette année.

À titre de comparaison, voici donc quelques chiffres qui prouvent que les LMP1 demeurent quelques secondes plus lentes que les F1.

 

FORMULE 1 WEC
Pole position Pole position
1:32.248 1:39.721
Premiers tours en course
Premiers tours en course
1:41.141 1:43.214
1:40.272 1:42.533
1:39.515 1:42.267
1:39.778 1:42.012
1:39.701 1:46.518
Meilleur temps au tour
Meilleur temps au tour
1:37.093 1:40.836

4. Les entités officielles sont incapables de réagir

Bernie Ecclestone, with Jean Todt, FIA President on the grid

Bernie Ecclestone et Jean Todt, Président de la FIA, sur la grille de départ

Photo : XPB Images

Au fur et à mesure que les critiques se sont élevées au cours des dernières semaines, les capacités de réaction de la FOM et de la FIA ont été mises en cause, sans oublier le Groupe Stratégique auquel elles prennent également part.

Mais c'est précisément au moment où les négociations semblaient au point mort au sein du Groupe Stratégique qu'est survenue une série d'accords au sujet des changements à apporter en 2016 et 2017.

Plusieurs sources, présentes lors de la dernière réunion en date en Angleterre, laissent entendre que le Président de la FIA Jean Todt, jusque là accusé de passivité, a fermement pris position afin de s'assurer que les différents dossiers allaient aboutir, poussant ainsi les différentes parties à voter les modifications à apporter durant les deux prochaines années.

Si les choix effectués s’avéraient bénéfiques, provoquant ainsi davantage d'excitation et de passion auprès du grand public, le Groupe Stratégique pourrait bien avoir des raisons de s'en féliciter.

5. Les équipes indépendantes n'ont plus aucune chance

Nico Hulkenberg, Sahara Force India F1 VJM08

Nico Hülkenberg, Sahara Force India F1 VJM08

Photo : XPB Images

Voici plus d'un an que l'on évoque également l'écart de performance entre les constructeurs et les équipes indépendantes, et donc clientes.

Les indépendantes ont toujours constitué la pierre angulaire de la F1, et la proposition des châssis clients survenue il y a peu leur a donné l'impression d'être poussés dans le dos par les grands constructeurs.

Mais l'idée semble être mise de côté - du moins provisoirement - et le Grand Prix disputé à Silverstone a prouvé ce dont sont encore capables les équipes indépendantes.

Force India souffre en raison d'un financement peu sûr, mais a été en mesure de présenter son nouveau package, la VJM08-B, qui semble clairement lui permettre de faire un bond en avant. Puis, surtout, qui peut nier le plaisir ressenti à la vue de ce qu'a réalisé Williams, la plus célèbre des équipes privées, en tête de la course durant de nombreux tours? Espérons revoir cela très rapidement!

6. Les règlements sont mal établis

Lewis Hamilton, Mercedes AMG F1 W06 runs wide as he tries to pass Felipe Massa, Williams FW37 for the lead of the race

Lewis Hamilton (Mercedes AMG F1 W06) sort large en voulant dépasser Felipe Massa (Williams FW37) pour la tête de la course

Photo : XPB Images

Le Grand Prix du Canada avait donné du grain à moudre à bon nombre de détracteurs, puisqu'il avait mis en lumière tous les inconvénients possibles de la politique d'économie mise en place, tant au niveau de l'essence que des pneumatiques, sans oublier les freins. Les communications radio, très nombreuses à Montréal, avaient été également été mises en cause.

Mais Silverstone a démontré l'inverse, soit l'étendue des possibilités qu'offre ce règlement. Nous avons assisté à l'une de ces grandes courses, lors de laquelle deux équipes étaient en bagarre pour la victoire à l'avant, tandis que l'action ne manquait pas de piment derrière elles.

Les pilotes ont attaqué sur un circuit très rapide, et l'économie d'essence ne fut pourtant pas un problème. Même sans pluie, le Grand Prix de Grande-Bretagne aurait constitué un véritable thriller.

Cela prouve que les règlements n'ont pas besoin d'être revus de fond en comble. Il faut y apporter quelques ajustements afin de favoriser la concurrence et resserrer les écarts de performance. Le reste se fera de lui-même.

7. Les pilotes ne sont plus des héros

Race winner Lewis Hamilton, Mercedes AMG F1 Team

Le vainqueur de la course, Lewis Hamilton (Mercedes AMG F1 Team)

Photo : Mercedes AMG

Trop d'aides au pilotage et trop de consignes reçues ont amené certains à affirmer que les pilotes d'aujourd'hui ne constituent plus des héros.

Mais à Silverstone, la foule, la course et la décision de Lewis Hamilton de changer ses pneumatiques ont prouvé que les pilotes occupent toujours le rôle central, au cœur de la compétition.

Si ce n'était pas le cas, il n'y aurait pas autant de débats au sujet des consignes données par Williams, pas plus qu'il n'y aurait eu d'acclamations au sein du public, lors de chaque dépassement effectué par Lewis Hamilton durant deux heures, dimanche dernier.

Les audiences télévisées, les chiffres d'affluence et le spectacle en course ont démontré que les pilotes demeurent au centre des attentions. Et tout cela sera encore amélioré lorsque nous verrons survenir les quelques changements nécessaires, l'an prochain et en 2017.

A propos de cet article
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Tags analyse, avenir, course, f1, grande-bretagne, pilotes, silverstone, spectacle