Quel avenir pour Grosjean après les montagnes russes?

Les montagnes russes : peut-on mieux définir la carrière de Romain Grosjean?

En 2008, le pilote franco-suisse réalisait une première saison convaincante en GP2 avant de jouer le titre l'année suivante sans pouvoir concrétiser, puisqu'il était propulsé dans la catégorie reine du sport automobile suite à l'éviction de Nelson Piquet Jr.

C'était toutefois un cadeau empoisonné : sans essais privés préalables et avec peu d'expérience en Formule 1, Grosjean peinait à se rapprocher du niveau de son redoutable coéquipier Fernando Alonso et n'a pas marqué le moindre point, si bien que Renault lui a préféré Vitaly Petrov pour 2010.

Un talent "exceptionnel" reconnu par Pirelli

Grosjean a été contraint à rebondir en AutoGP en 2010, remportant facilement le titre, avant de dominer une saison 2011 de GP2 Series au plateau très compétitif : on retrouvait parmi ses rivaux Jules Bianchi, Charles Pic et Sam Bird notamment.

"Nous l'avons vu quand il s'est retrouvé hors de la Formule 1 et qu'il faisait notre programme d'essais de pneus : il était clairement exceptionnel," affirme Paul Hembery, responsable de la compétition chez Pirelli, pour Autosport. "Il est retourné en GP2 et il a vraiment écrasé le reste du plateau cette année-là. Ensuite, il a connu une année moyenne pour son retour en F1, et les gens le remettaient en question."

Le "cinglé du premier tour"

En effet, la saison 2012 a été parsemée d'accidents pour un Grosjean qui fut même qualifié de "cinglé du premier tour" par Mark Webber. La saison 2013 fut néanmoins celle de la maturité, avec une deuxième moitié de saison où le natif de Genève a trusté le podium malgré la présence de Red Bull très dominatrices à l'avant du peloton.

"Il s'y est vraiment mis pour sa deuxième saison et a obtenu des résultats exceptionnels," poursuit Hembery. "C'est un pilote très rapide. Il a connu une année dure l'an passé lorsque Lotus n'était pas au niveau espéré. Cette année, c'est mieux pour lui, mais c'est vraiment dur de montrer son vrai talent."

Dire que 2014 a été dur pour Grosjean est un euphémisme. Après les multiples podiums obtenus en fin de saison 2013, le pilote Lotus a abordé la campagne suivante avec ambition, mais la E22 fut décevante à tous les plans : manquant de performance, la monoplace était instable et rencontrait de graves problèmes de fiabilité.

Grosjean a néanmoins pris son mal en patience, et en est récompensé cette année, où il parvient à se hisser dans le top 8 plus régulièrement.

"Vous seriez surpris si vous saviez combien de gens s'intéressent encore à Romain," révèle Hembery. "Je serais surpris s'il ne se procurait pas d'opportunité à un moment ou à un autre."

Grosjean est resté fidèle à Lotus

Pourtant, le fait est que Grosjean n'a toujours pas gagné sa place dans une équipe de pointe. Comment l'expliquer? Le pilote franco-suisse mentionne d'un côté le manque d'opportunités, de l'autre sa fidélité au projet Lotus.

"Il s'agit d'opportunités," commente Grosjean dans les colonnes d'Autosport. "Si on regarde Sebastian [Vettel] ou Lewis [Hamilton] ils sont arrivés dans des équipes qui gagnaient."

"J'étais coéquipier avec Kimi avant qu'il n'ait l'opportunité d'aller chez Ferrari et il était meilleur que moi dans la première moitié de l'année, lorsque les contrats étaient décidés, et il a décidé de partir. J'étais là, je pensais que nous aurions peut-être une bonne voiture en 2014, ce qui n'a pas été le cas."

"Il n'y a pas beaucoup de voitures qui peuvent remporter un championnat et il faut être dans l'une d'entre elles pour gagner. Fernando était au bon endroit au bon moment quand il a gagné. Quand Lewis a quitté McLaren, tout le monde l'a remis en question et maintenant, il a eu l'opportunité et il a remporté un autre championnat."

Se retrouvant dans une situation similaire à celle de Nico Hülkenberg, autre espoir peinant à trouver un volant dans une équipe de pointe, Grosjean prend son mal en patience et garde confiance en ses capacités.

"Quelqu'un m'a dit que Hülkenberg et moi étions au même stade, que nous avions gravi les échelons en même temps," poursuit-il. "Nous devons attendre et faire de notre mieux. Nous sommes fiers de ce que nous pouvons faire. Si j'ai une voiture capable de gagner, j'espère remporter des courses."

Une vitesse pure "impressionnante"

Parmi les personnes les mieux placées pour parler de Grosjean, on retrouve Éric Boullier. En effet, Boullier a été son patron en 2012 et en 2013, assistant ainsi à la maturité d'un talent brut.

Désormais directeur d'équipe chez McLaren, Boullier est confronté à un sacré casse-tête en ayant à sa disposition deux Champions du Monde et deux très prometteuses jeunes pousses : Fernando Alonso, Jenson Button, Kevin Magnussen et Stoffel Vandoorne. Pour autant, Boullier n'écarte pas les autres pilotes de son esprit, notamment Grosjean et Hülkenberg.

"Nous gardons un œil sur eux, bien sûr," reconnaît le Français. "Surtout Romain. Je le connais ; je sais que sa vitesse pure est impressionnante. C'était le coéquipier de Fernando [Alonso] et il n'était qu'à deux dixièmes et c'était sa première année en F1, direct, sans essais privés. Je pense que Fernando le respecte beaucoup depuis lors."

"Il y a de nouveaux gosses qui arrivent et le problème, c'est qu'il y a très peu de places et encore plus de pilotes que de baquets disponibles. Dans le cas de Romain, j'imagine qu'il paye encore le prix de son année désastreuse où il se crashait tout le temps..."

En Formule 1, il est très difficile de se forger une bonne réputation, alors qu'une mauvaise image peut être acquise en quelques instants. Grosjean ne peut faire grand-chose, si ce n'est continuer à dominer son coéquipier Pastor Maldonado et espérer que des portes s'ouvriront à lui.

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Type d'article Actualités
Tags boullier, grosjean, hembery, hulkenberg, lotus, renault