Niki Lauda, 1949-2019

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Niki Lauda, 1949-2019
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21 mai 2019 à 15:00

Le terme "légende" est beaucoup trop souvent utilisé dans notre monde actuel, mais en ce qui concerne Niki Lauda, il est parfaitement approprié.

Niki Lauda a été trois fois Champion du monde de Formule 1. Il a aussi réussi dans le monde de l’aviation et dans la direction de l’écurie Mercedes AMG. On se souviendra surtout de son terrible accident, survenu en août 1976 sur le tracé du Nürburgring, qui lui a presque coûté la vie. Le fait qu’il a surmonté les dégâts physiques et psychologiques de cet accident pour revenir au meilleur de sa forme représente un exploit vraiment peu commun.

Lauda n’avait pas sa langue dans sa proche et disait tout haut ce que certains ne voulaient pas entendre. Intelligent, direct et franc, il savait quand même manier l’humour. Pilote de grand talent et metteur au point exceptionnel, il n’était pas le plus spectaculaire en piste, mais il amassait les victoires avec une grande facilité. 

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Andreas Nikolaus Lauda est né à Vienne, en Autriche, le 22 février 1949 dans un environnement feutré dirigé par un grand-père financièrement très aisé. Nikolaus n'était pas intéressé par des études dans de grandes écoles, et était plutôt fasciné par les voitures. En 1968, il s’achète une Mini Cooper et, sans en avertir ses parents, il participe à sa première course de côte en avril de cette année-là, terminant deuxième.

Niki Lauda, March 712M - Cosworth avec Dieter Quester, March 712M - BMW

Niki Lauda, March 712M - Cosworth, avec Dieter Quester, March 712M - BMW

Son père, l’ayant appris, décide de lui couper les vivres. Nikolaus devra donc assouvir sa passion avec ses propres économies. Il vend sa Mini et s’achète une Porsche, puis fait l’acquisition d’une monoplace de Formule Vee en 1969. L’année suivante, il monte en Formule 3 et se fait surtout remarquer par ses accidents.

En 1971, il s’achète le volant d’une March de Formule 2 et se classe second à Rouen. À cette époque, plusieurs stars de la Formule 1 couraient aussi en F2. Il effectue ses débuts en F1 la même année aux commandes d’une March vieille d’un an chez lui en Autriche. Il se qualifie 21e et abandonne en course.

Il souscrit un prêt à la banque pour financer sa saison 1972 en F2 chez March, aux côtés de Ronnie Peterson. Il croit qu’il gagnera suffisamment d’argent pour payer sa dette. C'est en fait une année catastrophique, car la March n'est pas du tout performante. Il récolte quand même trois podiums et se classe cinquième au championnat. À la fin de la saison, il est criblé de dettes.

Il négocie une entente avec Louis Stanley, de l’écurie BRM, pour courir en F1 en 1973. Il effectue un autre emprunt auprès d'une banque et dit à Stanley qu’il a un sponsor et que l’argent ne sera pas un problème. Son plan est de bien figurer tout en espérant que Stanley oubliera le fameux sponsor et finira par l'engager.

Ses résultats sont moyens, mais dans les rues de Monaco, il excelle. Il impressionne Enzo Ferrari qui l’engage pour 1974. Cette saison est assez décevante, mais Lauda travaille très fort aux côtés de Mauro Forghieri, le directeur technique, pour éliminer les problèmes de tenue de route qui handicapent la Ferrari.

Niki Lauda, BRM

Niki Lauda, BRM

Au fil des longues séances d’essais, Lauda devient un remarquable metteur au point. Sa forme physique s'améliore et il possède désormais un mental à toute épreuve. Niki est très rapide. Il décroche neuf pole positions et ses premières victoires en Espagne et aux Pays-Bas. Toutefois, ses abandons coûtent cher, et il ne peut batailler pour le titre.

La saison 1975 est celle de la redoutable Ferrari 312T. Lauda signe neuf poles et cinq victoires qui lui offrent le titre mondial. Il devient ainsi le premier pilote à gagner le championnat au volant d’une Ferrari depuis 1964.

