Senna - Prost, son meilleur rival [3/3]

Un an après ce renvoi spectaculaire, le Français avait signé chez Williams, avec une seule condition : ne pas avoir Senna comme équipier

Un an après ce renvoi spectaculaire, le Français avait signé chez Williams, avec une seule condition : ne pas avoir Senna comme équipier. Ce n'était pourtant pas faute d'essayer de la part du Brésilien, qui a passé de longues heures au téléphone pour convaincre son rival de collaborer à nouveau. En effet Senna ne voyait pas le problème de se mesurer à Prost, d'autant que la Williams bardée d'électronique - "un vrai petit Airbus" selon Prost - était la seule à pouvoir viser le titre mondial.

Senna s'est donc efforcé de lui répondre au mieux sur la piste, notamment à Silverstone où leur lutte a fait le bonheur des observateurs. Moins celui de Prost, au vu des manœuvres de défense caractéristiques de Senna, bien que cette fois, il ne s'est pas étalé sur le sujet. En tout cas en public, puisqu'en privé, il eut ce commentaire "Je serais passé pour une pleureuse si j'en avais parlé. Aux yeux du public, Senna a toujours raison".

La frustration et la mauvaise humeur de Prost venaient aussi du fait que Williams, à l'inverse de McLaren, n'avait pas une gestion paternaliste, mais qui renvoyait davantage à la relation patron-employé, n'hésitant donc pas à remettre en cause son pilote. De plus, Senna faisait tout pour rejoindre l'équipe, n'ignorant pas qu'avec un moteur Ford, sa McLaren ne pouvait rivaliser, même avec un excellent châssis. Fatigué, Prost annonça sa retraite au Portugal, avant même que son titre soit assuré le même week-end.

A cet instant, Senna savait que son principal repère allait partir et que plus rien n'allait être comme avant. Si bien qu'il assaillit ses proches de questions sur ce qu'il allait advenir de Prost. Après leur réconciliation publique d'Adélaïde où ils s'amusèrent des derniers mots de Ron Dennis à leur égard, ils offrirent au public de Paris-Bercy un dernier combat, en karting, cette discipline où Senna avouait avoir tiré le plus de plaisir.

L'importance que Prost avait pour Senna n'a transparu aux yeux du public que lors de ce fameux message télédiffusé le matin du 1er mai – mais enregistré l'avant-veille – où Senna a avoué à Prost, alors consultant pour TF1, qu'il lui manquait. Donnant à cette rivalité si souvent montée en épingle une autre dimension, et rendant davantage hommage à ces deux fabuleux pilotes qu'étaient Prost et Senna.

Senna eut cette phrase étrangement prémonitoire rapportée par sa sœur Viviane lorsqu'on lui demanda s'il avait des ennemis : "La vie est trop courte pour avoir des ennemis". Prost et Senna n'ont jamais été ennemis, ils se sont juste opposés de par leurs approches différentes, leurs personnalités, et un contexte précis. A ce titre, il serait donc inapproprié de faire preuve de manichéisme : l'un comme l'autre a eu ses torts dans leur rivalité.

On pourrait reprocher à Prost un côté volontiers râleur et mauvais perdant, voire d'avoir provoqué – ou ne pas avoir cherché à éviter – l'accrochage de Suzuka 89 et la polémique qui s'en est suivie. Là où il est sans doute de bon ton de pointer du doigt les moments où Senna allait trop loin sur la piste, notamment à Suzuka 1990 où, sans remettre aucunement en question ses qualités humaines et de pilote, il est impossible d'approuver un tel geste et difficile de l'excuser.

Il n'est pas question d'un gentil et d'un méchant, mais de deux personnalités et pilotes qui ont marqué à jamais l'Histoire de leur sport, si bien que vingt ans plus tard, on parlera encore de Prost et Senna, ou de Senna et Prost.

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Équipes McLaren , Williams
Type d'article Actualités