Rétro WSR - Bertrand Baguette, l'ancien grand espoir de la Belgique

Épreuve reine des World Series by Renault, le championnat de Formule Renault 3.5 a vu le jour en 2005 et s’est imposé depuis comme l’une des voies d’accès privilégiées à la Formule 1. Plus abordable financièrement que le GP2, la catégorie phare du Losange a vu quantité de jeunes pousses talentueuses affûter leurs armes avant d’effectuer le grand saut vers le pinacle du sport automobile. Dix ans plus tard, retour sur le parcours des dix pilotes sacrés dans la catégorie.

2009 - Bertrand Baguette

Avant le passage chez Virgin de Jérôme d’Ambrosio et l’éclosion de Stoffel Vandoorne dans le giron de McLaren, les espoirs de la Belgique reposent sur Bertrand Baguette, champion de Formule Renault 3.5 en 2009. Si les portes de la F1 lui resteront fermées, Baguette endossera sa combinaison de globe-trotter pour embrasser une carrière éclectique, à cheval sur trois continents.

À l’orée de la saison 2009, Bertrand Baguette sort d’une double campagne en FR 3.5 qui l’a notamment vu s’imposer sur ses terres à Spa en 2008. Cette année-là, le pilote de 23 ans et son écurie Draco Racing connaissent pourtant de nombreux soucis mécaniques.

"La performance était au rendez-vous, mais pas la fiabilité," se souvient Bertrand, qui court aujourd’hui au Japon comme pilote officiel Honda dans les championnats de Super GT500 et Super Formula. "Du coup, nous avons attaqué 2009 avec le plein d’ambitions et un gros sentiment de revanche."

Baguette monte progressivement en puissance

Et les résultats vont suivre. Constant et solide, Baguette enchaîne dans un premier temps podiums et places d’honneur. Le Belge s’illustre notamment lors de sa manche à domicile en signant une paire de secondes places, une pole position et un meilleur tour en course.

"Même si je n’ai pas gagné, l’épreuve de Spa reste le souvenir le plus marquant de la saison," raconte Bertrand. "J’habite à cinq minutes du circuit et les fans avaient répondu présent pour mettre une ambiance extraordinaire. De plus, je suis le pilote qui a inscrit le plus de points durant le week-end. Tout simplement inoubliable."

Au moment de basculer dans la seconde moitié de saison, Baguette n’a pourtant toujours pas remporté la moindre victoire quand son adversaire principal, Marcos Martinez, en a déjà récolté quatre. "Il y avait toujours un petit grain de sable qui nous empêchait de conclure le travail. Et puis tous les ingrédients se sont mis en place à partir de la mi-saison."

Bertrand hausse effectivement la cadence et signe une deuxième partie d’exercice 2009 tonitruante – cinq succès en huit courses – pour s’assurer la couronne dès l’avant-dernière manche disputée au Nürburgring.

Devancé par Petrov dans la course au baquet Renault

Le pilote belge étrenne son titre début décembre avec le traditionnel test Renault F1 réservé aux champions de 3.5, et roule également en essais avec BMW Sauber à la même période. Un temps pressenti comme titulaire au sein de l’écurie française pour 2010, Baguette voit finalement Vitaly Petrov le devancer.

"Tout s’est extrêmement bien passé," se remémore-t-il. "Mais l’argent représentait déjà le nerf de la guerre à l’époque et je n’ai pas pu m’aligner sur les propositions des autres. J’ai vécu plein de belles choses et n’entretiens aucun regret."

Départ vers l'IndyCar

Sans volant à l’amorce de la saison 2010, Bertrand est alors sollicité par son compatriote Eric Bachelart, propriétaire de l’écurie Conquest Racing alignée en IndyCar. Baguette saisit l’opportunité et part alors tenter sa chance aux États-Unis.

"L’accord est arrivé assez tard, il a fallu tout mettre en place rapidement et les débuts se sont révélés vraiment compliqués car la performance n’était pas au rendez-vous. Puis les choses se sont améliorées progressivement et nous luttions pour le top 10 en fin d’année."

Le rookie accroche même une dixième place sur l’ovale du Kentucky Speedway, son meilleur résultat de la saison. Une performance plus qu’honorable pour un habitué des joutes européennes qui découvre des monoplaces pour le moins atypiques.

