Louis Delétraz

Chronique Louis Delétraz – Sous l’œil de Ferrari en 2018

Le pilote de Genève évoque la saison de Formule 2 à venir, son intégration dans sa nouvelle équipe et sa relation avec Ferrari dans sa première chronique pour Motorsport.com.

Bonjour à tous et bienvenue dans ma première chronique pour Motorsport.com ! Je vais régulièrement vous écrire pour vous parler de ma deuxième saison en Formule 2.

Ma première campagne dans l’antichambre de la Formule 1 a été décevante, c’est le moins que l’on puisse dire. Après avoir été Champion de Formula Renault 2.0 NEC, vice-Champion d’Eurocup FR2.0 et également deuxième en Formule V8 3.5, c’était la première fois depuis 2013 que je passais une saison sans gagner de course et sans jouer le titre.

 

Ayant couru chez Racing Engineering et Rapax l’an passé, j’ai décidé de rejoindre Charouz Racing System pour 2018. C’est une équipe qui a gagné dans tous les championnats où elle a concouru, et je la connais bien, car j’ai roulé contre elle en Formule V8 3.5, où nous avions même tenu des discussions pour signer ensemble, à l’époque. De plus, la Formule 2 a une nouvelle voiture cette saison ; rejoindre Charouz pour ses débuts dans la discipline ne m’effrayait donc pas.

Je me suis très bien intégré à l’équipe. Charouz est basé à Prague en République tchèque, mais ses membres sont d’une myriade de nationalités différentes et sont tous géniaux. Ils sont déjà comme une deuxième famille ! Voilà qui me change de ce que j’ai connu l’an dernier. Je retrouve une équipe comparable à Josef Kaufmann Racing ou à Fortec Motorsports dans l’attitude, et ça me fait un bien fou. 

De plus, Charouz a un atout non négligeable : son partenariat avec la Ferrari Driver Academy, dont fait partie mon coéquipier Antonio Fuoco. Charouz est en effet devenu l’équipe "junior" du Cheval Cabré. Ferrari m’observe et si je suis performant, ils le sauront. Je sais très bien qu’ils ont un œil sur moi. S’ils ont mis le logo sur ma combinaison et sur ma voiture, ce n’est pas pour rien.

Le retour du sport auto en Suisse

Cet hiver, je suis allé à l’E-Prix de Marrakech, car la Formule E est un championnat en plein essor et je trouve la technologie électrique assez intéressante. J’ai rendu visite à mon compatriote Sébastien Buemi, dont je suis très proche, et j’ai eu une agréable surprise : je connaissais déjà la majorité des gens dans le paddock. J’ai aussi fait de belles rencontres. Bien que ce ne soit pas mon objectif actuel, si jamais l’opportunité se présente de courir en Formule E, je la saisirai au vol.

Si je suis venu, c’est aussi en vue du premier E-Prix de Zurich, qui aura lieu en juin prochain. Ce sera la première course automobile en Suisse depuis la tragédie des 24 Heures du Mans 1955. C’est un grand pas en avant pour le sport auto dans notre pays, car ce n’est pas toujours facile de trouver des partenaires, par exemple. De même, un pilote de karting suisse doit courir en France, cela multiplie d’emblée les déplacements. 

 

Mais je suis très content de ma vie en Suisse. J’adore mon pays. Mon ami Romain Grosjean est là aussi, nous nous entraînons fréquemment ensemble. Le sport auto en Suisse n’est pas inexistant à proprement parler, mais ce n’est pas à Genève que je vais faire du karting ou des essais en monoplace. Il faut toujours aller loin. C’est vrai que c’est dommage, mais ça a toujours été ainsi. Les choses commencent à évoluer ; c’est positif. 

De plus, la Suisse a de nombreux pilotes à succès. Surtout ces dernières années au Mans, avec Marcel Fässler, Neel Jani et Sébastien Buemi, qui sont des pointures. Pas mal pour un petit pays !

Certes, il n’y a pas eu de pilote helvétique en Formule 1 depuis Seb en 2011, même si Romain est toujours là, étant franco-suisse. Mon objectif, c’est d’être le prochain afin de recréer cette histoire.

