Pierre Gasly, champion GP2 - "Un poids énorme qui s'enlève"

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Pierre Gasly, champion GP2 -
Par : Benjamin Vinel
3 déc. 2016 à 17:30

Le week-end dernier, Pierre Gasly a été sacré champion de GP2 Series à Abu Dhabi. Entretien avec le protégé de Red Bull qui, s'il ne courra pas en Formule 1 l'an prochain, reste un grand espoir du sport automobile français.

Motorsport.com : Pierre, voilà quelques jours que vous avez remporté le titre de GP2 Series. Vous commencez à réaliser ?

Pierre Gasly : Petit à petit, on commence, oui. Au début, forcément, c'est beaucoup d'émotion. On est super content mais on ne réalise pas trop. En se rappelant tout ce qui s'est passé cette saison, ça fait vraiment plaisir, ça n'a pas été une saison simple.

Aviez-vous déjà connu un week-end aussi stressant que celui d'Abu Dhabi dans votre carrière ?

C'est vrai que le week-end a été super stressant. Après les points que nous avions perdus un peu bêtement à Monza et en Malaisie, je ne me retrouvais pas en position de force. Je suis arrivé avec des points de retard sur Antonio [Giovinazzi]. Je n'étais donc pas dans la meilleure des positions.

Cependant, je savais que c'était un circuit que j'appréciais vraiment et je me suis préparé au maximum. Avec la performance que nous avions toute l'année, j'ai essayé de faire le maximum. C'est sûr que la pression, il y en avait pendant tout le week-end. Après la course 2, quand j'ai franchi la ligne en étant champion, j'ai senti un poids énorme qui s'enlève, toutes les émotions qui ressortent. C'est vraiment une sensation incroyable.

Et pourtant, avec Antonio, vous restez amicaux l'un envers l'autre, malgré la rivalité.

Je pense que nous avons su faire la différence, toute la saison, entre ce qui se passait sur la piste et en dehors. Nous voulions tous les deux gagner le championnat, nous voulons aller en F1 et nous faisons tout pour y arriver. Cela n'empêche pas que nous soyons de vrais amis en dehors de la piste. Nous avons une très bonne entente, c'est quelqu'un de vraiment adorable, que j'apprécie. C'est toujours difficile de gérer ce genre de situation, quand nous sommes tous deux en bagarre pour le championnat, mais je pense que nous avons réussi à faire la part des choses.

Podium : le vainqueur Pierre Gasly, Prema Racing et le deuxième Antonio Giovinazzi, Prema Racing célèbrent avec le champagne
Antonio Giovinazzi et Pierre Gasly : candidats au titre, mais grands amis !

Une saison mouvementée

Dans l'ensemble, quel regard portez-vous sur votre saison 2016 ?

Dans l'ensemble, je suis forcément super heureux et satisfait d'avoir pu décrocher le titre. C'est quelque chose d'incroyable en GP2, c'est l'antichambre de la Formule 1. La prochaine étape, c'est la F1. C'est donc important pour moi de montrer que je suis prêt. J'espère que ce titre m'a un peu permis de le démontrer.

Cela n'a vraiment pas été une saison simple ; honnêtement, je pourrais écrire un livre sur tout ce qui nous est arrivé durant la saison, que ce soit pour moi ou avec l'équipe. Il s'est passé beaucoup de choses sur le plan personnel, physique… Il y a eu l'accident [sur la route] avec mes parents en allant à la piste à Silverstone, ma mère qui a été hospitalisée pendant trois mois et qui n'a toujours pas récupéré à 100%, moi qui ai eu une vertèbre cassée pendant deux mois et demi.

Honnêtement, je pourrais écrire un livre sur tout ce qui nous est arrivé durant la saison !

Pierre Gasly

Des moments difficiles comme au Red Bull Ring où je suis en tête et je me sors quand il se met à pleuvoir, comme à Monza où nous sommes en tête et nous perdons la victoire à cause d'un safety car qui apparaît à un moment… C'était une situation vraiment malchanceuse [la voiture de sécurité s'était présentée devant Gasly, quatrième de la course, qui s'était déjà arrêté, permettant aux trois leaders de prendre temporairement un tour d'avance et de changer de pneus sans perdre de temps, ndlr]. Ou l'extincteur [troisième à Hockenheim, Gasly avait été disqualifié car son extincteur était déchargé après la course, s'étant vidé pendant l'épreuve, ndlr].

Il y a énormément de choses qui ont fait que ce n'a pas été une saison simple. Il a fallu s'accrocher jusqu'au bout, ne jamais baisser les bras, continuer à se bagarrer, tout donner jusqu'au bout. Pour moi, c'est pour ça que ça a été une satisfaction encore plus grande, car j'ai vraiment tout donné tous les jours, du premier jour au dernier à Abu Dhabi. Voir son travail payer comme ça, il n'y a pas de meilleure satisfaction.

Aviez-vous déjà ressenti une telle satisfaction depuis le début de votre carrière ?