La saison 1976 commence très bien pour lui. Il amasse quatre victoires et deux secondes places lors des six premiers Grands Prix. En revanche, McLaren et son pilote de pointe, James Hunt, progressent et la lutte qui oppose Lauda à Hunt s’intensifie, mais les deux rivaux demeurent malgré tout des amis.

Niki Lauda, Ferrari et James Hunt, McLaren

Niki Lauda, Ferrari, et James Hunt, McLaren

Puis, survient le terrible accident au Grand Prix d’Allemagne. Lauda, prisonnier de sa Ferrari en flammes, doit son salut aux autres pilotes venus à sa rescousse. Il est traité à l’hôpital de Mannheim pour de graves brûlures et des poumons en sale état. Un prête lui administre l’extrême onction, ce qui lui donne le coup de fouet suffisant pour survivre. Il souffre, mais il est déterminé à reprendre le volant de sa Ferrari.

Niki Lauda, Ferrari 312T2, accident

L'épave de la Ferrari 312T2 de Niki Lauda

Contre toute attente, il effectue son retour en Italie, six semaines seulement après son crash. Il affronte les douleurs physiques, mais aussi la peur. Après quelques tours de piste, il est en confiance et sait qu’il peut se battre. Il termine quatrième en Italie puis troisième aux États-Unis. Il peut encore être sacré Champion du monde. Lors de la finale au Japon, la pluie tombe avec violence et la visibilité est nulle. Lauda décide ne pas courir et, après deux tours, il gare sa Ferrari au box et s’extirpe du cockpit. Il refuse de courir dans de telles conditions, qu’il juge trop dangereuses. Hunt termine la course troisième et décroche le titre d'un petit point.

L’Autrichien, surnommé “l’ordinateur”, gagne en Afrique du Sud en 1977, sa première victoire depuis son accident. Il triomphe à deux autres reprises et grimpe sept fois sur le podium pour remporter sa deuxième couronne mondiale. De vives tensions règnent toutefois entre Lauda et Enzo Ferrari. Ce dernier a engagé Carlos Reutemann quand il était entre la vie et la mort en 1976, ce que Lauda n’a pas accepté. La relation entre les deux pilotes est tendue. Niki n’a plus confiance en Ferrari et accepte l’offre que lui fait Bernie Ecclestone de rejoindre son écurie Brabham-Alfa Romeo.

Lauda est heureux dans cette petite équipe avec Ecclestone aux commandes, Gordon Murray comme directeur technique et Herbie Blash comme team manager. L'Autrichien y récolte deux victoires controversées en 1978 : en Suède au volant de la Brabham à ventilateur et en Italie suite aux pénalités imposées à Mario Andretti et Gilles Villeneuve.

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À la fin de la saison, Lauda a d’autres projets en tête. Passionné d’aviation, il désire créer sa propre entreprise. Le moteur Alfa Romeo n’est pas fiable, Lauda accumule les abandons et en septembre 1979, durant les essais du Grand Prix du Canada à Montréal, il quitte le cockpit de la nouvelle Brabham BT49-Ford et s’envole pour la Californie y acheter le premier avion de ligne de sa nouvelle compagnie, Lauda Air.

Loin de la F1, Lauda est heureux, mais durant l’été 1981, de vieux démons le perturbent. Ron Dennis, qui a préparé sa voiture BMW M1 en série Procar en 1979 et qui vient de prendre les rênes de l’écurie McLaren, le convie à essayer une F1.

Niki Lauda, McLaren MP4B Ford

Niki Lauda, McLaren MP4B Ford

Lauda assiste donc au Grand Prix d’Italie puis va piloter à Donington une MP4/1 au châssis en fibre de carbone créée par John Barnard. Le test est concluant, mais Niki réclame un très gros salaire. Dennis accepte, mais fait ajouter une clause à son contrat qui indique que s'il ne se montre pas suffisamment compétitif en début de saison, il devra quitter l’équipe.

Lauda prouve vite qu’il n’a rien perdu de son talent. Il termine quatrième à son premier Grand Prix en Afrique du Sud et récolte la victoire à Long Beach dès son troisième GP. Il gagne encore en Grande-Bretagne et se classe cinquième au championnat.

