Les pénalités Honda mettent-elles déjà l'année 2016 de McLaren en péril?

La statistique fait un effet choc : 50 places cumulées de pénalité sur la grille pour McLaren ce weekend! Le chiffre a de quoi faire tourner la tête, quand on sait que la grille n'atteint pas 25 autos depuis belle lurette.

La sentence pour les changements répétés sur l'unité de puissance et la transmission des machines de Fernando Alonso et Jenson Button fait penser à des peines appliquées à la lettre par la Justice américaine dans les grands délits, où les charges s'accumulent avec des barèmes fixes de peines de prison pouvant dépasser la durée d'une vie humaine. Pas une peine de mort, mais presque!

Inhumaine, donc, la pénalité attribuée à McLaren? Oui et non, tant il demeure nécessaire de réglementer les changements techniques et l'utilisation des pièces additionnelles quand le règlement stipule un nombre limité d'utilisations.

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Tout le monde logé à la même enseigne

Il est en effet nécessaire d'éviter toute dérive symptomatique ou "calcul" des teams pouvant se permettre de temps en temps de partir de plus loin sur la grille pour y gagner sur le long terme.

Souvenons-nous du ridicule de certaines pénalités finalement pas pénalisantes attribuées aux teams de fond de grille il y a encore peu, quand 5 places pour un changement de transmission ne pouvaient plus faire reculer plus loin que la 22ème position et ne se convertissaient pas en autre forme de tarification à l'arrivée.

Mais terrible, bien sûr, quand on pense que cette règle n'a pas fini de faire souffrir le duo McLaren (et sans doute Red Bull), qui avant même la mi-saison, commence à engager des cumuls de pénalités monstrueux, désormais convertis en drive-through et autres pénalités de temps, et qui auront évidemment un impact immédiat sur les deux derniers tiers de la saison.

Le développement en prend aussi un coup

Des pénalités qui tomberont invariablement, quelle que soit la qualité des développements introduits pendant le reste de la saison côté moteur ou châssis. Terrible également, quand on pense que McLaren court encore et toujours après des sponsors et que Honda pense à placer son unité de puissance dans d'autres autos pour disposer de laboratoires roulants comme Ferrari le fai(sai)t avec Marussia et le fera avec Haas.

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Comment parvenir à de telles fins avec un tel spectacle à offrir tous les 15 jours? Le seul remède pour l'heure est d'expliquer à qui veut l'entendre que McLaren Honda pose les bases d'une collaboration forte et osée pour gagner dans le futur. Mais dans quel futur? Un, trois, cinq ans?

"De toute façon, nous n'avons pas vraiment le choix", philosophe Eric Boullier au micro de Canal+. "Nous n'allons pas super vite en vitesse de pointe, nous manquons de vitesse pure. Nous prenons ces courses comme des séances d'essais grandeur nature".

Le processus est difficile pour le team, qui apporte des évolutions techniques aéro en masse ce weekend en Autriche. Évaluer les nouvelles introductions lorsque la fiabilité n'y est pas et que l'auto est bridée pour pouvoir tenir la distance n'engendre pas le type de conditions permettant de tester les nouvelles évolutions à la limite.

Indirectement, comme Red Bull l'an dernier, McLaren souffre donc désormais des lacunes de son motoriste pour suivre le rythme de développement intense dans lequel Mercedes et Ferrari sont sérieusement engagés, et pour projeter ses grands domaines de recherche pour l'an prochain. La F1 est faite de cycles, et une spirale infernale est engagée pour McLaren, derrière les communiqués prônant les progrès constants depuis les essais hivernaux (c'est heureux!) et les shots d'optimisme laconique proposés aux médias par Yasuhisa Arai dans un anglais approximatif.

La grille de départ du GP d'Autriche

Une prise de direction claire

"Il faut pouvoir expliquer en interne tout ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons", décrit de son côté Boullier, à qui il est aussi demandé plus souvent qu'à son tour d'adopter le savant "Ron Speak", l'art de dire comme Ron Dennis que le nuage de Tchernobyl s'arrête toujours aux frontières.

"Nous avons vu un Alonso dont la voiture est un peu plus véloce que celle de Jenson, donc le travail fait depuis quelques mois en aéro commence à payer. Pour gagner un Championnat du Monde, nous devons être une écurie officielle moteur. Honda a des gros moyens, et si nous sommes clients Mercedes, nous ne pourrons jamais être Champions du Monde. Il faut prendre des risques, et dans ce climat de réglementation extrême, cela prend du temps à venir".

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