Portrait - Alexander Rossi chez Marussia - Titulaire ou pas? (4/5)

Alexander Rossi, en lutte pour le titre GP2, est l'Américain le plus proche de la F1. Dans ce quatrième volet, Rossi évoque son escale mouvementée chez Marussia en 2014 : quatre opportunités manquées de débuts en F1, et l'accident de Jules Bianchi.

Motorsport.com : Après avoir quitté Caterham, vous avez rapidement rejoint Marussia, et il y a eu cet événement à Spa où Max Chilton a "cédé son volant" avant de le reprendre. Pouvez-vous nous dire ce qui s'est passé?

Alexander Rossi : Je ne sais pas, pour être honnête! Comme vous l’avez dit, j’ai rapidement rejoint Marussia. J’ai eu beaucoup de chance, parce qu’environ deux semaines après avoir quitté Caterham, j’ai pu obtenir un contrat avec une écurie de Formule 1. Je me suis tout de suite senti chez moi chez Marussia. J’ai vraiment apprécié le temps que j’y ai passé.

Je suis allé à Spa ; il était déjà prévu que je fasse les essais libres, c’était prévu depuis le début de la semaine précédente. Ensuite, jeudi, vers 17h, le management m’a dit que j’allais faire la course. J’étais abasourdi, comme vous pouvez l’imaginer. Ils m’ont dit d'aller voir les ingénieurs et de commencer à préparer le weekend. Je suis donc allé voir les ingénieurs et nous avons passé en revue beaucoup plus de procédures que nous ne l’aurions normalement fait pour des essais libres, plus précisément au sujet de l’économie d’essence, ce que je n’avais jamais fait auparavant. Nous avons passé en revue beaucoup de données et d’informations sur l'économie d'essence, et sur la façon dont ajuster son pilotage dans cette optique.

Ensuite, j’ai fait toutes les photos et les vidéos avec la FOM. Je suis resté au circuit jusqu’à 22h30, voire 23h, le jeudi soir. Je suis allé me coucher alors que mon téléphone explosait ; sans rire, je crois que j’avais 150 messages Whatsapp sur mon téléphone! Je ne pouvais pas gérer ça. J’ai appelé ma mère, j’ai parlé avec elle, mon père était là. Je me suis couché mais je ne suis pas vraiment arrivé à dormir parce que j’étais trop excité, comme un enfant le matin de Noël!

Sans rire, je crois que j'avais 150 messages Whatsapp sur mon téléphone!

Alexander Rossi au sujet de sa titularisation de Spa

Je me suis levé, je suis allé au circuit et tout était pareil que quand j’étais parti le jeudi soir. J’ai couru les essais libres, j’ai fait le programme visant à me préparer pour le weekend : j’ai fait beaucoup d’essais d’arrêts au stand et d’économie d’essence pour m’habituer à tout. Je suis rentré au stand, il y a eu le débriefing, et on m’a dit que c’était tout! Et j’ai dit… ‘Okay?!’.

Beaucoup de gens pensaient que cela devait être la chose la plus horrible au monde, quelque chose de très dur à encaisser, mais ce n’était pas le cas, parce que j’avais déjà prévu de faire les essais libres le vendredi, je m’étais préparé mentalement pour ça. Et la nouvelle que je serais pilote de course est arrivée si tard que je n’ai pas vraiment eu le temps de m’y faire. Donc quand j’ai fini les essais libres et qu’ils m’ont dit que c’était tout, je me suis dit ‘okay, c’est ce que je prévoyais de faire de toute façon’.

Bien sûr, j’étais très déçu, mais ce n’était pas la chose la plus horrible du monde, c’était plutôt ‘oh, c’est décevant, merde’. Ensuite, j’ai poursuivi mon rôle de pilote de réserve pendant le reste du weekend. Et à ce jour, en toute honnêteté, je ne sais toujours pas ce qui est arrivé! On ne me l’a jamais dit. La vie a vite repris son cours.

Ensuite, il y a eu quelques autres opportunités qui ne se sont jamais matérialisées à cause de l’accident de Jules, mais j’imagine que ce n’est pas de cette façon que vous auriez voulu faire vos débuts en Formule 1.

