Interview - Nico Jamin, la vie américaine

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Interview - Nico Jamin, la vie américaine
Par : Michaël Duforest
9 nov. 2016 à 14:55

Dans cette deuxième partie de notre interview, Nico Jamin revient sur ses premières saisons aux États-Unis, et sur les championnats à l'américaine en général.

En 2014, vous arrivez en USF2000, l'équivalent de notre F4 en Europe. Comment se passe une première année comme celle-ci, où tout est à découvrir ?

Ma première saison aux États-Unis était assez compliquée pour moi, car on ne connaissait pas du tout les équipes, pas trop chez qui il fallait aller. On pensait avoir fait le bon choix en partant chez Belardi, on avait eu de très bons essais hivernaux, mais ça ne s'est pas du tout concrétisé pendant la saison. On n'a pas eu les résultats, l'ambiance n'était pas forcément bonne, et donc en cours de saison on a décidé de changer et d'aller dans une autre équipe. Le seul endroit où il y avait une place, c'était Pabst, qui était une écurie correcte mais où on savait que ce serait dur de jouer la victoire.

On a pris ça comme une saison d'apprentissage, car quand tu arrives aux États-Unis il y a beaucoup de choses à apprendre, les départs lancés, les circuits sont beaucoup plus vieux et compliqués qu'en Europe, les circuits en ville, les ovales à apprendre également. On avait l'ambition de gagner dès la première année mais on s'est vite rendu compte que ça serait compliqué donc on a pris ça comme une année d'apprentissage. À la fin de la saison on a testé avec la meilleure équipe, on a fait claquer les chronos et l'année d'après on était parti pour la victoire.

Avec le Cape Motorsports, qui domine la catégorie, vous remportez 10 des 16 courses, et le titre. Quel niveau de confiance une telle année donne à un pilote ?

Beaucoup de confiance c'est sûr, et beaucoup de cote aux États-Unis car c'est vrai qu'après ma première saison, personne n'avait vraiment retenu mon nom car ma saison n'avait pas été très bonne, avec un seul podium, c'était très compliqué. En partant pour une deuxième saison en USF2000, avec la meilleure équipe, et comme équipier la "petite star américaine" Aaron Telitz, le dominer toute l'année, ça m'a donné énormément de confiance. Gagner la bourse de Mazda était la seule façon de monter en Pro Mazda pour moi.

Vainqueur et Champion 2015 : Nico Jamin

Vous aviez beaucoup d'ambitions pour ce championnat Pro Mazda, mais au final, l'écurie Pelfrey était imbattable et vous terminez 3e, "premier des autres".

Je pensais pouvoir y gagner cette année car on a eu de très bons essais hivernaux. Pour moi l'équipe était en place, j'étais confiant et je me sentais prêt à gagner ce championnat, mais l'équipe Pelfrey a fait quelque chose pendant l'hiver, un meilleur travail de préparation sur leur voiture, qui était beaucoup plus efficace que nous et ça a été vraiment difficile de lutter. L'objectif était de finir troisième, premier des autres, c'est tout ce qu'on pouvait faire et on a quand même battu Juncos, qui était l'équipe favorite en début de saison, avec Gareth Grist, qui avait eu 6 poles la saison d'avant. Les battre toute la saison et finir devant eux au championnat, c'était un bel accomplissement quand même.

Nico Jamin, Cape Motorsports

Pour l'instant, au niveau des ovales, vous n'avez roulé que sur le Lucas Oil Raceway [au moment de l'interview, depuis Nico Jamin a testé une Indy Lights à Gateway], quelles sont vos impressions ?

J'aime bien les ovales, c'est vrai que la première fois que je suis monté dessus je pensais que ce serait un truc super facile où il fallait juste tourner à gauche, et en fait on se rend vite compte que c'est un apprentissage total. On repart de zéro, il faut être hyper humble, pas vouloir en faire trop tout de suite, prendre le temps. Une fois qu'on commence à comprendre comment ça marche, les finesses du pilotage et comment régler sa voiture surtout, car sur ovale c'est 70% le réglage et 30% le pilote. Il faut bien tout ressentir, bien régler l'auto, c'est un apprentissage. En USF2000, j'avais fait la pole, en Pro Mazda j'avais fait le meilleur temps de toutes les séances libres mais en qualifs on est malheureusement tombé sur un mauvais train de pneus, mauvaise chance, mais ça arrive. Globalement, j'étais bon sur les ovales et je pense que si j'ai la voiture, je gagnerai des courses sur ovale l'année prochaine.

