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Comment le plan de bataille de Ferrari s'est effondré à Monza

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Comment le plan de bataille de Ferrari s'est effondré à Monza
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Par : James Allen , Featured writer
5 sept. 2018 à 11:17

James Allen analyse le GP d'Italie, une des meilleures courses de l'année, avec son mélange de vitesses élevées, d'émotion, de bagarre en piste et de stratégie qui a permis de maintenir le suspense jusque dans les derniers tours.

Voir Mercedes remporter la course contre toute attente, sur les terres de Ferrari, a constitué un choc pour la Scuderia, qui avait la meilleure voiture à Monza et s'était approprié la première ligne.

Terminer avec une deuxième et une quatrième place est une déception majeure. Les critiques ont montré du doigt le manque de pneus tendres dans la sélection Pirelli pour Monza, le manque de travail sur ces gommes, ainsi que le timing des arrêts au stand. Mais ce n'est pas ça qui a posé problème.

Alors que s'est-il passé, et quelle part de la stratégie Ferrari a conduit à cette défaite ?

Ferrari : consignes d'équipe ou pas ?

Kimi Raikkonen, Ferrari SF71H, leads Sebastian Vettel, Ferrari SF71H on the warm-up lap

Il y a une dimension très humaine dans ce qui s'est passé à Monza, puisque Kimi Räikkönen se rapproche de la fin de sa carrière et d'un possible remplacement par Charles Leclerc la saison prochaine, et souhaite remporter une dernière victoire. Dans des circonstances normales, cela ne serait pas pris en considération dans la lutte serrée qui oppose Sebastian Vettel à Lewis Hamilton pour le titre mondial.

Tout au long de la saison – pour plusieurs raisons – Räikkönen s'est retrouvé à employer des stratégies qui n'étaient pas optimales afin d'aider Vettel, forçant les Mercedes à rentrer au stand plus tôt ou à rester en piste plus longtemps pour compromettre leur stratégie.

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La dernière fois qu'il était en pole position, à Monaco l'année dernière, Ferrari avait réussi à faire repasser Vettel devant pendant la course et Räikkönen avait sa prolongation de contrat. Ici, les circonstances étaient différentes. Il savait que le souhait du défunt président Sergio Marchionne était de le remplacer par Leclerc, et que ce n'est plus qu'une question de temps pour que cela soit annoncé.

Räikkönen a décroché une pole position inattendue samedi, car Vettel a été envoyé en piste tardivement pour le run décisif de Q3 et perdu l'occasion de bénéficier de l’aspiration de Hamilton, tout en la donnant à son coéquipier. Le Finlandais a saisi sa chance d'aller chercher une dernière victoire devant les tifosi et sa famille.

Kimi Raikkonen, Ferrari SF71H, Sebastian Vettel, Ferrari SF71H, Lewis Hamilton, Mercedes AMG F1 W09, and the rest of the field at the start of the race

Pour tenter de gagner un championnat face à un adversaire comme Hamilton, qui est dans la forme de sa vie, cela ne devrait pas entrer en ligne de compte. Il y a toujours moyen d'atteindre les résultats désirés, mais seulement quand on contrôle la course en position de force.

Cependant, Vettel n'a pas ressenti ce soutien et s'est retrouvé dans une position difficile. Il avait non seulement Hamilton derrière lui à surveiller au départ, mais aussi Räikkönen devant lui, avec la position de tête qu'il aurait dû occuper à l'issue des qualifications. 

Le danger venant de Hamilton était clair : il serait très agressif au départ car c'était sa meilleure chance, compte tenu du fait que la Mercedes était quelques dixièmes plus lente durant tout le week-end.

L'erreur commise par Vettel – ou que les circonstances l'ont forcé à commettre – a été d'essayer de prendre la tête aux dépens de Räikkönen dès le premier tour plutôt que de se concentrer sur le fait de maintenir Hamilton derrière lui et d'avoir les deux Ferrari aux avant-postes pour contrôler la course.

Sebastian Vettel, Ferrari SF71H about to make contact with Lewis Hamilton, Mercedes AMG F1 W09, as Kimi Raikkonen, Ferrari SF71H leads the race

Vettel a tenté de doubler son coéquipier en utilisant une trajectoire qui n'était pas idéale à la deuxième chicane, et Hamilton a vu la chance à saisir, plaçant sa voiture dans l'espace créé à l'extérieur. Les deux hommes se sont touchés, envoyant Vettel en tête-à-queue pour repartir 18e.

C'est sur cette base, une fois ce décor planté, que les décisions stratégiques concernant la dégradation des pneus et le timing des arrêts au stand ont été prises. Si, tel qu'on le sous-entend, Räikkönen a une clause dans son contrat stipulant qu'il n'y aura pas de consignes d'équipes dans le cas où il s'élance en pole position, alors c'est quelque chose qui peut se régler plus tard, une fois que la course est établie et sous contrôle. Ces dernières années, de nombreuses négociations ont ainsi eu lieu à travers la radio.

En risquant tout au départ, c'est tout le plan de bataille qui s'est effondré.

