Rétro - Le salto arrière de Fittipaldi à Monza, vraiment la faute de Martini?

22 ans après les faits, l’accrochage spectaculaire entre les deux Minardi à l’arrivée du Grand Prix d’Italie à Monza est encore l’objet d’un différent entre les deux protagonistes, que Motorsport.com a rencontrés.

L’image est demeurée célèbre : alors que le drapeau à damiers saluait la victoire de la Williams-Renault de Damon Hill, qui avait hérité de la première place après l’abandon à un tour de la fin de son leader Alain Prost, et que les tifosi s’enthousiasmaient de la deuxième place de la Ferrari de Jean Alesi, mais aussi du seul podium décroché en F1 par Michael Andretti sur une McLaren-Ford, les deux Minardi-Ford de Pierluigi Martini et Christian Fittipaldi allaient offrir l’une des images TV les plus spectaculaires de l’histoire de la Formule 1.

Blotti dans l’aspiration de son équipier dans la dernière ligne droite avant l’arrivée, Christian Fittipaldi touchait la roue arrière du pilote italien, et s’envolait dans un terrifiant salto arrière à près de 300 km/h, avant de retomber miraculeusement sur ses roues… Et dans le sens de la marche, pour passer la ligne en luge, et au 8e rang final! 

22 ans après cet accident, Christian Fittipaldi a toujours la dent dure envers Pierluigi Martini, qu’il n’hésite pas à traiter "d’idiot" et "d’imbécile" dans notre interview.

Pour moi, entre lui et une poubelle dans la rue c’est la même chose.

Christian Fittipaldi.

Mais nous avons également demandé à Martini sa version des faits, et ce dernier nous raconte une histoire bien différente. Les deux hommes ne s’accordent toujours pas sur ce qu’il s’est passé à Monza ce 12 septembre 1993!

Commençons par la version de Fittipaldi. 

 

Motorsport.com : Vous avez dit précédemment que le contact avec Pierluigi Martini était sa faute, c’est cela?

Christian Fittipaldi : Oui, et je continue à dire la même chose aujourd’hui. La différence de vitesse était importante : 289 km/h (pour Martini) contre 314 km/h (pour Fittipaldi). Vous ne pouvez pas tout mettre sur le compte de l’aspiration, car cela vous fait gagner au mieux trois ou quatre km/h. La télémétrie était très claire, il a ôté son pied de l’accélérateur (Martini dément cela, il expliquera par après la raison pour laquelle il a ralenti).

Mais là on parle d’un pilote italien dans une équipe italienne, à Monza… Giancarlo (Minardi) a tout caché. Je n’ai eu les datas que le lundi. J’ai appelé Fernando (Paiva), qui était l’un de ceux qui se chargeaient de la télémétrie pour Minardi. Je lui ai demandé "que s’est-il passé?". Et il m’a répondu : "Le gars a juste enlevé le pied (de l’accélérateur)". C’est tout. Je suis chanceux de pouvoir vous parler aujourd’hui. 

Qu’est-il arrivé ensuite? Qu’avez-vous dit à Martini après cela?

La voiture s’est arrêtée, j’ai enlevé mon harnais et je suis sorti. Je suis allé au motorhome pour me changer et "Piero" est arrivé et m’a dit "ahh, je suis désolé". S’il ne s’était pas senti coupable, il ne serait pas venu vers moi pour s’excuser.

Il ne l’a jamais admis, mais il en avait conscience. Puis je l’ai regardé et je lui ai dit : "Tu sais quoi Piero, on n’en parle pas, ça ne fait rien". J’étais tellement content d’être en vie, je ne voulais pas perdre mon temps à me disputer avec un idiot comme lui.

Pour moi, ce n’était pas un pilote propre en piste, c’était un imbécile. Depuis ce jour je ne lui ai plus jamais parlé. Je n’ai rien contre lui, mais pour moi, entre lui et une poubelle dans la rue c’est la même chose.

Voilà une version de l’histoire, il nous faut donc en entendre une autre, celle de Martini…

 

Motorsport.com : Racontez-nous ce qu’il s’est passé exactement, Pierluigi?