En tout cas, si mon emploi du temps le permet, je serai présent pour assister à l’E-Prix… même si c’est dommage que ce ne soit pas à Genève, où je suis né ! Car je connais les rues de la ville comme ma poche !

Bonnes sensations lors des essais F2

Bref, revenons au présent ! J’ai passé le reste de l’hiver à peaufiner ma préparation pour la saison à venir en Formule 2, en attendant les premiers tours de roue. Je vous avoue que lorsqu’on m’a dit que nous allions faire un shakedown en février à Magny-Cours, je me suis dit que ce n’était pas une très bonne idée… et ça n’a pas raté ! La veille, il y avait cinq centimètres de neige, je n’étais pas ravi !

J’ai cru que nous n’allions pas pouvoir rouler, mais finalement, ça a fondu pendant la nuit, même si la piste est restée humide. L’important, c’était de pouvoir vérifier la fiabilité de la voiture et engranger de premières données. Nous avons ensuite fait trois jours d’essais au Paul Ricard, puis trois autres à Bahreïn, qui se sont bien passés. Je suis satisfait du travail que nous avons accompli avec l’équipe sur la voiture et les réglages ; nous avons couvert beaucoup de kilomètres.

J’ai tout de suite eu d’excellentes sensations au volant de la F2 2018. Elle a beaucoup plus d’appui aérodynamique ; en ce sens, elle ressemble davantage à la Dallara T12 qui était employée en Formule V8 3.5. Le nouveau moteur turbo a beaucoup de couple, même si la vitesse de pointe est légèrement plus basse en raison de la traînée. Cela dit, la vitesse de passage en courbe est vraiment plus impressionnante, cela se rapproche de la F1 par rapport à la GP2/11 que l’on pilotait l’an dernier. C’est le style de voiture que j’aime ! 

Certes, il y a le Halo. C’est moche, c’est lourd, ça perturbe l’aéro, donc je n’en suis pas fan. Mais j’espère vraiment qu’il va améliorer la sécurité. Quand j’ai fait mon premier tour d’installation à Magny-Cours, je suis rentré au stand et Antonio m’a demandé "Alors, c’est comment la vision avec le Halo ?", mais j’avais déjà oublié sa présence ! Ce n’est vraiment pas un souci à ce niveau-là. Par contre, pour monter dans la voiture et en sortir, il faut se tordre dans tous les sens, c’est une sacrée gymnastique ! 

 

Comme pour toute nouvelle voiture, le plus important, c’est la fiabilité. Cette saison, il y a un nouveau groupe propulseur en F2, en l’occurrence un V6 turbo Mecachrome, et lors des essais, beaucoup de moteurs ont cassé. Mais sincèrement, c’était attendu, et je pense qu’ils ont bien travaillé parce que maintenant, les problèmes sont moindres. Chez Charouz, nous n’avons eu que des problèmes mineurs, pas de casse moteur, et je touche du bois pour que ça continue, car je sais qu’il y a des équipes qui ont eu beaucoup de problèmes. 

Comme l’an dernier, le plateau est très relevé. Bien qu’il soit difficile de dresser une hiérarchie à partir des essais, puisque l’on ne connaît pas les programmes des uns et des autres, il n’y a pas de surprise : Prema et Nyck de Vries seront de sacrés concurrents, c’est un très bon pilote dans l’écurie Championne en titre. Il est certain que Carlin et Lando Norris seront compétitifs, et ART dispose d’un duo redoutable en Jack Aitken et George Russell. 

 

Les gros bras sont là, mais je suis prêt à me battre. L’objectif est d’être devant, de gagner des courses. Forcément, j’ai le titre à l’esprit, c’est le cas de tous les pilotes. Mais même si les essais se sont bien passés, ce ne sont justement que des essais. Ce sera plus simple de donner un véritable objectif après le premier meeting, quand la hiérarchie sera plus claire. Bien sûr, je vous raconterai ces premières courses dans ma prochaine chronique !
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Séries FIA F2
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Équipes Charouz Racing System
Type d'article Chronique
Tags formule 2, suisse
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