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Rétro F1 - La courte épopée de Martini

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Rétro F1 - La courte épopée de Martini
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19 avr. 2018 à 17:01

Durant la saison 1978, une toute petite écurie française tente sa chance en Formule 1 en faisant rouler sa propre monoplace. Récit d’une histoire peu connue, et peu commune.

René Arnoux, Martini MK23
René Arnoux, Martini Mk.23 Ford
René Arnoux, Martini MK23
René Arnoux, Martini MK23
René Arnoux, Martini MK23
René Arnoux, Martini MK23
René Arnoux, Martini MK23
René Arnoux, Martini MK23
René Arnoux, Martini MK23
René Arnoux, Martini MK23
René Arnoux, Martini MK23
René Arnoux, Martini MK23
René Arnoux, Renault Sport F1 Team
Huges de Chaunac, Toyota Gazoo Racing

Si vous tapez "Martini" dans votre moteur de recherches sur internet, vous obtiendrez des infos sur le fameux vermouth italien ou sur l’écurie de F1 Williams, sponsorisée par ce même vermouth… Mais rien, ou presque, sur une toute petite écurie française de F1. Martini ?

Les années 70 ont été riches de ces microscopiques équipes qui fabriquaient ce qu’on appelait un "kit car" ; un amalgame d’un châssis relativement simple, d'un moteur V8 Ford Cosworth et d'une boîte de vitesses Hewland. Ces voitures hyper simples permettaient à des visionnaires ou de riches entrepreneurs de courir en F1 et d’aller à la chasse aux intéressantes primes de départ et d’arrivée.

L’une de ces petites écuries fut justement Martini, nommée ainsi non pas à cause du vermouth, mais du nom de son concepteur, Renato Martini, surnommé "Tico" Martini.

Un artisan au talent immense

Fils d’immigrés italiens, Tico Martini fonde les Automobiles Martini en 1965 en s’associant à Bill Knight, puis produit sa première voiture, la MW3 de Formule 3. Les deux compères créent aussi l’école de pilotage Winfield sur l’ancien circuit de Magny-Cours, dans la Nièvre. Cette école fut importante pour révéler plusieurs pilotes de F1 français, dont Jacques Laffite, René Arnoux, Alain Prost, Jean Alesi et Olivier Panis.

Les bolides de Tico Martini sont des chefs-d’œuvre, magnifiquement réalisés, et surtout rapides. Pour faire rouler ses voitures officielles, Tico Martini s’associe à Hugues de Chaunac et son écurie, ORECA. Les Martini mènent leurs pilotes à dix titres de Champion de France de Formule 3, deux titres de Champion d’Europe de F3 et deux titres de Champion de Formule 2, dont celui acquis en 1977 avec un Grenoblois, René Arnoux.

C’est à ce moment-là que l’idée de monter en F1 germe dans l’esprit de Martini et De Chaunac. Ils sont encouragés dans leur projet par François Guiter, le grand patron du service compétition de la pétrolière Elf. D’autant que De Chaunac parvient à intéresser deux sponsors, RMO (société de travail temporaire) et Silver Match (des briquets), de soutenir l’ambitieux projet de construire une Martini F1 afin de disputer le Championnat du monde 1978.

Avec la seule aide d’un ingénieur et d’un dessinateur, Tico Martini conçoit, courant 1977, un "kit car" qu’il désire simple et efficace. La MK23 est fortement inspirée de la Williams FW06 de Patrick Head. Son châssis en panneaux d'aluminium rivetés est propulsé par un moteur atmosphérique Cosworth DFV auquel est boulonné une transmission Hewland FGA400. Tico choisit de confier sa voiture à Arnoux, fort talentueux, certes, mais néophyte en F1.

Équipe réduite, budget insuffisant

La toute petite équipe, d’à peine dix personnes, est à l'étroit dans ses locaux de 800 m2 et produit une belle voiture, mais qui ne fera pas le poids face à ses rivales, surtout face aux formidables Lotus 79, premières véritables F1 à effet de sol.

