Porsche remporte les 24 Heures du Mans et sauve la face du LMP1 !

Une 19e tentative de Toyota une nouvelle fois synonyme d'échec a ouvert la voie à la 19e victoire Porsche au Mans. Cruel parallèle, alors que c'est un proto LMP2 qui n'est pas passé loin de décrocher la timbale d'une course folle !

B.D., Le Mans - Ne le cachons pas : on craignait, à l'entame de cette 85e édition des 24 Heures du Mans, qu'elle ne manque de saveur. D'abord en raison de l'absence d'Audi pour la première fois depuis près de vingt ans, ensuite parce que la grosse domination de Toyota en qualifications et du déséquilibre provoqué par l'engagement de trois voitures face à "seulement" deux Porsche. 

Toyota, justement, avait mis toutes les chances de son côté et semblait enfin suffisamment armé pour décrocher une victoire après laquelle court le constructeur japonais depuis quelques décennies. Cette 19e tentative ne sera cependant pas la bonne, et ce qui est sans doute le plus stupéfiant, c'est d'avoir pu tirer cette conclusion dès le début de la nuit. Après avoir vu la #8 perdre énormément de temps en raison d'une défection du système hybride à l'avant en fin de journée samedi, la firme nippone a vécu une demi-heure invraisemblable aux alentours d'une heure du matin.

Toyota terrassé avant la mi-course

Il y a d'abord eu cet embrayage défaillant sur la #7, alors aux mains de Kamui Kobayashi. Pendant de longues minutes, le Japonais a tout tenté pour ramener sa monture, en vain. Un quart d'heure plus tard, Nicolas Lapierre s'accrochait avec une Manor dans le trafic, à la chicane Dunlop, endommageant ostensiblement l'arrière de la Toyota #9. Bis repetita, on a alors assisté à la tentative du Français de rentrer au stand, avec de nouveau l'image d'un proto louvoyant sur le bas-côté, avant de s'immobiliser définitivement.

Avant cela, c'est Porsche qui avait connu les premiers soucis de fiabilité de cette édition, perdant une heure au stand avec la #2 pour procéder au remplacement du système hybride. Le commun des mortels était alors persuadé que l'équipage Bernhard-Bamber-Hartley était hors-jeu pour la victoire…

C'est donc avec une Porsche #1 aux allures d'unique rescapée que le cœur de la nuit mancelle s'est déroulé, le trio Jani-Lotterer-Tandy creusant aisément l'écart sur le peloton des LMP2, tout en ménageant au maximum sa mécanique. Plus loin, la Porsche #2 se savait condamnée à une grosse remontée pour viser le podium, tout comme la Toyota #8 pour marquer des points en gardant le championnat dans un coin de la tête. 

Qui veut voyager loin ménage sa monture, mais il était écrit que cette édition n'aurait rien de rationnel. Sur les coups de 11 heures du matin, l'image de la Porsche #1 au ralenti a d'abord paru impensable. André Lotterer venait d'en prendre le volant, succédant à un Nick Tandy ne cachant pas la difficulté liée au fait de ne pas rouler au maximum, afin de préserver toutes ses chances de victoire. Cette stratégie n'aura pas payé. Affectée par une chute de pression d'huile, la 919 Hybrid offrait le même spectacle que les Toyota dans la nuit, se traînant avec toutes les peines du monde avant, là aussi, de voir la portière s'ouvrir pour que le triple vainqueur de l'épreuve qui la pilotait mette définitivement pied à terre, les yeux rougis.

Porsche rectifie l'anomalie

Le LMP1 ayant perdu son seul représentant privé dès la première heure de course suite à la casse moteur survenue sur la CLM P1/01 du ByKolles Racing, la situation a donc mené à retrouver un prototype LMP2 en tête de l'épreuve à midi. À trois heures de l'arrivée, l'équipage #38 du Jackie Chan DC Racing s'est ainsi retrouvé propulsé en pleine lumière, avec une forte pression sur les épaules du trio Tung-Laurent-Jarvis. Et s'il y a la beauté du sport, on ne peut s'empêcher de penser qu'il s'agissait d'une anomalie que de voir cette ORECA 07 munie du V8 Gibson en lice pour la victoire, face à un plateau LMP1 décimé en dépit des coûts monstrueux déployés par les constructeurs pour faire briller ce qui se doit d'être le meilleur des nouvelles technologies.

