Minardi : la survie envers et contre tous (3/3)

C'est alors que Paul Stoddart intervint

C'est alors que Paul Stoddart intervint. Cet Australien passionné de sport auto et ex sponsor de Tyrrell était détenteur d'un pactole non négligeable grâce à sa compagnie aérienne European Aviation. Il racheta l'équipe qui réussit le plus beau tour de force de sa carrière : en six semaines et trois jours, les employés partirent de rien (autrement dit des maquettes en bois) pour finir avec les deux voitures à Melbourne en état de marche pour la première séance d'essais. Ce n'était donc pas un mince exploit pour le jeune Fernando Alonso de se qualifier dix-neuvième devant une Prost et une Jaguar.

Sa saison fut remarquable compte tenu de son matériel et Renault ne s'y trompa pas. Rebelote douze mois plus tard avec Mark Webber, autre poulain de Briatore, non sans une cinquième place à domicile pour ses débuts. Melbourne célébra Webber et Stoddart comme des héros, si bien qu'ils eurent droit à leur propre cérémonie du podium !

Hélas, alors que l'équipe semblait promise à un avenir plus brillant, un événement à priori totalement extérieur à la Formule 1 condamna à moyen terme Minardi : les attentats du 11 Septembre 2001 frappèrent New York en plein cœur et le secteur de l'aviation entama une lourde chute. European Aviation ne fut pas épargné et Minardi revint à la case départ : malgré un bon duo de pilotes en 2003 (le débutant Justin Wilson et l'expérimenté Jos Verstappen) et un barème de pilotes élargi pour les huit premiers, l'équipe fit chou blanc.

Selon Stoddart, Verstappen était pourtant parti pour remporter le Grand Prix du Brésil ! Le Hollandais était en effet sur une stratégie similaire à celle de Fisichella, futur vainqueur, et il roulait en compagnie de la Jordan avant un tête à queue fatal dans le troisième virage, transformé en rivière ce jour-là. Pourtant, l'équipe était plus désargentée que jamais, si bien que Bernie Ecclestone lui-même annonça vouloir investir dans Minardi ! Ceci s'avéra davantage un coup de pub pour attirer d'autres sponsors, tandis que Stoddart pointa du doigt les grandes équipes, coupables selon lui de vouloir couler son équipe.

L'Australien, par son franc-parler et sa ténacité, se fit une spécialité de se défendre face aux top teams, si bien qu'on le surnomma le "délégué syndical" de la Formule 1. Il réussit ainsi à faire signer à neuf équipes sur dix un plan de réduction de coûts à Interlagos en 2004, prévoyant entre autres une réduction des essais privés et le retour à un fournisseur unique de pneumatiques. Deux mesures aujourd'hui en vigueur.

Or Ferrari, pour qui les essais privés était une source de revenus grâce à leurs circuits de Fiorano et du Mugello, refusa de signer. Stoddart lança plus tard un pavé dans la mare en prétendant que toutes les équipes, dont Minardi, reversaient chaque année de l'argent à Ferrari "en reconnaissance de sa contribution historique à ce sport" !

Le temps d'appliquer ces mesures, Minardi et Jordan durent passer la main. L'ex-équipe irlandaise devint Midland, puis Spyker avant de se stabiliser en Force India là où Minardi devint la deuxième acquisition de Red Bull et prit le nom de Toro Rosso. Celle-ci connut les joies de la plus haute marche du podium à Monza en 2008 et reprit le rôle de découvreur de talents qu'occupait Minardi en révélant Sebastian Vettel, Daniel Ricciardo, Jean-Eric Vergne ou Daniil Kvyat. Sans retrouver cependant le capital sympathie que Minardi s'attira durant toute son existence.

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A propos de cet article
Séries Formule 1
Pilotes Jos Verstappen , Mark Webber , Justin Wilson , Fernando Alonso , Paul Stoddart , Sebastian Vettel , Daniel Ricciardo , Bernie Ecclestone , Jean-Éric Vergne , Daniil Kvyat
Équipes Toro Rosso , Force India , Ferrari
Type d'article Actualités