La Martini F1 est dévoilée le 6 janvier 1978 dans les locaux du Dauphiné Libéré à Grenoble, et Arnoux effectue le déverminage de la MK23 sur le tracé de Magny-Cours le 15 février. Le V8 est démarré à 21h30 (oui, le soir !) et le petit circuit est mal éclairé par les phares de quatre voitures. Il fait un froid glacial et le bord de la piste est couvert d’un tapis de neige. Après quelques tours, la petite équipe, complètement gelée, rentre au bercail. Par la suite, Arnoux effectue près d’un millier de kilomètres d’essais au volant de la Martini avant qu’elle soit expédiée en Afrique du Sud pour y subir son baptême en Grand Prix.

Fin mars, la voiture, De Chaunac, Arnoux et quatre mécanos (oui, vous avez bien lu, seulement quatre !) quittent Magny-Cours pour Johannesbourg. Et les ennuis commencent…

Tout d’abord, l’écurie Martini dispose d’un budget ridiculement bas. Les chiffres officiels ne sont pas disponibles, mais dans le milieu, on parle d’une somme d’un million de francs de l’époque, soit 150’000€ en monnaie actuelle ! Pour toute la saison 1978, Arnoux n’a donc eu droit qu’à un seul châssis, deux moteurs et deux boîtes de vitesses.

Sur le circuit de Kyalami, le V8 crachote sans arrêt, victime d’un circuit d’alimentation en essence déficient. Arnoux ne parvient pas à se qualifier, et l’équipe rentre en France amèrement déçue. La Martini revient en scène lors du Grand Prix de Monaco. Cette fois, le pauvre Arnoux n’arrive même pas à se préqualifier.

Le "miracle" survient en Belgique, où Arnoux qualifie la Martini #31 au 19e rang. En course, il bataille avec la McLaren de Bruno Giacomelli et coupe la ligne d'arrivée en neuvième position, à deux tours du vainqueur, Mario Andretti, sur une... Lotus 79.

Au Grand Prix de France sur le circuit Paul-Ricard, Arnoux se qualifie en 18e place et se classe 14e en course. À Silverstone, c’est la douche froide quand il ne parvient pas à se préqualifier. L’argent commence à cruellement manquer…

On s'est dit : on y va et on verra bien. On a vu.

Tico Martini

En Autriche, Arnoux se qualifie in extremis, 26e et dernier. Il réalise une belle course et termine au neuvième rang, mais dernier classé. La petite troupe se retrouve à Zandvoort pour le Grand Prix des Pays-Bas. Arnoux se qualifie 23e, mais abandonne au 40e passage quand l’aileron arrière de sa Martini s’affaisse. Ce fut le dernier Grand Prix de l’écurie française. De Chaunac a beau calculer et recalculer, les tiroirs sont vides. Les dernières épreuves de la saison étant disputées hors Europe, il préfère arrêter les frais.

Dans une interview accordée au Journal du Centre en juin dernier, Tico Martini avouait avoir plongé dans ce projet sans vraiment en avoir mesuré les conséquences. "Nous avons fait de la F1 par enthousiasme, par passion. On s'est dit : on y va, et on verra bien. On a vu. Notre budget était plutôt adapté à de la F3, ou de la F2. Il y avait une marche énorme à franchir pour la F1. On manquait d'argent, on n'a pas pu évoluer, alors on s'est arrêté", a-t-il déclaré.

Dans son livre "Mes 578 Grands Prix de F1", Gérard "Jabby" Crombac écrit que, durant la saison, Arnoux s’était plaint de la dureté de la direction de la Martini. "Dans les virages, la direction se bloque", avait-il affirmé. On lui a alors rétorqué qu’il devait muscler ses bras. Après le Grand Prix des Pays-Bas, Tico Martini a fait subir un test de torsion au châssis de la MK23. Il s’est vite rendu compte que sous la contrainte, le châssis se déformait et bloquait la crémaillère de direction. Arnoux avait donc repéré ce problème, mais on ne l’a, semble-t-il, pas pris au sérieux.

Aujourd’hui, Arnoux s’amuse aux commandes d’anciennes voitures de compétition, Tico Martini profite d’une retraite bien méritée tandis que Hugues de Chaunac est toujours à la tête d'ORECA, qui prend part au programme Toyota LMP1 en WEC.

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Séries Formule 1
Pilotes René Arnoux
Auteur René Fagnan