Marko : Gasly est rapide mais doit consommer moins

Dans une interview accordée à Motorsport.com, le consultant spécial de Red Bull est revenu sur le parcours de Pierre Gasly jusqu'à son accession à la Formule 1, ainsi que sur les cas de Brendon Hartley et Daniil Kvyat.

Toro Rosso débute la saison 2018 avec un duo de pilotes renouvelé, mais qui a tout de même pu entamer son adaptation à l'occasion des derniers Grands Prix de l'an passé. Après avoir manqué sa chance il y a un an, malgré un titre conquis en GP2 en 2016, Pierre Gasly est cette fois-ci bel et bien dans la peau d'un pilote titulaire en Formule 1.

Comme d'autres avant lui, le Français a connu la méthode dure du programme Red Bull mais en récolte les fruits aujourd'hui après s'être notamment endurci lors de sa campagne 2017 en Super Formula. Parachuté dans un environnement hostile du point de vue de l'adaptation, c'est bel et bien au Japon que Pierre Gasly a mûri de manière à convaincre Red Bull de le lancer en F1.

"Gasly a gagné en personnalité et en confiance en lui au Japon, il a reçu une bonne éducation là-bas", confirme à Motorsport.com Helmut Marko, consultant spécial de Red Bull. "Personne ne pouvait le comprendre, donc il était contrarié lors des essais là-bas, quand son ingénieur disait quelque chose et que les mécaniciens en faisaient une autre. Je lui ai dit : 'Tu es le pilote, et si tu ne fais pas ce que l'on attend de toi, personne ne va se soucier de ce que font les ingénieurs ou les mécaniciens'. Il a ensuite appris à s'affirmer en prenant part à davantage de choses en dépit des difficultés de la langue, et il est finalement devenu le plus rapide. C'est triste d'avoir perdu le titre à cause du typhon."

La dernière manche du championnat avait en effet été annulée en raison de mauvaises prévisions météorologiques, privant Pierre Gasly d'un possible sacre alors qu'il était deuxième à seulement un demi-point du futur champion, Hiroaki Ishiura.

Rapide dans toutes les catégories où il est passé, ce n'est jamais sur le talent pur que le Normand a dû affronter les doutes de Red Bull, mais sur d'autres points. Encore aujourd'hui, c'est dans un autre domaine que la vitesse de pointe qu'il va devoir progresser selon Helmut Marko. Ce dernier le considère plus rapide que son coéquipier Brendon Hartley en qualifications, mais face à un rapport de force différent lorsqu'il s'agit du rythme de course.

"En fait, Gasly a toujours été rapide, mais il n'était pas très régulier et sujet à commettre des erreurs", souligne Helmut Marko. "C'était la progression logique de le mettre dans la voiture. Et nous avons également choisi Brendon Hartley. On en arrive à la consommation d'essence. Brendon n'est pas encore au même niveau que Gasly en qualifications, mais il pilote plus ou moins à la même vitesse sur les longs relais et il utilise moins de carburant. C'est un sujet crucial aujourd'hui."

Hartley, le contre-exemple

Les standards d'exigence très élevés fixés dans le giron Red Bull ne sont évidemment pas aujourd'hui réservés au seul Pierre Gasly. Son voisin de garage y est lui aussi confronté, avec un historique très différent et qui l'a même vu être mis sur la touche il y a quelques années, avant son retour en grâce.

"Il [Hartley] a fait des courses formidables quand il était jeune, avec une excellente pointe de vitesse, mais il n'a jamais réussi à enfoncer le clou en qualifications", estime Helmut Marko. "Il n'était pas prêt. Nous sommes souvent accusés d'être trop sévères. Cependant, nous avons maintenant l'exemple d'un pilote que l'on fait revenir. Nous avons toujours eu de bons contacts avec lui, contrairement à d'autres pilotes – dont je ne citerai pas les noms – qui ont complètement disparu, perdu la raison et n'ont fait que se plaindre en permanence. C'était dur pour lui, mais nous nous sommes séparés à l'amiable et nous avons même sponsorisé son casque lorsqu'il a rejoint Porsche [en Endurance]."

Aujourd'hui lancés dans le grand bain, Gasly et Hartley ont succédé à deux pilotes aux destinées bien différentes. Carlos Sainz a rejoint Renault sous la forme d'un prêt, toujours suivi de près par Red Bull pour l'avenir, tandis que Daniil Kvyat a été définitivement écarté après deux années compliquées, l'obligeant à trouver refuge au poste de pilote de développement chez Ferrari. 

"Kvyat était très rapide chez Toro Rosso, et il a fait quelques super courses", tempère pourtant Helmut Marko. "Lors de sa première saison chez Red Bull, il était au niveau de Ricciardo du début jusqu'au milieu de la saison, si ce n'est un peu plus rapide. La deuxième année, à partir des tests hivernaux, nous avons vu un Kvyat différent. Il s'était mis lui-même trop de pression. En dépit de tout ce que nous avons essayé ensuite, nous n'avons pas réussi à le faire revenir à son niveau. C'est pourquoi nous avons arrêté avec lui." 

Propos recueillis par Christian Nimmervoll

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Séries Formule 1
Pilotes Brendon Hartley , Daniil Kvyat , Pierre Gasly
Équipes Toro Rosso
Type d'article Actualités
Tags helmut marko