Non. Suzuka, évidemment, était déchirant. C’est quelque chose qui reste avec moi à ce jour. En allant à Sotchi, je savais que j’avais un rôle en tant que pilote de réserve au cas où quoi que ce soit se produise. Je suis allé au circuit le jeudi, et comme toute l’équipe, j’ai commencé à me préparer pour le weekend, mais cela n’est jamais apparu comme la bonne chose à faire, que ce soit de mon point de vue ou du point de vue de l’équipe.

C’était une décision commune, et j’ai le sentiment que c’était la bonne, ne pas faire rouler cette voiture ce weekend-là. C’étaient des courses à une semaine d’intervalle, c’était trop proche, et dans mon esprit, c’était la bonne chose à faire à 100%. Je n’ai jamais eu aucun problème avec ça, je faisais partie de la décision et je pense que nous avons pris la bonne décision.

Ensuite, Marussia a mis la clé sous la porte à l’aube du Grand Prix des États-Unis…

Je pense qu’une fois que l’équipe a passé Sotchi, elle a montré beaucoup de force. C’est quelque chose que l’écurie continue de montrer à ce jour : beaucoup de passion et beaucoup de force. Beaucoup de volonté et de désir de faire partie de la discipline ; c’est quelque chose qui devrait être plus présent en Formule 1. Je suis absolument ravi qu’ils soient sur la grille honnêtement, du fond du cœur, c’est génial qu’ils soient sur la grille cette année.

Galerie - Toutes les photos d'Alexander Rossi chez Marussia

Donc je suis allé à Austin avec mes débuts en Formule 1 à domicile à l’esprit, au Texas, ce qui était évidemment très enthousiasmant. Bien sûr, nous restions très conscients de l’état de Jules. L’équipe a fait de son mieux, jusqu’au dernier moment, pour venir à Austin, mais n’a pas pu. J’étais au Texas, l’équipe n’était pas là, mais j’y étais en tant que sportif, en tant qu’Américain, représentant non seulement les États-Unis en Formule 1 et le Grand Prix des États-Unis, mais aussi l’équipe.

Marussia a été reçu de façon très positive ce weekend-là, et j’ai trouvé les pensées adressées à l’écurie très, très touchantes. Encore une fois, j’étais déçu mais aussi très fier de la façon dont toute la communauté de la Formule 1 gérait la situation et tout le monde souhait voir Marussia de retour sur la grille.

Marussia m'a appelé : 'Il y a un vol à midi à Heathrow, prends-le. Nous pensons avoir trouvé le moyen d'aller à Abu Dhabi'

Alexander Rossi

Avant Abu Dhabi, c’est l’autre chose qui est arrivée en 2014, je prévoyais de quitter l’Angleterre, c’était un mercredi. Je cherchais vraiment une maison de location, et j’ai reçu un coup de fil pour Marussia. Ils m’ont demandé ce que je faisais ce weekend-là et si j’étais libre pour aller à Abu Dhabi. J’ai dit oui, et ils m’ont dit "okay, il y a un vol à midi à Heathrow, prends-le. Nous pensons avoir trouvé le moyen d’aller à Abu Dhabi pour la dernière course de l’année". Okay. J’ai dit à ma copine de se pousser, j’ai fait mes bagages, et j’ai pris l’avion à destination de Dubaï.

Ça, plus que tout, c’était la chose la plus difficile à accepter, parce que pendant tout le vol, j’ai pensé avec enthousiasme à mes débuts potentiels en F1 à Abu Dhabi, après tout ce qui était arrivé lors des trois derniers mois... J’ai atterri à Dubai… et ça ne s’est pas fait. Pour moi, ce moment-là, c’était le plus dur de 2014. Ils étaient très proches d’y arriver, et cela montre la volonté de l’équipe, mais finalement, cela ne s’est pas fait.

A propos de cet article
Séries FIA F2 , Formule 1
Pilotes Alexander Rossi
Équipes Manor Racing
Type d'article Interview
Tags bianchi, marussia, portrait