Minardi - Des moteurs plus puissants, mais à quel prix ?

L'ancien Directeur de l'équipe F1 éponyme, Giancarlo Minardi, prévient des dangers économiques que pourraient représenter l'introduction de moteurs plus puissants, à l'heure où certaines équipes sont déjà contraintes de jeter l'éponge

L'ancien Directeur de l'équipe F1 éponyme, Giancarlo Minardi, prévient des dangers économiques que pourraient représenter l'introduction de moteurs plus puissants, à l'heure où certaines équipes sont déjà contraintes de jeter l'éponge.

Sous l'impulsion de Bernie Ecclestone, selon lequel les nouvelles Formule 1 motorisées par un V6 turbo amènent peu de spectacle en piste, décision fut prise d'envisager pour 2017 l'arrivée de moteurs plus puissants, sans en changer pour autant leur architecture. Mais les fameux 1000 cv évoqués par Ecclestone, Hembery (Pirelli) et quelques patrons d'équipes entraîneraient aussi une conception aérodynamique partiellement revue et l'introduction de pneumatiques plus larges. Bien sûr, tout cela ne se fait pas sans dépenser d'importantes sommes d'argent.

C'est devant cette problématique que certaines voix commencent à s'élever, dont celle de l'ancien patron emblématique de l'écurie Minardi.

"La véritable question à se poser est : comment atteindre cette puissance désirée aujourd'hui par les dirigeants et les fans ? Dans les années 1980, BMW a utilisé un moteur durant trois tours avant de le jeter, sans même analyser le dysfonctionnement qui se présentait. Les petites équipes paient pourtant des sommes colossales en tant que clients des grands motoristes, alors imaginez que Minardi ait fait la même chose que BMW… C'eut été du suicide pour nous."

Minardi, la voix de la raison ?

Lorsqu'il s'agit d'évoquer les coûts, Minardi est bien placé puisqu'il avait été contraint de vendre son équipe à Red Bull au début des années 2000 en raison de l'augmentation spectaculaire des coûts en Formule 1. Il représente donc aujourd'hui la voix de la raison.

"Je vais vous donner d'autres exemples," a-t-il déclaré dans son interview accordée au site Crash.net. "Après trois années passées avec le moteur turbo V8, à la fin des années 1980, nous avons été contraints de nous engager avec Cosworth afin de réduire les coûts. À la fin des années 1990, avec les moteurs atmosphériques donc, nous utilisions un moteur le vendredi, un autre le samedi et un troisième le dimanche, parce qu'ils ne tenaient pas plus longtemps. Rendez-vous compte des coûts que cela représentait. La fiabilité est aujourd'hui au rendez-vous mais seul le règlement sportif prévient des coûts, parce qu'un nombre d'unités de puissances limité sont utilisées, heureusement."

Hélas, les préoccupations ne s'arrêtent pas là pour autant puisque la révolution des moteurs turbo hybrides a produit une nouvelle hausse du coût des unités de puissance. Le budget moteurs d'une petite équipe représente aujourd'hui environ la moitié de son financement annuel, une situation intenable selon Minardi.

"Les grandes équipes et les fans veulent des moteurs plus puissants, mais à quel prix ?" interroge l'expert italien. "Regardez les premiers essais à Jerez. En dehors du nouveau venu Honda, les autres motoristes ont réalisé des progrès considérables en termes de fiabilité et de performance en un an. Mercedes a réalisé 4300 km avec les moteurs de l'ensemble des équipes qu'ils fournissent : c'est environ le kilométrage parcouru par une écurie en Grand Prix sur l'ensemble d'une saison. Pour atteindre un tel niveau d'efficacité, les coûts sont passés de 5 ou 6 millions à une fourchette estimée entre 18 et 21 millions par année."

"Quel est l'intérêt de limiter le nombre d'unités de puissance si vous introduisez une technologie qui coûte trois fois plus ?" conclut Minardi.

Lisons entre les lignes : son inquiétude est grande de voir la F1 se tirer une balle dans le pied, voire pire, à force de faire exploser les coûts. Des moteurs plus puissants en 2017 entraîneront une nouvelle hausse des coûts et certaines équipes pourraient ne pas y résister, à l'heure où d'autres ont déjà mis la clé sous la porte.

Si la F1 doit continuer à progresser et à se montrer à la pointe de la technologie en tant que vitrine mondiale du sport automobile pour certains, d'autres plus "sages" comme Giancarlo Minardi mettent en alerte face aux dangers d'un modèle économique qui apparaît de plus en plus bancal.

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