Pierluigi Martini : Dans les deux derniers tours, j’ai été dépassé par la Larrousse-Lamborghini d'Erik Comas, car ma 5e vitesse était hors d’usage sur la boîte séquentielle de ma Minardi M193, j’ai donc perdu ce qui aurait pu être une brillante 6e place (à l’époque, seuls les six premiers d’un Grand Prix marquaient des points NDLR). Dans le dernier tour, j’étais sous la pression de mon équipier, Christian Fittipaldi. Il était bloqué derrière moi au deuxième Lesmo et dans la chicane Ascari. Il a tenté une attaque, puis m’a dépassé avant la Parabolica, avant que je ne réagisse en tentant une autre attaque à l’extérieur.

Que s’est-il passé ensuite?

La ligne d’arrivée était au milieu de la ligne droite, pas tout de suite après la sortie de la Parabolica comme c’est le cas aujourd’hui. Je connaissais bien Monza car les courses de Formule 3 se terminaient toujours avec trois ou quatre voitures en bagarre sur la piste. J’ai appris que vous devez rester sur le côté droit de la piste pour réduire la distance à parcourir, et forcer vos adversaires à effectuer leur dépassement à l’extérieur, tout en effectuant une distance plus longue. Et c’est ce que j’ai fait.

Rien de bien étrange jusque là. Et puis?

Eh bien, lorsque vous êtes en plein sprint vous recherchez la vitesse la plus élevée possible. Malgré tout, je devais passer de la 4e à la 6e vitesse, en poussant le levier de la boîte séquentielle à deux reprises car ma 5e vitesse était cassée.

J’ai donc eu une perte de vitesse de mon moteur, et mon accélération était moins rapide que celle de Christian qui me suivait. Je me suis déporté sur la droite de la piste pour le forcer à me passer à l’extérieur, mais il a semblé attaché au côté opposé (à la droite de Martini). J’ai senti un petit contact dans la roue arrière droite… et puis je n’ai plus vu la Minardi de mon équipier.

Nous savons que Christian a effectué un effrayant salto arrière, qu’avez-vous pensé à cet instant?

J’ai vécu des moments terribles dans mon tour de rentrée aux stands. J’ai pensé que Christian était passé par dessus le muret des stands, et je m’attendais à revenir sur les lieux d’une scène tragique. Mon sang s’était glacé dans mes veines.

Finalement, il était OK, mais vous attendiez-vous à ce que Giancarlo soit furieux?

Il m’a tout de suite emmené dans le motorhome Minardi, il ne voulait pas que je parle aux journalistes qui s’étaient massés devant notre garage. Pendant ce temps, Christian est arrivé, et m’a accusé d’avoir ralenti de manière volontaire, s’écriant que j’avais essayé de le tuer! Nous nous sommes disputés, et Giancarlo essayait de nous calmer, et nous avons attendu la télémétrie.

La télémétrie a démontré que je n’avais jamais levé le pied de l’accélérateur, et encore moins essayé de ralentir.

Pierluigi Martini.

Que s’est-il passé après?

Minardi nous a dit d’un ton ferme que si quelque chose d’anormal émergeait, le pilote qui avait effectué une manœuvre aussi risquée serait viré. Il était clair qu’il s’adressait à moi, mais je savais que je n’avais rien fait d’incorrect.

Le fait est que Christian s’est ensuite calmé. La télémétrie a démontré que je n’avais jamais levé le pied de l’accélérateur, et encore moins essayé de ralentir. C’est juste que ma Minardi n’a pas accéléré aussi rapidement que celle de Fittipaldi, car j’ai manqué la 5e vitesse.

Avez-vous reparlé de cela à Fittipaldi? Avez-vous clarifié la situation? 

Non, nous avons fait une croix sur cette histoire. 

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A propos de cet article
Séries Formule 1
Pilotes Christian Fittipaldi , PierLuigi Martini
Équipes Minardi
Type d'article Contenu spécial
Tags histoire, retro, témoignage