Senna - Prost, son meilleur rival [2/3]

Après ce premier contact avorté, les deux pilotes ont eu l'occasion de rétablir le dialogue une fois ensemble chez McLaren, où l'obsession de Senna pour Prost était manifeste

Après ce premier contact avorté, les deux pilotes ont eu l'occasion de rétablir le dialogue une fois ensemble chez McLaren, où l'obsession de Senna pour Prost était manifeste. L'un demandait à son équipe tout ce qui concernait l'autre : quel chrono, quel réglage, etc.. Si bien que leurs débriefings ont régulièrement dépassé les quatre heures ! Comme l'a raconté Prost "déjà il s'agissait de faire avancer l'équipe. Ensuite, c'était pour être sûr que l'on n'oublie pas le détail le plus infime. C'était aussi un jeu psychologique : il n'était pas question que je sorte avant lui du motorhome, et inversement, alors on partait ensemble !".

Murray Walker, commentateur historique à la BBC, a été témoin de cela puisqu'un jour, il a attendu quatre heures et demi pour une interview, avant de tomber sur Prost sortant du camion. Lorsque l'Anglais lui a demandé ce qu'il pouvait bien faire durant autant de temps, la réponse du Français a été : "De ceci et cela, mais je n'aime pas être le premier à sortir !".

Hélas, avec un tel niveau de compétition, et vu le pilotage volontiers plus osé de Senna par rapport à Prost, l'ambiance devait bien se dégrader un jour ou l'autre. D'autant que Honda, qui avait accompagné Senna chez McLaren en 1988 après leur première année de collaboration chez Lotus, cachait de moins en moins son orientation. Les moteurs étaient de plus en plus réglés pour le pilotage de Senna, lequel différait évidemment de celui très coulé de Prost.

Puis est arrivé Imola 1989 et la consigne stipulant que le premier au départ le resterait au premier virage, ce que Senna n'a pas respecté. Si celui-ci s'estimait dans son droit dans le sens qu'il s'agissait du second départ et non le premier – la course avait été interrompue suite au grave accident de Gerhard Berger – il s'est excusé, forcé par Ron Dennis, les larmes aux yeux.

Désormais, leurs conversations allaient se résumer aux débriefings allongés, les autres mots étant réservés aux médias, et les accrochages de Suzuka 1989 et 1990 n'allaient pas arranger leur relation, bien que comme Prost l'a précisé, elle n'a jamais été basée sur la haine : "Rivalité oui, haine, sans doute pas. Une sérieuse envie d'étrangler l'autre mutuellement ressentie l'espace de quelques secondes après un coup pendable ou quelques mots assassins, mais rien de foncièrement méchant". On imagine facilement qu'il fait référence à Suzuka 90 pour le "coup pendable". Cependant, bien qu'ils ont attendu 1993 pour se confronter à nouveau sur la piste, faute d'un matériel équivalent pour Prost, leurs différends ne se sont pas arrêtés pour autant.

Ainsi en 1991 en Allemagne, Prost cala dans l'échappatoire après avoir tenté de dépasser un Senna qui n'a jamais été le plus conciliant à ce sujet. Le Professeur prétendit qu'il allait lui rendre la pareille, là où Senna, nonchalant, railla la tendance plaintive à propos de tout et n'importe quoi de son rival. Après une médiation de la FIA qui souhaitait éviter une escalade afin de donner une bonne image de son sport, Prost et Senna firent une première paix lors du Grand Prix suivant, en Hongrie.

Une trêve favorisée par le licenciement abrupt de Prost par Ferrari, avant le dernier Grand Prix à Adélaïde. Le Français a servi de fusible pour une hiérarchie alors en pleine crise interne après avoir comparé la direction de sa monoplace à un camion à Suzuka. Malgré le revirement de l'équipe quinze jours plus tard, une fois Luca Di Montezemolo en place, Prost choisit de prendre une année sabbatique après que son premier projet de rachat de Ligier ait capoté.

Cliquez ici pour retrouver la première partie

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A propos de cet article
Séries Formule 1
Pilotes Luca Di Montez , Gerhard Berger
Équipes McLaren , Ferrari
Type d'article Actualités