"Les voitures sont très lourdes et le pilotage assez unique, un peu 'archaïque'", commente Baguette. "Cela demande un véritable temps d’adaptation d’autant que les réglages jouent un rôle essentiel. Ensuite, l’IndyCar reste une discipline beaucoup plus dangereuse [que les championnats européens], notamment sur les ovales courts où l’on peut se faire très peur. Cela dit, je m’y suis plutôt bien senti et garde un excellent souvenir de cette superbe expérience."

Participation à Indianapolis et au Mans

En 2011, Bertrand n’effectue qu’une pige outre-Atlantique mais elle intervient aux mythiques 500 Miles d’Indianapolis sous les couleurs du Rahal Letterman Racing. Dans le rythme tout au long de l’événement, Baguette passe tout près de l’exploit lorsqu’il s’empare des commandes à quelques tours du but. Il doit cependant observer un ultime arrêt aux stands à trois boucles du drapeau à damier – le fameux splash and dash – et se contenter finalement du septième rang. Cette expérience aux États-Unis permet également au champion 3.5 de relever des différences marquantes entre la course "à l’européenne" et le modèle américain.

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"Là-bas, tout est pensé pour le show et les fans. Ils ont compris qu’il ne pouvait y avoir de sport auto sans spectateurs. En F1, tout est verrouillé, cadenassé, on contrôle ton pass 55 fois, ce genre de choses…" Cela n’empêche pas le Belge de revenir sur le Vieux Continent pour orienter sa carrière vers le Sport-Prototypes. "L’opportunité de rouler en WEC avec OAK Racing s’est présentée début 2012, mais le manque de roulage a rendu l’expérience un peu frustrante au début."

Baguette découvre toutefois l’univers des 24 Heures du Mans puisqu’il dispute son premier double tour d’horloge sarthois aux cotés de Franck Montagny et de Dominik Kraihamer.

"Un autre rendez-vous mythique, avec énormément de monde, mais une ambiance différente d’Indy. C’est très difficile de comparer les deux événements."

La saison suivante voit Bertrand s’aligner dans la catégorie LMP2 du championnat du monde d’Endurance FIA. Associé à Martin Plowman et Ricardo González, le touche-à-tout belge remporte la classique mancelle dans sa catégorie puis s’adjuge le titre WEC lors de la dernière épreuve courue à Bahreïn.

Nouveau départ au Japon

C’est alors que Bertrand est contacté par Honda et le Nakajima Racing pour courir en Super GT500. Baguette poursuit ainsi ses pérégrinations et s’exile au Japon pour disputer une première saison dans le championnat de tourisme local, épreuve phare au pays du Soleil-Levant. Après l’Europe et les US, le Belge découvre également une autre culture de la course automobile.

"Les fans japonais sont de vrais connaisseurs, très enthousiastes, raconte-il. Les tribunes sont combles tous les week-ends de compétition. Certes, le paddock n’est pas très sexy [comparé à la F1] mais tu sens que l’argent est investi dans l’essentiel et pour les spectateurs."

Pour sa première campagne en Super GT, Baguette accroche un podium à Fuji avec son coéquipier Daisuke Nakajima, fils et frère des anciens pilotes de Formule 1 Satoru et Kazuki.

Cette saison, Bertrand ajoute une nouvelle corde à son arc puisqu’il s’aligne également en Super Formula, l’ancienne Formula Nippon qui a notamment sacré Ralf Schumacher et Pedro de la Rosa dans les années 90. Le championnat connaît un joli renouveau ces dernières années et compte dans ses rangs des calibres tels André Lotterer, James Rossiter et Kamui Kobayashi. Pour sa première course en monoplaces depuis près de quatre ans, Baguette s’est d’ailleurs adjugé une solide 10ème place en ouverture de la saison à Suzuka début avril.

Alors oui, Bertrand, qui vit désormais entre Tokyo et la Belgique, ne courra sans doute jamais en Grand Prix après son titre en Formule Renault 3.5. Mais à 29 ans, il a déjà frôlé la victoire à Indy, remporté les 24 Heures du Mans, gagné le WEC et court actuellement dans les deux plus grands championnats automobiles japonais en tant que pilote d’usine Honda. Pas sûr qu’il y ait perdu au change.

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Séries Formula V8 3.5
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