Opinion - Christian Horner, sauveur de l'avenir de Räikkönen chez Ferrari? (2/2)

Pour Ferrari, équipe politique s'il en est, il s'agissait de faire régner un peu d'ordre dans le garage en faisant revenir Kimi Räikkönen aux côtés d’un Fernando Alonso intouchable. Avec un autre pilote entouré d’une aura au sein de la maison et jouissant d'une grosse cote publique, le team de Maranello pensait placer son Double Champion du Monde sous pression et déconstruire la légende selon laquelle Alonso était le seul capitaine menant le navire.

 

Räikkönen jamais au niveau en 2014

Les Rouges en furent quittes pour une surprise. Encore aujourd'hui mise sur le compte d'une auto supposément non adaptée au style de pilotage du Finlandais par ses supporters, la grosse domination d'Alonso subie par Räikkönen en 2014 était en réalité à pointer sur une incapacité de ce dernier à adapter son style de pilotage à la nouvelle donne des V6 Turbo hybrides. C'est une dérive que Mark Webber, précipitant sa retraite, avait anticipé. Contrairement à l‘imaginaire collectif, aucune équipe ne pouvait se permettre d’adapter, à l’heure d’une telle transition, une auto au style propre d’un pilote en particulier, alors que tous découvraient encore les réels tenants et aboutissants des nouveaux packages et leur comportement intrinsèque.

Les nouveaux blocs délivraient un couple et un temps de réponse perturbant également grandement le Quadruple Champion du Monde Sebastian Vettel, qui voyait Daniel Ricciardo ne faire qu'une bouchée de celui qui s'était montré intraitable jusque-là avec sa Red Bull. Quant aux pneus Pirelli qui faisaient jadis le bonheur de Räikkönen ou Pérez, ils avaient évolué, eux aussi : comme Jenson Button, Räikkönen rencontrait les plus grandes difficultés à atteindre la fenêtre d'exploitation optimale en qualifications et glissait excessivement en course, causant un infernal graining. Les Champions 2007 et 2009 ne furent tout simplement pas en mesure de trouver la solution, et seuls les progrès des ingénieurs, capables de "lisser" cette donne difficile en 2015, détenaient la clé pour permettre à ceux-ci de retrouver leurs sensations au volant.

 

Contrairement à l‘imaginaire collectif, aucune équipe ne pouvait se permettre d’adapter, à l’heure de la transition vers les V6 Hybrides, une auto au style propre d’un pilote en particulier.

 

Ferrari tenu par un contrat de deux ans

À l'heure où Alonso, en dépit de sa domination intraitable, n'était plus en odeur de sainteté au sein de la Scuderia et que le grand ménage atteignait même les Directeurs d'Équipe (Domenicali puis Mattiacci) et le grand patron di Montezemolo, Ferrari se devait de surprotéger Räikkönen des assauts extérieurs, ne pouvant se permettre de perdre ses deux Champions au terme de la saison.

Rompre le contrat initial de deux ans était également impensable : Ferrari avait déjà payé le prix fort pour faire partir Iceman, fin 2009, en rachetant son contrat 2010 pour plusieurs dizaines de millions de dollars.

C'est ainsi que les exécutifs de Ferrari se satisfirent de l'atmosphère allégée en 2015, liée grandement d'une part au départ d'Alonso et de sa garde rapprochée, ainsi qu'à la bonne entente filant entre Vettel et son équipier occasionnel de squash ; le tout facilité par un Maurizio Arrivabene aux méthodes différentes.

Copieusement battu par Alonso en 2014, Räikkönen ne pouvait guère faire pire face à son nouvel équipier. Dans le meilleur des cas, celui-ci trouverait en l'auto 2015 un package plus adapté à son style de pilotage. Ce fut le cas, avec un museau rigide prévisible, une unité de puissance désormais bien plus exploitable et globalement plus d'appui trouvé par James Allison sur sa première conception. Dans le pire des cas, Räikkönen ne ferait pas d'ombre au nouveau messie de la maison, sur qui l'avenir de l'entreprise de Maranello repose désormais sur le long terme.

 

Galerie 2014/2015 : Kimi Räikkönen chez Ferrari

 

Räikkönen de nouveau dominé par Vettel

Après quelques GP 2015 seulement, l'évidence en interne fut effectivement que les moments de magie de Räikkönen se font de plus en plus rares. Les qualifications furent plus souvent qu'à leur tour désastreuses – et parfois mises sur le compte d'une mauvaise communication du team par le principal intéressé, éliminé dès la Q1-.

D'autres erreurs incroyables en course mises sur le compte du rendu imprévisible de l'unité de puissance ont passablement agacé les petites troupes, qui constatent avant tout, comme lors du duel face à Alonso, un écart répété entre les équipiers de près d'une seconde au tour dans les moments qui comptent véritablement en qualifications comme en course.