Le système de la Mazda Road to Indy est fait de telle sorte à ce que chaque catégorie ajoute des courses sur ovales avant l'IndyCar, qu'en pensez-vous ?

C'est indispensable, car si on passe d'USF2000 à Pro Mazda sans faire d'ovales, puis qu'on nous lance en Indy Lights à Indianapolis, à 340 km/h, ça pourrait être un massacre. Du coup, je pense que c'est très bien qu'ils fassent ça, en USF2000 y'a le Lucas Oil Raceway, en Pro Mazda normalement on va à l'Iowa, mais cette année ça a été annulé à cause du nombre de pilotes. L'Iowa, c'est un ovale qui est quand même rapide car on est à fond, on ne braque pas beaucoup les ailerons et ça va déjà vite, donc ça habitue les pilotes à monter tout doucement en vitesse sur ovale avant d'arriver en Indy Lights où là ça va encore plus vite. Je pense que c'est très bien pour apprendre aux pilotes comment rouler sur ovale, régler sa voiture, et c'est très positif.

Ed Jones, Carlin

Les pilotes, principalement européens, voyaient surtout l'IndyCar comme un "Plan B", mais de plus en plus de jeunes arrivent, dont vous, c'est votre objectif immédiat, que pensez-vous de ce championnat ?

En terme de niveau de pilotage, on est au niveau de la F1, car en F1 il y a pas mal de pilotes qui sont là grâce à leur argent plus qu'à leur talent. Il y a beaucoup de très bons pilotes en F1, mais en IndyCar je pense qu'il y en a 80% qui sont là plus grâce à leur talent et leurs réussites passées; et on voit des jeunes pilotes arriver d'Europe, comme Rossi ou Chilton, et ils ne font pas forcément d'étincelles. Ça prouve que le niveau en IndyCar est très haut, et aussi le grand talent de Simon [Pagenaud, NDLR] et des pilotes américains pas forcément présents en Europe. C'est un vrai championnat de grands pilotes, et c'est le pilote qui fait la différence car c'est un châssis monotype, tout le monde se bat à armes égales, et du coup ça fait des courses fantastiques. C'est beaucoup plus serré, c'est souvent arrivé sur des week-ends qu'entre le premier et le dernier en qualifs, il n'y ait qu'une seconde, alors qu'en F1 y'a souvent trois secondes ou trois secondes et demie.

Les États-Unis, c'est un état d'esprit différent, une course un peu plus pure, un grand show, qu'en pensez-vous ?

Pour moi c'est le show à l'Américaine, ça me plait beaucoup, et le fait que ce soit plus old school sur les voitures, sans direction assistée, sans traction control, pas d'ABS, c'est juste le pilote qui fait la différence, il y a des gros pneus, énormément d'aéro, et pour moi ça fait des courses fantastiques et c'est ce qui m'attire vraiment.

Les écuries d'IndyCar peuvent aligner des pilotes d'Indy Lights pour bénéficier de journées d'essais supplémentaires, cela doit être un objectif pour vous !

C'est un très beau programme de l'IndyCar d'autoriser ses équipes à avoir une ou deux journées d'essais en plus s'ils font tester des pilotes d'Indy Lights, du coup les équipes d'IndyCar n'ont pas trop le choix de le faire car pour eux c'est des données en plus. Ça leur permet de tester des jeunes pilotes, qui sont l'avenir. Du coup, cette année, je crois qu'il y a 80% des pilotes du plateau Indy Lights qui ont eu la chance de tester en IndyCar, et moi c'est clairement l'un de mes objectifs l'année prochaine. Il faut tout de suite figurer en haut du classement en Indy Lights pour avoir la chance d'effectuer un test en IndyCar et avoir un avant-goût de ce qui arrivera peut-être dans deux ou trois ans.

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À propos de cet article

Séries IndyCar
Pilotes Nico Jamin
Auteur Michaël Duforest
Type d'article Interview