Louis Delétraz

Chronique Louis Delétraz - Espérons que la chance tourne !

Le sportif genevois évoque les deux premiers meetings de la saison de Formule 2, à l’issue desquels il se retrouve 19e du championnat sans le moindre point au compteur.

Amis lecteurs de Motorsport.com, bonjour ! Lors de ma première chronique, j’avais évoqué mon ambition d’évoluer aux avant-postes pour ma deuxième campagne en Formule 2. Vous ne serez donc pas surpris d’apprendre que je suis déçu de ces premiers résultats. Ce n’est pas le meilleur début de saison de ma carrière, loin de là !

Problème de différentiel à Bahreïn

Le meeting de Bahreïn ne s’est pas vraiment passé comme prévu. Au premier abord, nos résultats des essais peuvent paraître étonnants : 19e en essais libres, cinquième en qualifications. En fait, nous avons eu un problème technique au niveau du différentiel en essais libres. Une pièce a défailli, mais c’était invisible à l’œil nu. Le différentiel était complètement bloqué, c’était inconduisible. 

 

Dans le différentiel, il y a la rampe et la pré-charge. Nous avons cru que c’était la pré-charge qui posait problème, mais en fait, c’était la rampe, que nous avons remise dans la voiture pour la Course Principale ! La voiture ne tournait pas, d’où ma chute à la 13e place alors que je jouais le top 5. Nous avons perdu beaucoup de points.

Nous avons voulu acheter de nouvelles pièces chez Hewland, mais ils n’en avaient pas à disposition. Nous avons donc dû faire la Course Sprint avec la pièce de qualifications, au réglage bien trop agressif pour faire une course de 23 tours. C’est pourquoi nous avons décidé avant même le départ de faire un arrêt au stand : nous savions très bien que nous n’atteindrions pas le drapeau à damier avec cette pièce.

Les points se sont joués à une demi-seconde, et c’est Santino Ferrucci qui m’a fait perdre la septième place. Il était à un tour mais s’est battu malgré les drapeaux bleus, il m’a quasiment tassé dans le gazon à la sortie du premier virage ! J’ai perdu quatre secondes cruciales par sa faute. 

 

Marquer deux points n’aurait néanmoins pas changé grand-chose. Au moins cette cinquième place en qualifications a-t-elle prouvé notre potentiel, d’autant que nous n’avions rien appris des essais libres et que j’avais été bloqué par Roberto Merhi dans mon tour rapide.

Percuté au départ à Bakou

Le circuit de Bakou est très spécial, vraiment différent de tout ce dont on a l’habitude. Ce tracé urbain comporte des lignes droites plus longues qu’à Monza, nous roulons presque avec le même appui que dans le Temple de la Vitesse. J’ai pris beaucoup de plaisir à rouler là-bas, bien que les résultats n’aient pas été à la hauteur de nos attentes. 

N’oublions pas que l’équipe Charouz est nouvelle et n’était jamais allée à Bakou. Les réglages qui fonctionnaient sur le simulateur n’ont pas porté leurs fruits, et je n’ai signé que le 18e chrono en essais libres. Je n’ai pas pu faire de tour représentatif en raison d’un drapeau jaune, mais nous n’étions simplement pas assez rapides

Nous avons dû adapter les réglages pour les qualifications car nous avions beaucoup trop d’appui. Dans mon premier run, j’ai été ralenti par Roberto Merhi du virage 8 au virage 20, ce qui m’a fait perdre beaucoup de temps, puis deux drapeaux jaunes ont gâché ma deuxième tentative, c’est très frustrant. C’est notre faute, nous avons commis une erreur stratégique et sommes sortis des stands beaucoup trop tard – j’étais l’un des derniers à reprendre la piste. Je ne dis pas que nous nous serions battus pour la pole, mais je suis convaincu que nous avions notre place dans le top 10.

