Vergne : "Vettel m'a ri au nez quand je suis parti en Formule E"

Jadis cibles de moqueries, les pilotes de Formule E font désormais des envieux, affirme Jean-Éric Vergne.

Vergne : "Vettel m'a ri au nez quand je suis parti en Formule E"

Jean-Éric Vergne est le premier à le reconnaître : lorsqu'il a rejoint la Formule E pour le troisième E-Prix de l'Histoire, à Punta del Este en décembre 2014, il n'était ni enthousiaste ni franchement convaincu. Le Français avait au moins le mérite d'avoir laissé sa chance au championnat tout électrique quand d'autres n'en auraient pas fait autant, signant trois pole positions pour sa première saison. Six ans plus tard, Vergne est double champion de la discipline et se remémore les quolibets d'un certain pilote de la Scuderia…

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"Quand je suis arrivé en Formule E, je suis aussi passé réserviste chez Ferrari, donc j'étais souvent avec [Sebastian] Vettel", relate le pilote DS Techeetah lors d'une table ronde rassemblant les acteurs français de la Formule E. "Il m'a un peu ri au nez quand je suis parti en Formule E, il m'a dit : 'C'est quoi ce truc, ces tondeuses à gazon ?', et il ne lui a pas fallu longtemps pour commencer à dire que la Formule E était aussi le futur, que c'était bien, que la F1 ne faisait pas assez sur la mobilité électrique, sur les émissions carbone zéro, et que la Formule 1 devrait faire plus comme fait la Formule E. De là à dire que la F1 va n'avoir que des moteurs électriques, je ne suis pas sûr. Mais déjà, l'avis d'un quadruple Champion du monde qui a changé quand même assez radicalement en quelques années montre aussi que le point de vue de toutes les personnes a changé."

Jean-Eric Vergne, Andretti Motorsport - Spark-Renault SRT_01E

"Au début, c'est vrai que même moi quand je suis arrivé en Formule E, je me suis dit 'qu'est-ce que je vais faire là', faire de la course auto dans des voitures électriques me paraissait quand même assez fou. Au final, sept ans après, on y est. Nous avons un Championnat du monde FIA. Je pense que beaucoup de pilotes qui ne voulaient pas être en Formule E avant rêvent d'y être, parce que c'est aussi l'un des seuls championnats où les pilotes sont payés. Jusqu'à preuve du contraire, je crois qu'il n'y a aucun pilote qui paye pour rouler en Formule E, ce qui n'est pas le cas en Formule 1, par exemple. Le business model est quand même pas mal, toutes les équipes se battent pour des podiums, pour des points, ce qui n'est pas le cas dans les autres championnats. Que ces équipes-là soient aussi capables de payer les pilotes, ça montre quand même que c'est un championnat sain."

"Après, en France, sans parler du sport auto, c'est marrant : quand j'étais en F1, nous étions trois ou quatre Français en F1, les gens ne me connaissaient pas forcément. Là, quand je monte dans un taxi en France, on tape la discute avec le chauffeur, il me demande ce que je fais dans la vie, je dis que je suis pilote en Formule E, et tout le monde connaît la Formule E, ce qui n'était pas le cas, évidemment, il y a même trois ans. Le mec est super content d'avoir un pilote de Formule E dans son taxi ! C'est sympa de voir la mentalité des gens qui change dans le sport auto, entre les pilotes, et en dehors du sport auto, dans le monde normal."

Vergne souligne que la Formule E est une alternative enviable pour les jeunes loups : "Tout pilote qui commence en karting rêve évidemment de rouler un jour en Formule 1. Ce n'est pas facile d'y arriver, il y en a très peu qui y arrivent et il y en a encore moins qui réussissent à avoir du succès en F1. Il y a le côté rêve, la F1 restera toujours la F1 et tout le monde rêvera d'être un jour pilote de Formule 1."

"Mais après, tout pilote aussi, au bout d'un moment, recherche le côté professionnel et aimerait vivre de sa passion. Nous sommes tous des passionnés, nous faisons tous ça parce que nous avons commencé en karting très jeunes, nous avons adoré ça et nos parents nous ont aidés pour pouvoir faire du karting. Mais au bout d'un moment, il faut réussir à gagner sa vie, et la Formule E est une des meilleures catégories, aujourd'hui, pour être pilote professionnel. Vous avez à peu près une dizaine de constructeurs automobiles ; c'est le but de tout pilote d'être pilote constructeur un jour et d'être pilote professionnel engagé par un de ces manufacturiers."

Norman Nato, Venturi Racing, Silver Arrow 02, Tom Blomqvist, NIO 333, NIO 333 001, Jean-Eric Vergne, DS Techeetah, DS E-Tense FE21

Quid du plaisir des pilotes ?

Les E-Prix sont en tout cas spectaculaires ; depuis le début de la saison, on a déjà dénombré 25 changements de leader en sept courses. "Ça nous fait un peu repenser au karting, parce qu'on voit qu'il y a beaucoup de dépassements, il y a beaucoup de petites touchettes", confie Norman Nato. "Ça, ce sont des choses que l'on ne peut pas faire avec par exemple des Formule 1, où la simple petite ailette qui manque sur la voiture a un gros impact. Aujourd'hui, ce n'est pas le cas sur une Formule E. Et c'est aussi ce qui fait le charme de la catégorie, c'est que vraiment, on peut batailler. Et du coup, ça plaît aux gens, c'est ce qu'ils veulent voir, c'est de la bataille en piste. Il y a des voitures qui se touchent un petit peu et pas des pilotes qui râlent toutes les deux secondes parce qu'on a fermé la porte."

Cependant, il est indéniable que les Formule E ne sont pas encore extrêmement performantes malgré un 0-100 km/h en 2,8 secondes. À Monaco, avec un meilleur temps de 1'31"118 signé par Mitch Evans en Essais Libres 2, les chronos étaient similaires à ceux des Formule Renault 2.0. Et lorsque la question du plaisir du pilotage est posée à Vergne, ce dernier rétorque : "Ah ah ! C'est une question piège, ça, ou quoi ? Il y a deux plaisirs dans la Formule E. Il y a le plaisir course, comme le disait Norman. La guerre qu'on se fait entre les pilotes, la guerre à l'énergie, les stratégies auxquelles on doit penser pendant la course pour régénérer plus d'énergie, pour aller en consommer plus à tel moment pour aller doubler ou pour aller défendre. Ça, je trouve que pour moi, c'est probablement la meilleure catégorie que j'aie faite dans le sens 'pure racing'. Un peu comme le kart où, vraiment, c'est la guerre."

"Après, quand vous me parlez du pur plaisir de conduite, la voiture est très loin par rapport aux autres que j'ai pu conduire, que ce soit en Endurance, en Formule 1, ou même en F3 : ce sont des voitures qui sont quand même un peu lourdes, qui n'ont pas de pneus slicks – et ça, c'est voulu par le championnat pour promouvoir les pneus tous temps et le fait que nous ne sommes pas comme la F1, nous ne brûlons pas 25 trains de pneus par week-end de course. Ce sont des impacts qui sont quand même positifs, mais le problème, c'est que ça nous enlève quand même pas mal de grip. Ce sont des voitures, comme le disait Norman, qui n'ont absolument aucun aérodynamisme. Vous cassez l'aileron avant, vous allez limite plus vite parce que vous serez plus léger – bon, vous serez déclassé à la fin de la course ! Niveau plaisir de conduite, ce n'est pas ce que j'ai conduit de mieux, mais le fait que les courses sont extrêmement intéressantes et que tout le monde a la même voiture balance extrêmement bien ce problème-là."

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