 

Après quelques GP 2015 seulement, l'évidence en interne fut effectivement que les moments de magie de Räikkönen se font de plus en plus rares.

À l'heure d'exercer ou non son option sur le Finlandais, Ferrari se pose légitimement des questions. En dehors du recrutement de Vettel, le team n'est pas parvenu, depuis des années de tentatives, à placer à bord un jeune pilote pouvant poser les bases d'un avenir victorieux. C'est pourquoi l'alternative d'un pilote ayant de la bouteille et capable de jouer les gros points avec une régularité de métronome, comme Webber ou Räikkönen, gardait de l'attrait.

 

Ferrari s’autorise à regarder ailleurs

Mais Räikkönen ne représente aujourd'hui plus non plus un tel atout de manière indiscutable. Certes, Iceman pointe à la 5ème place du championnat, derrière les Mercedes et son équipier. Certes, même les - tout de même - 58 points concédés à son équipier en une demi-saison ne suffiraient pas à placer Ferrari ne serait-ce que dans le radar de Mercedes. Mais à bilan mathématique égal, Ferrari pourrait aujourd'hui préparer l'avenir avec un pilote également, voire plus prolifique, et capable d'assumer le grand rôle attendu de lui d'ici une paire d'années. Car avec ses 76 points en arrivant en Hongrie, Räikkönen évolue derrière Bottas (Williams) pour un point, et ne devance Massa (Williams) que de deux.

C'est la raison pour laquelle nombre de rumeurs ont alimenté le paddock ces dernières semaines au sujet de l'intérêt de Ferrari pour de nombreux pilotes.

En Daniel Ricciardo se trouve le coup de cœur de tout Directeur d'Équipe. En difficulté cette année avec une auto récalcitrante et ne disposant guère de garanties sur le long terme concernant sa possible compétitivité en raison de l'inconnue représentée par Renault – dont on ne sait même pas aujourd'hui si la marque restera comme motoriste après 2016 -, Ricciardo est cependant lié contractuellement à Red Bull pour trois saisons prenant fin au terme de l'année 2017. Mais Vettel, lui aussi, était lié à Red Bull avant que Ferrari n'use de ses charmes. Pas sûr, en revanche, que le Quadruple Champion du Monde voie d'un bon œil l'arrivée dans la bergerie du seul homme l'ayant nettement battu.

 

Faut-il attendre Ricciardo?

Demeurent ainsi les options Bottas et Hülkenberg. Le premier est un garçon bosseur, brillant, et ayant montré à quel point sa vitesse et sa capacité de développement sont à la hauteur d'un top team.

Mais après avoir pu évaluer les régulières contreperformances de Felipe Massa pendant de longues années, Ferrari peut légitimement se poser des questions au sujet du protégé de Didier Coton, Mika Häkkinen et Toto Wolff, qui peine cette année à prendre le dessus de manière indiscutable sur le Brésilien. Consciente du diamant qu'elle détient, Claire Williams n'est pas ailleurs pas prête à lâcher son pilote sans une importante compensation financière, connaissant également la difficulté à trouver un autre pilote du même calibre pour 2016.

Lire aussi : Opinion – Retour en grâce de Kimi Räikkönen : la bulle a explosé (1/2)

En Nico Hülkenberg, Ferrari voit un pilote à la valeur marchande très économique, avec qui le team était prêt à faire le grand saut avant que Räikkönen ne décroche le pompon fin 2013. Mais également un jeune homme avec lequel un engagement sur le long terme n'est pas encore une évidence absolue, malgré une victoire sur les 24 Heures du Mans sur sa première et unique participation. Il faut dire qu'en dépit de belles performances dans des monoplaces indignes de son talent, Hülkenberg s'est trouvé à l'occasion défié par son équipier Sergio Pérez depuis le milieu de l'année dernière, et victime, en termes de perception, de son tempérament globalement modeste.

 

Ce qui pourrait sauver Kimi

Ferrari est aussi une équipe médiatique. Aussi silencieux soit-il, Kimi Räikkönen exerce un magnétisme incontestable et fait crépiter la flamme de nombreux fans, qui croient encore aujourd'hui plus en un éternel potentiel retour aux affaires qu'en une chute inéluctable.

L'atout principal de Kimi Räikkönen aujourd'hui ne s'appelle ainsi peut-être plus Kimi Räikkönen lui-même, mais bien Christian Horner, en ce sens que le Directeur d'Équipe Red Bull détient à lui seul plus de pouvoir de maintenir le Finlandais une année de plus chez Ferrari que le principal intéressé, s'il vient à sceller le destin de Ricciardo.

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