Au départ, à Bakou, il y a toujours du grabuge. Les freins sont difficiles à mettre en température, les pneus sont froids. Je me suis fait percuter par Sean Gelael au premier virage. Sur le coup, j’étais énervé contre lui, mais après avoir vu les images, je dois reconnaître qu’il n’y pouvait pas grand-chose : il était pris en tenaille avec une voiture de l’autre côté. Toujours est-il que je suis parti en travers, j’ai heurté l’Arden de Maximilian Günther et j’ai calé. La voiture était endommagée à l’avant droit, c’était fini. 

 

De plus, au moment du contact avec Günther, mon volant a fait un 180° et je me suis fait très mal. J’ai dû me rendre au centre médical, où j’ai été très bien accueilli, et les radios n’ont révélé aucune fracture, seulement des contusions. L’os s’est un peu déplacé, mais il n’y avait pas besoin d’opérer. Ce n’était pas beau à voir, mais j’ai pu continuer à rouler ; c’est l’essentiel !

Je ne suis pas du genre à dire "j’ai mal au pouce, je ne peux pas rouler", même si ce n’était pas idéal pour la Course Sprint. Avec l’adrénaline, on le sent moins ! Cela dit, notre rythme était décevant lors de cette deuxième manche du week-end. Nous sommes remontés de la 20e à la dixième place grâce à de nombreux abandons, mais avoir abandonné au premier virage la veille nous a coûté de l’expérience. De plus, il faut beaucoup de confiance à Bakou, et je pense que je n’étais pas à 100%.

 

En tout cas, quand j’ai vu Antonio en tête de la Course Principale, j’étais content pour l’équipe, car cela montre que notre travail paye. Il a fait une très belle course pour finir troisième, mais c’était frustrant aussi, car je sais que mon rythme est toujours similaire au sien.

Un plateau relevé

Sincèrement, le niveau des pilotes m’a surpris en bien lors de ces premières manches. Les accrochages sont rares, il y a beaucoup de respect en piste et les concurrents ne sont pas des kamikazes. C’est agréable de rouler avec des rivaux qui ont ce respect, il y a de belles bagarres et c’est appréciable. On retrouve beaucoup de pilotes d’expérience, ainsi que des rookies qui font très fort, comme George Russell et Lando Norris. Ça va être une très belle année, je suis ravi de me battre avec eux. 

Ce qui fait polémique dans le paddock, c’est toutefois l’embrayage. Pas moins de 14 pilotes ont calé lors des ces quatre premières courses. De notre côté, nous gérons ça plutôt bien. Norris, par exemple, affirmait après Bahreïn que Carlin avait trouvé la clé pour comprendre l’embrayage. Il a calé à Bakou et s’en plaint désormais ! Chez Charouz, je pense que nous avons bien saisi le fonctionnement du système. La fenêtre d’utilisation de l’embrayage est très réduite et faire le départ ultime n’est pas aisé, mais au moins, nous ne calons pas. 

 

C’est facile pour moi de dire que ce n’est pas un problème, mais plus de la moitié des pilotes s’en plaignent, et je les comprends : certains me disent "je mets les gaz à fond, je lâche l’embrayage doucement et je cale, il n’y a rien que je puisse faire". Si c’était mon cas, je serais agacé aussi. De plus, c’est très dangereux. À Bakou, j’étais dernier sur la grille ; j’ai pris un bon départ, mais il y en a cinq qui ont calé devant moi, notamment Jack Aitken, qui partait septième. Je slalomais donc entre les voitures à 200 km/h, et tout contact aurait été un accident désastreux. 

 

Toujours est-il que pour moi, les soucis s’enchaînent, et ça fait mal, car je n’ai aucun point au compteur. Mais ce n’est pas du tout notre place ! Je reste convaincu que nous pouvons jouer le top 5, voire le podium. Pour le retour en Europe, il faut juste que la chance tourne un petit peu. Le mental va être important également, il ne faut rien lâcher. Comptez sur moi pour inverser la tendance !
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Tags formule 2, suisse
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