Sebastian Vettel, Ferrari SF71H facing the wrong way after making contact with Lewis Hamilton, Mercedes AMG F1 W09

Tout pour Räikkönen

À partir de là, Ferrari a dû se concentrer sur Räikkönen pour s'assurer qu'il remporte la course. Aux mains de Vettel, la Ferrari aurait aisément distancé les Mercedes pour s'imposer, comme ce fut le cas à Spa et à Silverstone. Räikkönen n'a pas pu se débarrasser de Hamilton, et c'est ce qui a conduit à l'erreur stratégique qui lui a coûté la victoire.

Ça ne provient pas du fait que Ferrari ait apporté seulement un train de pneus tendres en plus de celui imposé à chaque pilote. Il n'y avait aucun problème sur ce point ; l'équipe a fait ce qu'il fallait en travaillant sur les supertendres, la gomme la plus compliquée à comprendre et à maîtriser en raison d'essais libres perturbés par la pluie le vendredi. Il était plus important d'optimiser les performances avec ce pneu pour les qualifications et pour un premier relais optimal en course.

Kimi Raikkonen, Ferrari SF71H, pits

Ce n'était pas non plus une erreur de faire rentrer Räikkönen en premier, au 21e tour. C'était exactement ce qu'il fallait faire, puisque l'inverse aurait conduit à l'undercut de son adversaire, Hamilton étant très proche.

L'erreur se situe dans le degré et la durée pendant laquelle, après son arrêt au stand, Ferrari a demandé à Räikkönen d'attaquer avec son train de pneus tendres neufs. En attaquant fort pendant cinq ou six tours, il a usé ses pneus et a offert à Hamilton une chance d'exploiter cette faiblesse en fin de course pour le dépasser et s'imposer.

Mercedes a demandé à Hamilton de rester en piste et d'attaquer lorsque Räikkönen s'est arrêté. Ses chronos étaient rapides, mais plutôt que de le faire rentrer, ils ont prolongé son relais d'un tour car les pneus tenaient le coup. Il a continué jusqu'à la fin du 28e tour.

Pendant tout le temps passé par Hamilton à attaquer avec des pneus qui seraient bientôt obsolètes, Ferrari a demandé à Räikkönen de faire la même chose avec des pneus neufs dont il aurait besoin jusqu'à l'arrivée.

C'était une erreur stratégique : Räikkönen s'est construit une avance plus importante que ce dont il avait besoin, d'autant que Mercedes avait toujours la carte Valtteri Bottas, qui allait inévitablement rester devant lui. En faisant ça, il a provoqué du cloquage à l'arrière chez Räikkönen, ce qui a coûté de la performance ainsi que la victoire.

Bottas entre en jeu

Valtteri Bottas, Mercedes AMG F1 W09 leads Kimi Raikkonen, Ferrari SF71H and Lewis Hamilton, Mercedes AMG F1 W09

Après le Grand Prix de Belgique, il semblait évident que le rôle du deuxième pilote dans chaque équipe allait jouer un rôle décisif pour l'issue du championnat. Bottas va désormais être utilisé par Mercedes pour aider Hamilton. Son contrat vient d'être renouvelé, et il sait donc exactement quoi faire.

C'est ce qui s'est produit à Monza, car Bottas a été maintenu en piste un long moment avec les pneus supertendres. Il se battait contre Max Verstappen pour le podium, mais il pouvait également jouer un rôle en retenant Räikkönen après le premier arrêt de celui-ci.

Bottas n'a pas exagéré et n'a pas piloté plus lentement que ce qu'il pouvait. En effet, il a réalisé son meilleur chrono personnel durant cette phase, en 1'23"8 au 31e tour, mais Räikkönen aurait pu aller bien plus vite. Hamilton tournait en 1'22 et Räikkönen aurait également pu tenir ce rythme.

Au 33e tour, Bottas a commencé à faire quelques mouvements dans les virages, qui ont gêné Räikkönen et qui ont fait chuter les chronos en 1'24"7, alors que les Mercedes prenaient la Ferrari en tenaille.

Lewis Hamilton, Mercedes AMG F1 W09, passes Kimi Raikkonen, Ferrari SF71H

Une fois Räikkönen en délicatesse avec ses pneus, Hamilton s'est emparé de la tête de la course à neuf tours de l'arrivée. Ferrari, qui avait débuté la journée en première ligne, a terminé la course en deuxième et en quatrième position, fruit de cette mauvaise stratégie.

C'est ainsi que les championnats se gagnent.

L'UBS Race Strategy Report est écrit par James Allen grâce à l'apport des données fournies par plusieurs stratèges des écuries et par Pirelli.

Historique de la course

Race history

 

 

Ces graphiques ont été fournis par Williams Martini Racing

Le nombre de tours figure sur l'axe horizontal, l'écart par rapport au leader sur l'axe vertical.

La tendance est positive lorsque la courbe est ascendante, au fur et à mesure que la voiture s'allège en carburant. Elle est négative si la courbe est descendante, au fur et à mesure de la dégradation pneumatique.

On constate l'attaque de Räikkönen du 21e au 27e tour, période durant laquelle il a usé ses pneus. On peut également comparer son rythme et celui de Bottas entre les 31e et 34e tours, par rapport à celui de Hamilton qui les rattrapait.

Relais et pneus

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Auteur James Allen
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