Immersion - Effectuer des vrais pit stops en IndyCar !

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Immersion - Effectuer des vrais pit stops en IndyCar !
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27 juil. 2016 à 06:29

Lors du récent Honda Indy de Toronto, j’ai eu la chance d’être intégré à une écurie de la série IndyCar et d’effectuer des pit stops !

Arrêt de Conor Daly, Dale Coyne Racing Honda
Arrêt de Conor Daly, Dale Coyne Racing Honda
Arrêt de Conor Daly, Dale Coyne Racing Honda
Arrêt de Conor Daly, Dale Coyne Racing Honda
Conor Daly, Dale Coyne Racing Honda
Conor Daly, Dale Coyne Racing Honda
Conor Daly, Dale Coyne Racing Honda
Conor Daly, Dale Coyne Racing Honda
Conor Daly, Dale Coyne Racing Honda

Mais attention : je ne parle pas de répétitions de pit stops dans les stands avec une voiture statique, mais bien de participer aux véritables pit stops effectués durant la séance de qualifications et, surtout, durant la course !

L’accord a été conclu avec Dale Coyne Racing, et j’ai été intégré à l’équipe des ravitaillements de la voiture no18 pilotée par l’Américain Conor Daly.

Nombre limité d’acteurs

Ma fonction sera simple : c’est celle de ‘tire chaser’, chasseur de pneus. Car contrairement à ce qui se passe en F1 où près d’une vingtaine de mécanos participent aux pit stops, l’IndyCar restreint à six le nombre d’intervenants lors des arrêts. Six mécanos de l’équipe sont habillés de combinaisons à l’épreuve du feu et sont autorisés à franchir le muret qui sépare les stands de la pit lane. Les cinq autres membres de l’équipe qui effectuent d’autres tâches ne peuvent franchir ce muret sous peine d’une pénalité.

Je vais donc travailler avec Otavio ; un gaillard au physique impressionnant qui change le pneu arrière gauche. Il m’explique ce que je dois faire. Je pose le pneu neuf sur le muret et dès que la monoplace s’immobilise, je le place par terre à sa gauche pour qu’il le saisisse. Puis, je dois vite aller à sa droite pour mettre la main sur le vieux pneu qu’il vient de retirer, et rapidement le hisser par-dessus le muret.

Nous ne faisons même pas de simulation. Mon premier essai se déroule lors des qualifications, sans même être échauffé ! Passer un gros pneu dans un tout petit espace n’est pas facile, d’autant que ma tête est appuyée sur le tuyau de carburant. De plus, le muret n’est pas droit, mais incliné, ce qui rend la position de travail très peu ergonomique !

Un pneu baladeur

Premier essai, j’y arrive, mais je me râpe la peau des avant-bras au sang sur le muret. En un seul essai. Mmmmmm… Va falloir trouver une autre méthode. Le pneu n’est pas bien lourd, mais il est gros, brûlant et pas facile à manipuler. Au fil des arrêts, j’affine ma technique. Mais lors d’un arrêt, le pneu que vient de retirer Otavio rebondi comme un ballon de basket ! Il se relève vite et l’immobilise, car un pneu hors de contrôle amène une pénalité. Son regard sombre veut tout dire. “Il faut que tu sois plus rapide pour vite l’attraper”, me confie-t-il.

Dimanche, jour de la course. Avec une radio, on entend tout ce qui se dit entre l’équipe et le pilote et on est vraiment au cœur de l’action. Michael Cannon, l’ingénieur de piste, donne ses indications à Daly : “Slot 4 for the start. Go brown. Montoya has 4 push-to-pass left. Go black. How’s the balance ?

Maxi stress

Tout à coup, l’ordre tant attendu est donné : “Ok guys set 9, get on the wall”. Je prends le gros arrière gauche identifié 9. Après, c’est de l’adrénaline pure. Seules les paroles de Cannon nous indiquent où est la voiture. “OK guys, he’s in the last turns…. He enters the pit lane”.

J’ai les yeux rivés sur ce bout de mur où je verrai la monoplace verte surgir. Non, c’est Pagenaud… Non, c’est Kimball… Oui, c’est Daly !

La Dallara de Daly frôle le mur, et s’immobilise à un mètre de moi. Je place le pneu à la gauche d’Otavio, puis je saute sur sa droite pour attraper le pneu qu’il vient de retirer. Mais il rebondit et je ne peux le saisir ! C’est lui qui le récupère, faisant durer l’arrêt quelques secondes de plus que prévu. Je suis vraiment désolé et je tente de me faire tout petit…

Lors du second pit stop, tout se déroule bien. Par contre, Todd, le chef mécano qui change aussi le pneu avant droit, ne peut faire partir Daly dès que le travail est terminé. James Hinchcliffe, dont le box est juste derrière, repart, tandis que Ryan Hunter-Reay entre à son box, situé devant. Todd doit attendre durant d’interminables secondes avant de libérer son pilote.

Regardez ici la vidéo du pit stop fournie par l’écurie.

Daly fera un troisième arrêt, un coup de poker pour mettre un peu d’essence afin de rallier l’arrivée. Cette stratégie aurait procuré un très bon résultat si une neutralisation n’était pas survenue en toute fin de course, ce qui a permis aux premiers d’économiser du carburant…

La course se termine et Daly croise l’arrivée en 15e place. Ce que je retiens de l’expérience ? Qu’il y a un énorme contraste quant on est dans les stands à ne rien faire pendant que le pilote, lui, se donne à fond. Même chose quand la voiture s’immobilise, car le pilote est au calme tandis que ses équipiers sont sous pression !

Mon travail ne durait que trois petites secondes. C’est très court, mais l’erreur n’est évidemment pas permise. Il faut être parfaitement concentré et bien mesurer ses gestes. Je ne voulais surtout pas être celui qui commette l’erreur qui ruine la possibilité d’obtenir bon résultat. Être au milieu de l’action, à un pas d’une voiture de course surchauffée et rugissante, est une expérience unique et passionnante.

Bravo à tous ces gens de l’ombre, à ces héros méconnus qui font parfois une différence majeure dans l'issue d'une course.

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À propos de cet article

Séries IndyCar
Événement Toronto
Lieu Exhibition Place
Pilotes Conor Daly
Équipes Dale Coyne Racing
Auteur René Fagnan