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Qui devrait décider de l'avenir de la F1 ?

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Qui devrait décider de l'avenir de la F1 ?
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Co-auteur: Jonathan Noble

La crise du coronavirus a créé une onde de choc dans les sociétés et industries du monde entier, et les sports mécaniques n'ont pas été épargnés.

Si l'on regarde comment la F1 a réagi, elle a pris les devants très tôt en décrétant des mesures pour protéger les équipes, en convenant d'un plafonnement budgétaire raisonnable, en reportant la nouvelle réglementation coûteuse et en conservant les mêmes monoplaces pour deux saisons. Les lignes directrices de la FIA baptisées Return to Motor Sport ont donné à l'ensemble du sport un cadre et des protocoles permettant de redémarrer en toute sécurité, bien que la pandémie se poursuive. Semaine après semaine, de plus en plus de championnats reprennent la piste.

Mais vers quoi se dirigent-ils désormais ? Quelles sont les bonnes décisions à prendre pour l'avenir, afin de garantir un sport en bonne santé et mieux armé lorsque la prochaine crise surviendra ?

Au début de cette série d'entretiens #ThinkingForward, le créateur et président de la Formule E, Alejandro Agag, a fait remarquer que si le monde avait été si durement frappé par le coronavirus, c'était en raison du manque de planification à long terme. Il réfléchissait à l'avenir, particulièrement à la manière dont le monde doit maintenant faire face à la prochaine crise imminente, celle du changement climatique, et à planifier correctement un futur avec de faibles émissions de carbone.

Mais comment réaliser une planification sur le long terme lorsqu'il est question de sport automobile, et quels sont les outils pour y parvenir ?

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Pour ce nouvel épisode de #ThinkingForward, nous nous sommes entretenus avec deux personnes : Rodi Basso, ancien directeur général de McLaren Applied Technologies, qui a dirigé l'équipe ayant créé la batterie de Formule E capable de tenir toute une course ; et Nick Turner de Stratforma, dont l'expérience se situe à Wall Street et dans la Silicon Valley et qui travaille avec l'Imperial College London et l'INSEAD (Institut européen d'administration des affaires) sur des programmes de conseil stratégique.

"Après la crise d'aujourd'hui, il est important de comprendre quelles sont les variables qui ont une incidence sur votre environnement, sur votre industrie. C'est le moment d'avoir une réflexion stratégique", dit Basso.

L'outil pour y parvenir est la planification de scénarios, qui permet aux gens de réfléchir à l'incertitude et à gagner en confiance pour prendre les bonnes décisions : en d'autres termes, naviguer dans le brouillard.

"L'avenir est trop incertain pour être prédit de manière régulière", ajoute Turner. "Il faut donc accepter le fait que l'on ne peut pas le faire et réfléchir à de multiples et plausibles futurs. La deuxième chose est d'accepter d'avoir vaguement raison plutôt qu'exactement tort."

"La planification de scénarios permet d'avoir différents types de conversations, qui s'éloignent du fait de dire 'Je sais', 'Je crois' et 'Je prédis', pour entrer dans quelque chose de plus ouvert. Le défi est de regarder vers l'horizon au-delà de l'horizon lui-même."

Pour la F1, par exemple, une planification de scénarios pourrait être d'examiner deux incertitudes et de les placer sur un graphique, avec la gouvernance et la participation sur un axe, et l'engagement de l'audience sur l'autre, avec des scénarios positifs à une extrémité, des scénarios négatifs à l'autre. Cela donnerait alors quatre quadrants.

Dans l'un d'eux on trouverait par exemple un scénario très positif : tout le monde est aligné, il y a un bon équilibre des pouvoirs entre la F1, la FIA et les équipes, une vision partagée de l'avenir et un public hautement engagé, qui regarde des courses passionnantes avec de nouvelles technologies ainsi qu'un sport pertinent, à la pointe par rapport au développement durable. Cela crée un scénario prospectif dans lequel les acteurs peuvent prendre les bonnes décisions et avoir confiance pour façonner les règles et investir dans les prochaines plateformes qui conduiront à des résultats positifs pour la croissance de l'audience et des sponsors.

