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La rivalité Prost/Senna "n'a jamais divisé McLaren"

Vingt-neuf ans après la disparition d'Ayrton Senna, à Imola, Steve Nichols revient sur l'une des périodes les plus marquantes de l'Histoire de la Formule 1 : le duel interne entre le Brésilien et Alain Prost chez McLaren. Il était alors l'ingénieur du premier.

Collision entre Ayrton Senna, McLaren MP4/5, et Alain Prost, McLaren MP4/5

Sutton Motorsport Images

S'il est une rivalité qui a marqué l'Histoire de la Formule 1, c'est bien évidemment le duel fratricide que se sont livré Alain Prost et Ayrton Senna, d'abord chez McLaren en 1988 et 1989, puis lorsque le Français a rejoint Ferrari en 1990. Les deux Champions du monde se sont affrontés au sommet à trois reprises pour le titre mondial – les deux premières lorsque Steve Nichols était l'ingénieur de course de Senna chez McLaren, la troisième quand l'Américain avait rejoint Maranello avec Prost.

Nichols est évidemment bien placé pour comparer les deux hommes aux styles notablement différents. "Prost était peut-être un tout petit peu plus économe, mais Senna était bon pour tout", analyse l'intéressé dans le podcast Beyond The Grid. "Par exemple, en essais privés, il faisait un long relais et on voyait qu'il changeait des choses : il utilisait un régime moteur différent, il utilisait un boost différent, et quand il rentrait à la fin de son relais, il nous donnait les chiffres de l'économie de carburant par rapport aux chronos."

"Senna étant Senna, il voulait optimiser sa situation de quelque manière possible. Prost était très similaire, il avait un grand esprit de compétition. Son style n'était peut-être pas aussi agressif que celui de Senna, mais il était un pilote incroyablement bon, et c'était aussi un gars tellement sympa ! C'était juste un mec ordinaire à tous les égards, à part qu'il avait un talent hors norme pour le pilotage de voitures de course. Senna en faisait peut-être un peu trop – j'ai l'image de lui dans une Formule 3, garé sur Brundle [après un accident, ndlr] !"

Les Ralt F3 d'Ayrton Senna et Martin Brundle

Ayrton Senna et Martin Brundle ont connu un accrochage spectaculaire en F3 à Oulton Park

Au début de leur collaboration, la dynamique était évidemment particulière, avec un Prost entamant sa cinquième saison chez McLaren tandis que Senna débarquait à Woking en provenance de Lotus.

"C'était vraiment très équilibré", poursuit Nichols. "Prost était plus en phase avec l'équipe, puisqu'il en faisait partie depuis quelques années. Senna était nouveau, mais évidemment très, très bon, et il était vraiment en phase avec Honda, non seulement avec le moteur mais avec le personnel. Je dirais que ça s'équilibrait relativement bien, et ce dès le début. Ils étaient extrêmement compétitifs et faisaient quasiment jeu égal. C'était très rare qu'il y ait un grand écart entre eux. Peut-être un petit avantage à Senna en qualifications ; à l'occasion, cet écart était assez grand. À Monaco par exemple, il claquait un tour. Et il n'était pas une seconde et demie plus rapide que l'idiot du village, il était une seconde et demie plus rapide que Prost !"

Au moment de lister les qualités de son pilote, Nichols évoque un souvenir marquant. "Il était incroyablement rapide, c'était quasiment surnaturel", se remémore-t-il. "Je me rappelle une fois à Monaco, je ne sais plus pourquoi mais j'étais un peu désœuvré. Je suis descendu, vous voyez ce que fait la voie des stands, on descend cet escalier et on est d'emblée au niveau de l'entrée rapide de la Piscine, c'est incroyable ! Les gens disent toujours que telle chose est stupéfiante, mais ils ne sont pas véritablement stupéfaits. Là, je l'ai regardé passer à cet endroit et j'étais littéralement stupéfait par son attaque, par sa pure vitesse dans ce virage. Pas la moindre marge d'erreur. C'est si rapide qu'on a du mal à y croire. On penserait que nos yeux nous jouent des tours !"

"Il y avait la vitesse, il y avait l'engagement, il y avait le dévouement à ce travail. Chaque minute de sa vie était dédiée à gagner ces courses et à remporter le Championnat du monde."

Prost n'était toutefois pas en reste avec son surnom de Professeur, lequel était "au moins en partie" mérité selon Nichols. "Ce n'est pas tant qu'il avait de grandes connaissances théoriques, il s'appuyait sur les ingénieurs pour ça, mais il était très intelligent et avait une très bonne mémoire."

Steve Nichols avec Alain Prost, McLaren

Alain Prost parle à Steve Nichols

Lors de leurs deux années de collaboration chez McLaren, puis la suivante avec Prost chez Ferrari, ces deux pilotes ont remporté 36 des 48 Grands Prix disputés, raflant évidemment les trois titres mondiaux à la clé, toutefois non sans deux accrochages polémiques à Suzuka fin 1989 et 1990. La rivalité avait tourné à l'obsession.

"Senna par exemple me disait : 'Prost est notre seule préoccupation. Les autres ne sont pas un problème. On doit juste battre Prost. C'est lui contre moi, et c'est tout'", révèle Nichols. Une obsession "peut-être un peu plus" présente dans l'esprit du Brésilien que dans celui du Français. "Certains ont pu mal juger Prost ; il a un grand esprit de compétition, il a une volonté de fer, il a toutes les qualités d'un pilote automobile. J'étais l'homme de Senna, j'étais son ingénieur de course, mais je travaillais avec Prost lors d'essais et il n'y avait pas de problème entre nous, il m'a même demandé de partir chez Ferrari avec lui !"

