Interview - Mardenborough tente d'oublier les aléas rencontrés par Nissan avant Le Mans

G.N., Londres - De nombreuses questions peuvent légitimement se poser au sujet du programme Nissan LMP1. Alors que le team se bat pour placer une troisième auto sur la grille mancelle avant de rétrograder ce châssis dans le rôle de voiture de développement pour les tests uniquement en vue de la saison 2016, les nouvelles préoccupantes se succèdent en off en provenance de Nissan.

Difficile, en effet, d'oublier les informations de Motorsport.com suggérées par une source proche de l'équipe au sujet des tests : de nombreux accidents ayant endommagé physiquement l'auto se sont produits pendant les préparatifs (6, possiblement 7), et auraient pour la majorité en commun le caractère imprévisible du comportement de la Nissan GT-R LM Nismo au design radical. Une auto à motorisation avant, ne faisant aucun compromis sur le style de pilotage, et qui serait selon nous la raison pour laquelle l'expérimenté Marc Gené a précipitamment plaidé le programme Ferrari F1 pour ne finalement pas s'aligner au volant des 24 Heures du Mans, craignant pour la sécurité.

A Londres, pour la présentation média avant Le Mans, les pilotes d'expérience étaient globalement absents et les jeunes, étroitement encadrés par le staff de communication qui préférait que les questions soient adressées au pole relations presse plutôt qu'aux pilotes ou à l'exécutif.

Jann Mardenboroughs'est prêté avec précaution à l'exercice du question/réponses en prenant garde de ne pas trop s'attarder sur les questions liées au retour de la colonne de direction, qui pose encore à ce jour, selon certaines rumeurs, des questions d'homologation pour le WEC.

 

Jann, avez-vous dû adapter votre style de pilotage pour cette voiture particulière?

"Oui. Par rapport à une traction arrière normale, la voiture freine autant qu’une traction arrière. Comme il y a très peu de poids sur l’arrière, on bloque l’arrière assez facilement. Il faut parfois lever le pied un peu tôt par rapport à une voiture à traction arrière, quelques mètres avant le virage, pour stabiliser l’arrière, voire même freiner en levant le pied du frein d’un coup pour faire virer la voiture et reprendre l’accélérateur.

Ce qu’on fait est donc très différent au niveau des pieds. En ce qui concerne la direction, ce qu’on fait est très similaire, mais c’est le principal dans les virages lents, ce qu’on fait avec les pieds, avec le frein et l’accélérateur. Dans les virages rapides et moyens, c’est similaire au comportement normal d’une voiture avec de l’appui aérodynamique. On a juste plus de retour et d’information de la direction en sortant de virage; on "sent" que le différentiel et les roues avant fonctionnent".

On a juste plus de retour de la colonne de direction

Jann Mardenborough, pilote Nissan LMP1

Quand vous dites que vous avez plus d’informations venant de la colonne de direction, est-ce une façon élégante de dire qu’elle réagit beaucoup trop avec du jeu? Est-ce que cela "serre" ou "pousse" l’avant, en termes de sensations ?

"Cela dépend des réglages de différentiel. Nous avons beaucoup de réglages différents sur la voiture. Parfois, on peut jouer avec pour avoir des mouvements de roue plus indépendants, pour que les roues extérieures tournent plus que les roues intérieures, qui aident à virer. Mais cela dégrade la traction.

Ou l’on peut avoir l’opposé, avec une assez bonne traction mais du sous-virage, donc c’est une question de compromis".

Que préférez-vous : avoir un avant "plongeant" pour prendre les virages rapides avec quelque chose de bien rigide à l’avant?

"A haute vitesse, nous voulons tous la même chose : nous voulons une voiture équilibrée. Nous ne voulons pas un arrière instable, c’est la dernière chose que l’on veuille. A haute vitesse, elle se comporte comme une voiture à appui aérodynamique normale. Ce sont juste les virages lents…"

Par rapport à d’autres voitures à moteur avant que vous avez pilotées auparavant, à quel point celle-ci est-elle différente ?

"La seule voiture à moteur avant que j’aie piloté auparavant, c’était en Clio Cup ! [rires] C’était il y a trois ans et c’était ma deuxième voiture de course. Je ne m’en rappelle pas vraiment, et de toute façon, j’étais vraiment mauvais ! [rires] C’est difficile de comparer."

Qu’en est-il de l’expérience de Marc Gené ? C’était un peu surprenant de voir…

… [Interrompu] "Marc était le premier à être impliqué dans la voiture."

… Et c’est lui que l’on ne va pas le voir au Mans!

"Il y sera, mais seulement comme conseiller."

C’est un pilote d’expérience qui a été impliqué dans de nombreux programmes d'usine (Ferrari, en F1, Peugeot et Audi en LMP1), et nous ne le verrons pas rouler au Mans. Est-ce frustrant pour vous, d’un point de vue personnel?

Bien sûr, c’est triste, mais voir le nouveau Mark [Shulzhitskiy] est très satisfaisant pour moi, cela fait trois pilotes de la GT Academy. C’est difficile, mais je suis heureux que Mark soit ici.

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