Un scénario plus négatif serait d'avoir des acteurs divisés et agissant pour leurs propres intérêts, avec des priorités non alignées et des équipes peinant à survivre. La F1 serait perçue comme moins pertinente et les audiences seraient en baisse à cause d'un manque de créativité, d'accès pour regarder les courses, et du retrait de constructeurs, comme nous l'avons vu en DTM.

Il est possible d'envisager des scénarios avec des constructeurs disposant de liens encore plus étroits avec des équipes clientes, comme nous le voyons aujourd'hui entre Mercedes et Racing Point. Ou bien d'étudier l'idée pour laquelle militait l'ancien président de Ferrari, Luca di Montezemolo, à savoir l'engagement de trois voitures par constructeurs et la disparition des équipes indépendantes.

"Si la lutte pour survivre des petites équipes persiste, une solution pourrait être d'avoir moins de concurrents, de manière à ce que les constructeurs comme Ferrari ou Mercedes puissent aligner davantage de voitures", imagine Basso. "Mais là encore, c'est un modèle que nous avons vu en DTM et qui n'a pas porté ses fruits sur le long terme."

Il s'agit de décisions cruciales et, la pandémie ayant atténué la complaisance bien connue du sport, il est temps d'établir une planification stratégique claire sur le long terme.

Il est également temps d'admettre que les sports mécaniques forment un monde extrêmement fragmenté, avec de trop nombreuses disciplines qui opèrent individuellement qui étirent les budgets autant que l'attention du public. Dans un sens, cette diversité est une force : les fans qui préfèrent le rallye, le tourisme ou l'Endurance à la F1 peuvent avoir ce qu'ils veulent. Mais il est essentiel de rendre les championnats viables et diversifiés, afin que tous agissent avec une seule vision de l'avenir plutôt qu'en agissant chacun dans leur propre cour.

"Il sera bénéfique de voir comment la Formule E et la Formule 1 se font de plus en plus de concurrence, car ils convergent désormais au niveau des budgets, et aussi en matière de contenu technologique", précise Basso, ajoutant qu'il est crucial que les championnats utilisent leur technologie comme un exemple, sans tomber dans le piège d'en faire l'histoire principale à raconter et tout en essayant d'attirer le public et d'améliorer l'accès pour les participants issus de milieux plus larges.

La question d'un accès étendu pour les fans et les concurrents et d'une plus grande diversité est d'actualité, alors que Lewis Hamilton s'est engagé pour davantage d'ouverture aux personnes issues de minorités ethniques. Néanmoins, selon Turner, la diversité est tout aussi importante lorsqu'il s'agit de savoir qui se charge de planifier à long terme.

"En gros, il y a trois groupes de personnes qui devraient être impliqués", détaille-t-il. "L'un d'entre eux, ce sont les acteurs majeurs pour qui les résultats comptent vraiment. Après il y a ceux qui ont des connaissances, une véritable expertise dans le domaine dont vous discutez. Et troisièmement, il y a ceux que l'on appelle les créatifs et les curieux. Ce sont typiquement des personnes qui ont une vision différente."

"Ils peuvent être plus jeunes, être extérieurs à l'organisation, être des gens qui ont une vision claire de la façon dont le monde évolue, car il est vraiment important de prendre ce regard extérieur en compte afin de comprendre l'environnement dans lequel on opère."

"Je pense que l'un des défis pour la F1, c'est qu'elle est largement dominée par des hommes blancs. Il n'y a donc pas de diversité qui, je le sais, est un sujet brûlant actuellement. Mais il ne s'agit pas uniquement de cette diversité-là. Il y a aussi la diversité cognitive. Il s'agit de gens qui pensent de manière très différente."

La F1 peut être fière, à juste titre, du travail qu'elle a accompli pour stabiliser le navire au début de la crise, répondant à l'appel de Jean Todt, président de la FIA, pour une "nouvelle donne" qu'il avait évoquée lors de la première interview de la série #ThinkingForward au mois d'avril.

Mais il y a beaucoup de planification à long terme qui doit se faire afin de garantir à la F1 d'être en bonne santé dans dix ans face aux défis du changement climatique, de la concurrence avec la Formule E pour l'attention des marques et constructeurs, de l'accès aux téléspectateurs avec une télévision payante, et de nombreuses autres considérations.

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Auteur James Allen