Pourquoi comparer Le Mans et la F1 est une erreur

Le week-end dernier, l'une des plus grandes courses du Monde a livré son verdict. Les 24 Heures du Mans appartiennent à ce triptyque régulièrement cité comme formant le sommet du sport automobile, avec le Grand Prix de Monaco et les 500 Miles d'Indianapolis. A ce titre, la 83e édition de l'épreuve mancelle a tenu ses promesses.

Porsche a dominé son sujet grâce à la course parfaite réalisée par la 919 Hybrid frappée du numéro 19. Ce n'est pas faute d'avoir subi la concurrence d'une Audi n°7 que le trio formé par Lotterer-Fässler-Tréluyer a été capable de surmener en réalisant des temps au tour phénoménaux. Mais face aux triples vainqueurs du Mans, ce sont trois débutants du LMP1 qui ont fait étal de leur classe et d'une maîtrise bluffante.

Ainsi, en début de nuit, Nico Hülkenberg a entamé le plus gros du travail en réalisant un relais remarquable, plaçant la n°19 en tête avant d'en confier le volant à Nick Tandy. Le Britannique a augmenté l'écart, avant qu'Earl Bamber ne le confirme. Il fallait aussi un peu de réussite, comme toujours au Mans, avec notamment de rares interventions de la voiture de sécurité qui ont toujours souri à l'équipage qui participait uniquement à sa deuxième course. Ces trois-là étaient visiblement sous une bonne étoile.

Une vaine comparaison

Si l'Histoire a été marquée d'une nouvelle page somptueuse avec le 17e succès de Porsche au Mans – record amélioré –, il était difficile d'oublier qu'au volant du proto victorieux figurait un pilote de F1 en activité. Alors, les comparaisons entre l'Endurance florissante que l'on connait, offrant un sprint de 24 heures de toute beauté, et la F1 actuelle aux prises avec les discussions sur son avenir pour la rendre meilleure, n'ont pas tardé.

Nous-mêmes n'avons pas pu résister à interroger Nico Hülkenberg lors de la semaine mancelle sur les différences qu'il a pu ressentir au volant de la Porsche par rapport à sa Force India. Le sourire qu'il arborait en évoquant l'attaque maximale avec les pneus au Mans trahissait son immense plaisir d'être de cette aventure dans la Sarthe. Un bonheur perceptible et confirmé largement par l'encadrement du team Porsche.

Mais à aucun moment, y compris après une victoire dont il doit encore prendre la mesure, l'Allemand n'a utilisé de mots durs à l'encontre d'une F1 dans laquelle il est toujours impliqué. Aussi sans doute parce que lui a compris que Le Mans et la F1 n'étaient pas comparables.

Vouloir rapprocher la plus grande classique de l'Endurance et une discipline qui, souhaitons-le ardemment, veut s'attacher à demeurer le pinacle du sport automobile est inutile. Et ne pas céder aux comparaisons ne les empêche en rien d'attirer la lumière des projecteurs et l'intérêt des fans.

Un challenge technique différent

Dans la colonne qu'il a écrite pour la BBC, Allan McNish a lui-même resitué ce débat qui n'a pas lieu d'exister. Lui aussi a connu la F1 et Le Mans, où il a triomphé à trois reprises (1998, 2008 et 2013) ; lui aussi exclut de comparer l'incomparable.

"Le Mans possède la variété, avec beaucoup de types de voitures de courses différents en même temps, et les fans d'Endurance aiment ça", rappelle-t-il. "Il y a beaucoup de catégories différentes, et même au sein d'une même catégorie les voitures sont différentes."

Il est bon de répéter qu'au Mans, les trois constructeurs qui prétendaient à la victoire disposaient de technologies très différentes. Porsche a gagné avec son petit V4 turbo couplé à un système hybride très puissant, face à Audi et son V6 Diesel et Toyota avec son V8 associé à un redoutable super-condensateur.

La naissance de nouveaux héros

Ce week-end, en Autriche, Nico Hülkenberg retrouvera sa Force India. Lucide, l'Allemand semblait déjà tourné vers ce retour rapide à la F1, dès la conférence de presse des vainqueurs dimanche au Mans. Certains lui reprocheront peut-être ce pragmatisme et un hypothétique manque d'euphorie ; d'autres – et sans doute ont-ils raison – retiendront qu'un pilote de F1 est venu relever le défi du Mans avec respect et réussite sans renier la discipline d'où il venait, et que c'est ainsi que se construisent héros et légendes du sport automobile.

Dire que la F1 doit se satisfaire de ce qu'elle est actuellement serait une erreur ; elle l'a compris, à l'heure où le mouvement va dans le sens de changements à l'horizon 2017. Penser que le spectacle pourrait être systématiquement au rendez-vous en serait une également, car le sport a toujours été fait de grands évènements et d'autres moins notables. Enfin, comparer deux disciplines dont l'esprit, la philosophie et le cadre ne sont justement pas comparables en est une, si cela ne tire pas l'une et l'autre vers le haut. 

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