L'influence de Ron Dennis

L'ingénieur originaire de l'Utah est en tout cas ravi d'une chose : que McLaren ait conservé son unité quand la rivalité des pilotes était si intense que ceux-ci ne communiquaient plus que par intermédiaires interposés.

"Ils avaient un intense esprit de compétition, et ils voulaient tous les deux la même chose, alors ça allait être dur, ils n'allaient jamais être amis", estime Nichols. "Ça allait forcément être de plus en plus intense. Je trouve parfaitement normal que ce soit arrivé. Et pourtant, tous les membres de McLaren ont le mérite que ça n'ait jamais divisé l'équipe. En fait, même dans la période la plus intense, ça n'a jamais affecté l'équipe, elle ne s'est jamais divisée en deux camps. À de très rares exceptions près, tout le monde était conscient de travailler pour McLaren et pas pour les pilotes."

Steve Nichols, Ayrton Senna, McLaren MP4/4 Honda

Ayrton Senna communique avec Steve Nichols avant le début des essais libres à Mexico en 1988

"Compte tenu de l'intensité de la rivalité, l'équipe essayait de garder les deux sous contrôle. Ron Dennis en particulier a fait le meilleur travail possible. Comme je l'ai dit, l'écurie fonctionnait normalement. Ils travaillaient quand même ensemble, ils ne se parlaient pas, mais ils travaillaient normalement lors des débriefings – mais de manière détournée. Si Senna avait une question, il ne la posait pas à Prost : il me la posait à moi, je la posais à l'ingénieur de course de Prost, qui la posait à ce dernier, puis ça faisait le chemin inverse. C'est un peu comme dans un divorce : quand on veut parler à sa femme, il faut parler à l'avocat et payer ! C'est comme ça que ça fonctionnait. Ils avaient un respect mutuel ultime, ils semblaient se détester, mais ils travaillaient réellement ensemble pour développer la voiture, même si c'était de cette manière plus ou moins détournée."

Quant à savoir si le directeur d'équipe Ron Dennis avait un favori : "Il y avait sûrement un peu de ça. Ça arrivait tout le temps. Si l'on remonte à [Niki] Lauda et l'arrivée de Prost [en 1984], Lauda se méfiait vraiment beaucoup de Ron et me disait : 'Prost est le nouveau, il est rapide, c'est lui l'avenir, et Ron va le favoriser'. Un ingénieur de course doit non seulement faire la partie technique des choses mais aussi être une sorte de nounou et contribuer au côté mental. Il fallait que je dise à Lauda : 'Ne t'inquiète pas de ça, Ron passe plus de temps sur la voiture de Prost, mais il n'y contribue pas techniquement. Tu m'as moi, tu as tes trois mécaniciens, l'écurie a suffisamment d'envergure et de budget pour que vous soyez tous les deux bien équipés. Je vais m'assurer que tu ne te fasses jamais flouer. Tu auras toujours toutes les opportunités au niveau du matériel, tu n'as besoin de rien d'autre. Tu as tes gars ici, ne t'inquiète pas de ça. Pilote la voiture, et on s'occupe du reste'."

"Il s'est passé quelque chose de similaire : Senna est arrivé, c'était le jeune loup rapide, Prost était l'ancien et il trouvait que Ron accordait trop d'attention à Senna. Son ingénieur de course a dû le rassurer de la même manière : 'Tu ne vas pas te faire flouer'."

Ayrton Senna, McLaren, avec son ingénieur Steve Nichols

Ayrton Senna montre quelque chose à Steve Nichols

"Ron avait un vrai faible pour [Mika] Häkkinen, et [David] Coulthard ressentait la même chose. Je lui disais : 'David, ne t'inquiète pas. Je sais que Ron parle à Häkkinen à la radio et tout ça, mais tu as tes gars, tu as ton ingénieur de course, tu as Dave Ryan qui te parle à la radio. Il a Ron, tu as Ryan ; Ryan est plus au fait de ce qui se passe dans l'équipe, au niveau de la voiture. C'est mieux pour toi ! Ne t'inquiète pas, tu as des opportunités égales'."

La collaboration de Senna et Prost chez McLaren s'est toutefois achevée par cet accrochage qui a donné le titre au Français à Suzuka et qui est resté en travers de la gorge de Senna. Ce dernier allait prendre sa revanche – sa vengeance, même – en percutant le pilote Ferrari dès le premier virage l'année suivante, entérinant son second sacre.

"[Prost] a haussé les épaules, et il était manifestement énervé", narre Nichols. "Que peut-on attendre ? C'est inévitable, Senna étant Senna. Ce dernier était tellement remonté, l'année précédente, quand Prost l'a accroché. Il estimait s'être fait voler."

"[Prost] était probablement un peu méfiant, mais que pouvait-il faire ? Il a pris un meilleur départ et il est passé devant lui. Il n'allait pas se dire : 'Oh merde, et s'il me percute par derrière ? Je ferais mieux de lever le pied avant le virage et de le laisser passer'. Après, où est-ce que vous allez le doubler ? Vous le laissez prendre la tête, et après ça, dès que vous essayez de le doubler, il va vous percuter." Senna allait remporter un troisième titre avec McLaren en 1991, tandis que Prost décrocherait une quatrième couronne chez Williams en 1993.

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