C'est sûr que c'était le meilleur sentiment de ma carrière pour l'instant, en espérant qu'il y en ait d'autres. C'est toujours dans ces moments-là qu'il faut se battre, parce que forcément, la concurrence est très dure en GP2. Il y a énormément de pilotes talentueux. Ce n'est pas simple, on ne peut rien laisser au hasard. Il faut tout optimiser, être parfait sur le moindre petit détail. Mentalement, c'est très dur. Il y a aussi beaucoup de pression, il faut savoir la gérer du mieux possible.

Cela n'a pas été simple non plus après la décision pour Toro Rosso : forcément, j'étais très déçu et très triste, surtout, qu'ils ne puissent pas attendre la fin de la saison pour voir si j'étais champion. Pour moi, ça a été dur. Il a fallu rebondir, se concentrer sur l'essentiel, se concentrer sur le titre, et je suis vraiment heureux d'avoir pu le décrocher dans ces conditions.

Le vainqueur Pierre Gasly, PREMA Racing

La relation avec Giovinazzi

Vous soulignez le fait que le GP2 est un championnat très compétitif. Selon vous, qu'est-ce qui a permis à Prema d'être si dominateur par rapport aux autres équipes ?

Je pense qu'ils sont arrivés dans le championnat avec une très bonne approche, avec un bon support technique. Après, ça n'allait pas être suffisant, il allait falloir travailler énormément. Nous n'avons pas du tout pris ça à la légère. Même si les ingénieurs sont très compétents, nous avons travaillé depuis le début en sachant que ça allait être très difficile d'être performant, de se concentrer sur tous les détails. Je pense que ça a été un avantage, aussi, d'avoir deux pilotes compétitifs, qu'on puisse se pousser l'un et l'autre vers le haut. Au final, nous avons su travailler.

Notre relation, avec Antonio, a aussi facilité les choses. Nous avons très bien travaillé pour l'équipe en testant beaucoup de choses et en partageant la totalité. C'est un ensemble de paramètres qui fait que nous avons pu progresser rapidement et continuer de travailler jusqu'au bout, sans se reposer sur nos acquis.

Le fait qu'Antonio soit débutant a-t-il été handicapant, par exemple dans les réglages ?

C'est sûr qu'en termes de feedback… Au début, il a fallu un peu de temps, histoire qu'il comprenne vraiment la voiture. J'ai forcément essayé de l'aider, car pour moi, c'était important d'avoir un coéquipier rapide. Je l'ai aidé au maximum toute la saison. Je n'avais pas non plus pensé qu'il pourrait se retrouver dans cette position-là avant la dernière course, donc j'ai vraiment tout donné, tout partagé, je l'ai aidé sur la moindre chose. C'est sûr qu'à la fin de l'année, j'ai peut-être été trop gentil avec lui.

Je l'ai aidé au maximum toute la saison. J'ai vraiment tout donné, tout partagé. C'est sûr qu'à la fin de l'année, j'ai peut-être été trop gentil.

Pierre Gasly au sujet de son coéquipier Antonio Giovinazzi

Au final, je suis super content d'avoir gagné le championnat, et si j'ai pu l'aider et lui permettre de décrocher cette deuxième place au championnat, ça me fait plaisir pour lui. C'est vraiment quelqu'un de très talentueux à la base et qui travaille dur, donc il mérite énormément aussi.

C'est assez étonnant, car on n'imagine pas vraiment Lewis Hamilton et Nico Rosberg s'aider à ce point en Formule 1 !

C'est sûr que c'est une approche différente. Après, je ne pensais pas vraiment me retrouver contre lui à la dernière course. C'est sûr qu'à Abu Dhabi, nous avons partagé beaucoup moins d'informations. Nous nous sommes débrouillés chacun de notre côté parce que voilà, c'était la dernière. Nous jouions tous les deux le championnat. Dans ce moment-là, nous n'avions rien à nous apporter l'un l'autre, ce n'était pas à notre avantage. À la dernière course, nous avons moins partagé que pendant l'année, c'est sûr. Pendant l'année, ça a été différent, c'est clair.

Que vous a dit Helmut Marko après votre titre ?

Il m'a dit qu'il était très content, il m'a félicité pour le titre, et que c'était une très bonne qualif', des courses intelligentes toute la saison, et qu'il était content pour moi que je gagne le championnat. C'est ce qu'il m'a dit au podium. Maintenant, il faut que je le voie encore pour parler de l'avenir et en savoir plus.

Le vainqueur Pierre Gasly, PREMA, Racing

Comme Rosberg

Saviez-vous que vous êtes le deuxième plus jeune champion de l'Histoire du GP2 ?

On me l'a dit dimanche soir. Apparemment, c'est Nico Rosberg qui est le plus jeune de quelques mois. C'est plutôt bien, cela aurait été encore mieux d'être le plus jeune, mais on ne peut pas tout avoir non plus. Être derrière Rosberg, c'est déjà très bien.

C'est d'ailleurs un beau symbole que vous remportiez le titre GP2 le jour où Rosberg, le héros de votre jeunesse, est sacré champion du monde de Formule 1 !

C'est sûr ! C'est clair qu'il a été mon pilote préféré pendant de nombreuses années. Il y a plein de petites coïncidences comme ça, c'est assez amusant !

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À propos de cet article

Séries FIA F2
Pilotes Pierre Gasly
Équipes Red Bull Racing , Prema Powerteam
Auteur Benjamin Vinel
Type d'article Interview