Toutefois, les moteurs turbo envahissent la F1. La McLaren et son humble Ford Cosworth DFV atmosphérique sont dépassés. Lauda fait tout pour que Dennis trouve un moteur turbo. Ce dernier parvient à convaincre Porsche de lui fabriquer un V6 turbo, aux normes fixées par John Barnard, et qui sera financé par l’entreprise TAG. Lauda remue ensuite ciel et terre pour faire courir ce nouveau moteur afin d’en accélérer le développement. Le TAG-Porsche débute aux Pays-Bas et dispute les quatre dernières courses de la saison.

Dennis met alors la main sur Alain Prost qui vient de quitter brusquement Renault après avoir raté de peu le titre en 1983. Avec Lauda, Dennis dispose d’une "dream team" pour 1984. Le moteur TAG-Porsche est puissant et fiable. La centrale de gestion électronique, particulièrement efficace, gère la consommation de carburant avec précision. Les McLaren accumulent les victoires, et il est vite évident que le titre ira à Prost ou à Lauda, âgé de 35 ans.

Les deux hommes sont de fins metteurs au point. Lauda découvre vite que le Français est terriblement rapide en qualifications. L’Autrichien décide alors de travailler surtout sur ses réglages pour la course. Et ça fonctionne. Il récolte cinq victoires et gagne le titre avec un demi-point d’avance sur Prost.

Niki Lauda, McLaren MP4/2 TAG Porsche

Niki Lauda, McLaren MP4/2 TAG Porsche

En 1985, la voiture de Lauda n’est pas des plus fiables, ce qui permet entre autres à Prost de coiffer la couronne. Des tensions naissent, et sa relation avec Ron Dennis commence à s’effriter. Le triple Champion annonce au Grand Prix d’Autriche qu’il prendra sa retraite à la fin de la saison. Il gagne au Pays-Bas, un succès qui lui fait alors très plaisir. Il mène brièvement la dernière course à laquelle il participe en Australie, mais un ennui de frein projette sa McLaren contre le muret de béton. Cette fois, il s’extirpe du cockpit pour de bon. C’est fini.

Il reprend les commandes de Lauda Air, mais le crash d’un de ses 767 en Thaïlande en mai 1991, causé par une défaillance technique du Boeing et entraînant la mort de 223 passagers, l’affecte grandement. En 2000, Lauda Air devient une filiale d’Austrian Airlines avant d’être absorbé. Lauda démarre une autre entreprise low cost, Fly Niki. Récemment, il a fondé une troisième entreprise, Laudamotion.

Lauda a aussi été un consultant à la télévision tout en prenant la barre de trois écuries de F1. Ses passages chez Ferrari et Jaguar n’ont pas laissé de souvenirs impérissables. Sa franchise et ses propos directs n’ayant pas vraiment plu à certains hauts responsables de ces écuries.

Niki Lauda, président non exécutif de Mercedes AMG F1

Niki Lauda, président non exécutif de Mercedes AMG F1

Photo de: Sutton Images

En septembre 2012, Lauda devient président non exécutif de Mercedes Grand Prix. Nico Rosberg remporte le Grand Prix de Chine cette année-là, la première victoire du constructeur en F1 depuis 1955, mais le retour de Michael Schumacher n’est pas aussi concluant qu’espéré. Toutefois, Lauda savait que Mercedes était en avance sur les autres motoristes au niveau du développement de son unité de puissance turbo hybride et il a joué un rôle crucial dans le recrutement de Lewis Hamilton.

Lauda et son compatriote Toto Wolff ont mené l’écurie Mercedes à cinq doublés titre pilotes-titre constructeurs consécutifs en Championnat du monde. Lauda avait un rôle important de liaison entre l’écurie de F1 et la haute direction de Daimler en Allemagne.

Au fil des ans, Lauda a eu besoin de deux transplantations de reins et d’une transplantation des poumons en août dernier. Souffrant de divers problèmes de santé, Lauda a quand même pu poursuivre son rôle au sein de l’écurie Mercedes, mais tout en étant absent des circuits.

Même si nous en sommes encore au début de la saison, gageons qu’il est possible que l’écurie Mercedes décroche un autre doublé. Une telle réussite serait le meilleur remerciement pour l’homme qui a tant fait pour cette écurie, la Formule 1 et le sport automobile en général.

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Auteur Adam Cooper
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