Senna - Un homme très croyant

Voilà un aspect polémique du personnage de Senna : sa foi

Voilà un aspect polémique du personnage de Senna : sa foi. Il n'était certes pas le premier pilote croyant, ni le dernier. Son compatriote Rubens Barrichello s'est aussi souvent épanché à ce sujet par exemple. Il reste qu'il était un de ceux qui en parlait le plus, et dans ce milieu athée sinon agnostique qu'est la Formule 1, les risques d'être mal compris étaient grands.

Le problème venait surtout du fait que ses actions en piste semblaient en contradiction avec son état d'esprit en dehors du cockpit. Comme souvent, c'est Alain Prost qui a le mieux cerné l’ambiguïté de son meilleur rival :

"Il avait ses propres règles, il croyait en elles et c'était ainsi. Il était très croyant et répétait sans cesse qu'il fallait dire la vérité, il parlait des enseignements qu'il avait reçus, de son éducation, ce genre de choses. A l'époque, je pensais que certaines choses qu'il faisait sur le circuit ne collaient pas avec ses propos mais maintenant je crois que, par moments, il était dans l'erreur. Il avait ses règles, il les suivait et rien d'autre ne l'intéressait. Quand j'y repense je crois qu'il pensait vraiment être sur la bonne voie, à dire la vérité tout le temps. Et sur le circuit, c'était pareil".

Ce jugement est survenu à tête reposée, là où, sur le coup du geste suicidaire de Suzuka 1990, il avait mêlé sa parole à ceux qui estimaient que Senna se croyait immortel, car croyant. Le Brésilien ne s'est jamais exprimé ainsi, mais il n'a pas nié que sa foi pouvait porter à confusion, ou qu'il n'a pas toujours été le meilleur communicant qui soit à ce sujet :

"Il ne faut pas parler de Dieu n'importe où, n'importe quand, on risque de ne pas être bien compris. Parfois on m'a mal interprété, parfois on a fait exprès de déformer mes propos, de m'induire en erreur de façon à en faire tout une histoire. Mais il m'est arrivé aussi de faire de grosses erreurs qu'on a ensuite retournées contre moi. Je suppose que c'est inévitable".

S'il est difficile pour quelqu'un de non croyant de parfaitement cerner la psychologie d'un homme profondément religieux, il est très probable que cette foi a contribué à renforcer sa concentration, à se rapprocher de cet équilibre qu'il chassait sans cesse. On l'a vu avec d'autres pilotes, la psychologie joue beaucoup dans leurs performances. Et sans équilibre, il aurait difficile pour Senna de réaliser ce fameux tour de Monaco 1988, où il a atteint un certain niveau de concentration, comme l'atteste son commentaire :

"Je n'arrêtais plus d'attaquer. Soudain je me suis aperçu que je n'avais plus conscience de piloter. Je le faisais avec une sorte d'instinct, comme si j'étais dans une autre dimension. J'ai eu l'impression que le circuit entier était un tunnel. J'étais au-delà de la limite mais toujours capable d'aller encore plus loin. Puis soudain j'ai eu comme un flash et ma réaction a été de lever le pied immédiatement. Je suis rentré lentement au stand, cela m'avait effrayé. De telles expériences sont rares mais je les garde en moi car c'est quelque chose d'important pour se préserver soi-même".

Encore une fois, l'ironie le frappa de plein fouet lorsqu'il lut un passage de la Bible avant la course du 1er Mai, disant que Dieu lui ferait le plus grand des dons : Lui-même. Il n'est évidemment pas question de déifier Senna ici, car rendre hommage au Brésilien et à n'importe quel être humain, c'est aussi reconnaître ses erreurs et ses défauts. Mais sa foi faisait partie de lui. Sa tombe en témoigne également : "Rien ne me séparera de l'amour de Dieu".

Ses propos à ce sujet n'ont pas été et ne seront pas compris ou acceptés de tous, mais ils ont eux aussi construit sa légende, pour ne pas dire son mysticisme auprès de certains.

Écrire un commentaire
Montrer les commentaires
A propos de cet article
Séries Formule 1
Pilotes Rubens Barrichello , Alain Prost
Type d'article Actualités