Avec Timo Bernhard, Earl Bamber et Brendon Hartley, Porsche a gardé son calme pour que la remontée suive son cours sans accroc, malgré un timing serré. Les trois hommes s'y sont employés avec brio pour corriger l'anomalie et sauver la face du LMP1. Remontant méthodiquement, la Porsche #2 s'est ainsi dédoublée plusieurs fois, avant de revenir dans le même tour que la #38 à moins de deux heures du drapeau à damier.

Dans les rangs du Jackie Chan DC Racing, on a su garder les pieds sur terre en sachant pertinemment qu'il serait impossible de résister au retour irrémédiable de la Porsche. Brillant pour son premier Le Mans, à seulement 19 ans, Thomas Laurent l'avait bien compris : "Il ne faut pas réfléchir, ne surtout pas penser à la victoire, car ça mène à la faute. Sur les derniers relais, on a été un peu plus cool, on a gardé deux secondes au tour, par sécurité." Prenant le dernier relais, Ho-Pin Tung n'a logiquement opposé aucune résistance quand, à un peu plus d'une heure de l'arrivée, Timo Bernhard l'a avalé dans la portion rapide précédent Indianapolis avant de filer vers la victoire.

Le LMP2 sous les feux de la rampe

Par la force des choses, le plateau du LMP2 s'est retrouvé sous le feu des projecteurs. Le scénario avait été envisagé – certainement pas dans une telle mesure – compte tenu de la rapidité affichée par ces nouveaux protos 2017. Paradoxalement, ils n'ont pas autant souffert de la chaleur que ce que l'on aurait pu croire.

Sans surprise, pour le coup, c'est ORECA qui a dominé la meute. Les regrets pourront sans doute aller du côté de Vaillante Rebellion, qui avait dominé le début de course avec ses deux équipages avant de rencontrer des soucis techniques sur la #31. L'équipage de la #13 est toutefois resté à la lutte pour le podium, à couteaux tirés face à l'Alpine #35. Cette dernière semblait avoir pris l'avantage, jusqu'à ce qu'André Negrão ne parte à la faute à Arnage, à 45 minutes du drapeau à damier. Un fait de course permettant de sceller le podium final, mais aussi de faire monter le deuxième proto du Jackie Chan DC Racing, confié à Cheng-Gommendy-Brundle, sur le podium du LMP2.

Le livre des records restera-t-il ouvert ?

Au terme d'une semaine marquée par les rumeurs d'un possible retrait du constructeur allemand à court ou moyen terme, Porsche a démontré que son statut de roi du Mans restait d'actualité. Dans l'équipe, on avait su rappeler que la voiture la plus rapide ne gagnait pas toujours Le Mans, mais aussi que le statut de favori de Toyota était réel sauf sur un plan : celui de l'Histoire. Une Histoire qui s'est répétée, et vérifiée, offrant un 19e succès dans la Sarthe pour améliorer un peu plus ce record. Avant de se poser la question de savoir si la quête d'un 20e succès aura lieu, place à la fête dans le clan allemand, et aux regrets dans les garages Toyota.

 24 Heures du Mans 2017

  # Cat. Équipe Pilotes Tours
1 2 LMP1
 Porsche Team

Brendon Hartley
Earl Bamber
Timo Bernhard

367

2 38 LMP2
 Jackie Chan DC Racing

Ho-Pin Tung
Thomas Laurent
Oliver Jarvis

366

3 13 LMP2
 Vaillante Rebellion

Nelson Piquet Jr
David Heinemeier Hansson
Mathias Beche

363

4 37 LMP2
 Jackie Chan DC Racing

Alex Brundle

Tristan Gommendy

David Cheng

363

5 35 LMP2
 Signatech Alpine Matmut

Nelson Panciatici

Pierre Ragues

André Negrão

362

[...]          
18 97 GTE Pro
 Aston Martin Racing

Darren Turner

Jonathan Adam

Daniel Serra

340

[...]          
27 84 GTE Am
 JMW Motorsport

Robert Smith

Will Stevens

Dries vanthoor

333

⇒ Les résultats complets sont ici

Écrire un commentaire
Montrer les commentaires
A propos de cet article
Séries 24 heures du Mans
Événement 24 Heures du Mans
Circuit Le Mans
Type d'article Résumé de course
Tags endurance, gte, lmp1, lmp2