Entretien Frédéric Sausset (2/2) - "La plus belle semaine de ma vie"

Suite et fin de l'entretien exclusif avec Frédéric Sausset, premier pilote quadri amputé à disputer (et terminer) les 24 Heures du Mans lors de l'édition 2016, au volant d'un prototype Morgan-Nissan P2.

Entretien Frédéric Sausset (2/2) - "La plus belle semaine de ma vie"
#84 SRT41 by Oak Racing Morgan - Nissan: Frédéric Sausset, Christophe Tinseau, Jean-Bernard Bouvet
#84 SRT41 by Oak Racing Morgan - Nissan: Frédéric Sausset
#84 SRT41 by Oak Racing Morgan - Nissan: Frédéric Sausset, Christophe Tinseau, Jean-Bernard Bouvet
#84 SRT41 by Oak Racing Morgan - Nissan: Frédéric Sausset, Christophe Tinseau, Jean-Bernard Bouvet
#84 SRT41 by Oak Racing Morgan - Nissan: Christophe Tinseau et Frédéric Sausset
#84 SRT41 by Oak Racing Morgan - Nissan: Frédéric Sausset, Christophe Tinseau, Jean-Bernard Bouvet
#84 SRT41 by Oak Racing Morgan - Nissan: Frédéric Sausset, Christophe Tinseau, Jean-Bernard Bouvet
#84 SRT41 by Oak Racing Morgan – Nissan: Frédéric Sausset, Christophe Tinseau, Jean-Bernard Bouvet
#84 SRT41 by Oak Racing Morgan - Nissan: Frédéric Sausset
#84 SRT41 by Oak Racing Morgan - Nissan: Frédéric Sausset, Christophe Tinseau, Jean-Bernard Bouvet
#84 SRT41 by Oak Racing Morgan - Nissan: Frédéric Sausset, Christophe Tinseau, Jean-Bernard Bouvet
#84 SRT41 by Oak Racing Morgan - Nissan: Frédéric Sausset, Christophe Tinseau, Jean-Bernard Bouvet
#84 SRT41 by Oak Racing Morgan - Nissan: Frédéric Sausset avec les médias
#84 SRT41 by Oak Racing Morgan - Nissan: Frédéric Sausset, Christophe Tinseau, Jean-Bernard Bouvet
#84 SRT41 by Oak Racing Morgan - Nissan: Frédéric Sausset, Christophe Tinseau, Jean-Bernard Bouvet

Quel a été votre ressenti au volant de la Morgan-Nissan durant la course ?

La voiture était très neutre à piloter, plutôt "facile" à piloter pour nous trois, chacun s'y retrouvait bien. On a eu un ennui technique au niveau de l'embrayage durant la nuit. Cela a immobilisé la voiture 1h20 aux stands. En débriefant avec l'ACO, on aurait pu terminer sans cela 27e sur 60, ce qui était plutôt pas mal pour une première et compte tenu de mon handicap. Là on termine 38e avec 1h20 d'immobilisation de la voiture aux stands.

Qu'avez-vous ressenti au moment de l'arrivée ?

Cela a été évidemment beaucoup d'émotions. Tous ceux qui participent à cette aventure depuis le début savent la quantité d'efforts que cela a représenté pour moi, ma famille et mes proches. À peine quatre ans après ce qui nous a touchés, où l'avenir était ultra sombre, de réussir à se retrouver sous le drapeau à damier des 24 Heures du Mans, c'était inespéré, il y avait beaucoup d'émotions déjà liées à cela.

Le but de base de ce défi était de terminer, on a réussi ce point. La réussite était le classement, sans cet ennui qui nous a affectés, et autre chose qui n'est pas anodin est que la voiture fait 80 kg de plus que les autres P2 avec les équipements liés à mon handicap. Cela correspond à environ trois secondes au tour de pénalité, donc ça veut dire que lorsque je tournais en 4 minutes, c'était l'équivalent de 3'57, et ça c'est positif.

L'accueil des pilotes et des équipes a été extrêmement chaleureux à votre égard…

C'était effectivement super positif d'être accueilli par des gens comme Benoît Tréluyer, Romain Dumas, Loïc Duval, Stéphane Sarrazin, Nicolas Minassian, etc. qui de temps en temps me faisaient part de leur satisfaction de me voir en course. Ils ont également insisté sur le fait qu'à aucun moment je ne les ai gênés, et que la gestion de course était plutôt bien faite. Ils n'avaient jamais eu la sensation de se dire que je n'avais pas ma place là, donc c'était hyper positif. Il y a eu la venue de Jean Todt, avec lequel nous avons échangé un bon moment. Et pour moi la cerise sur le gâteau fut les dix minutes passées dans mon stand avec Wolfgang Ullrich, où nous avons échangé avec beaucoup d'émotions une trentaine de minutes avant la fin de la course, avant que je ne prenne mon relais. C'est un moment qui restera dans ma mémoire à jamais.

Avez-vous reçu beaucoup de retours suite à cette aventure de la part de personnes souffrant elles-mêmes de handicap ?

Il y a eu beaucoup de témoignages. Lorsque je suis rentré chez moi le dimanche soir j'avais presque 6000 mails à traiter ! Évidemment, beaucoup de gens qui étaient touchés par l'aventure, étant eux-mêmes touchés par le handicap, et qui voyaient un peu dans la réalisation de cette aventure un rayon de soleil, et cela fait chaud au cœur. Je n'ai jamais caché que, au travers de cet exploit personnel, j'avais envie de redonner de l'espoir à tous ces gens. Je prends le temps de répondre à toutes ces personnes. C'est touchant, j'ai des messages qui me restent en tête de gens qui me disent "grâce à vous, j'ai à nouveau envie de me battre", c'est la plus belle des victoires.

Quelle suite sera donnée à cette aventure ? Vous reverra-t-on en compétition, en V de V notamment ?

Le V de V était avant tout une préparation au Mans, mais j'y ai trouvé une ambiance incroyable et des amis. La Ligier CN, je l'ai toujours, je ne m'interdis pas de refaire des courses de V de V avec Christophe Tinseau. Maintenant, il y a plusieurs projets qui sont bien identifiés pour l'avenir et sur lesquels je travaille depuis deux ou trois mois. J'annoncerai tout cela sous peu. Ce que je peux dire, c'est que le milieu du sport automobile est un milieu dans lequel je me sens bien, dans lequel j'ai été bien accueilli et qui me fait oublier à la fois mon handicap et mes douleurs, ce serait dommage de s'en passer.

Après être allé au bout de ce challenge colossal, peut-on vivre sans se fixer un autre défi ?

Évidemment, lorsque l'on s'attaque à cette épreuve qui est considérée par beaucoup comme la course la plus difficile, et réussir dès la première fois, c'est ensuite compliqué de se trouver un autre challenge. On m'a toujours dit qu'après y être allé une fois, on n'avait qu'une idée, c'est d'y retourner. Maintenant il faut trouver un autre challenge, car on sait que l'ACO a déjà statué sur les deux prochaines éditions concernant le Garage 56, et d'ailleurs cela n'aurait plus de valeur car cela ne constituerait plus une nouveauté. Mais une chose est sûre, ce sera gravé dans ma mémoire comme la plus belle semaine de ma vie.

Peut-on imaginer de vous voir à nouveau au départ des 24 Heures du Mans à l'avenir ?

Techniquement, si on n'avait pas cette loi qui oblige à avoir des voitures fermées dès 2017, cela serait moins compliqué. Là, c'est assez complexe. Maintenant, d'avoir été au bout de cette aventure, cela prouve que rien n'est impossible…

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