Thomas Laurent, huit mois sans volant avant de rebondir au Mans

Il pensait ne pas pouvoir prendre le départ des 24 Heures du Mans. Sans équipe depuis le début de la saison, celui à qui l'on promettait une immense carrière il y a quatre ans a saisi la première place libre en proto pour se relancer. Thomas Laurent veut désormais se rappeler au bon souvenir de tous.

Thomas Laurent, huit mois sans volant avant de rebondir au Mans

B.D., Le Mans - Révélation de l'édition 2017 des 24 Heures du Mans, dont il avait occupé la tête du classement général au volant d'une LMP2 à seulement 19 ans, Thomas Laurent vit aujourd'hui une phase plus compliquée de sa jeune carrière. Sans volant cette année, après avoir quitté Alpine à l'issue de la saison dernière, le Français était de plus en plus résigné à faire une croix sur les 24 Heures du Mans. Et puis, le téléphone a sonné…

Quand Kyle Tilley s'est blessé il y a quelques jours, l'équipe IDEC Sport aurait dû se tourner vers son pilote de réserve, Richard Bradley. Mais ce dernier a été testé positif au COVID-19 et privé à son tour de rouler. Remplaçant du remplaçant, Thomas Laurent a saisi l'occasion et sera donc au départ des 24 Heures du Mans pour la cinquième fois consécutive, aux côtés du pilote amateur Dwight Merriman et de Ryan Dalziel à bord de l'Oreca #20 (Pro/Am). Il n'en demandait pas moins pour tenter de se relancer !

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Thomas, comment se sont passés ces derniers jours finalement très animés ?

Je suis venu à la Journée Test dimanche, pour me montrer un petit peu, faire des allers-retours dans le paddock, voir des teams que je connaissais déjà. J'avais les affaires dans le coffre au cas où. Je n'avais pas forcément de touche à ce moment-là, je suis rentré chez moi le dimanche soir. Le lundi matin, j'ai eu un message d'un gars de chez Oreca me disant que j'allais avoir un coup de fil d'un team manager de LMP2 pour un volant potentiel. J'attendais le coup de fil avec le téléphone dans les mains, à me dire "Allez, sonne, sonne". Une demi-heure après, j'ai eu le coup de fil de Nicolas Minassian et puis ça s'est fait tout naturellement. Il m'a demandé si j'étais dispo et évidemment que j'ai dit oui.

Je suis là, ça se passe super bien, j'ai fait connaissance avec tout le team. Je suis vraiment ravi d'être au sein d'IDEC Sport. Mes coéquipiers sont vraiment adorables. Comme Nico me disait, c'est une grande famille donc j'ai été accueilli à bras ouverts. La voiture a une très, très bonne base, saine, je suis vraiment à l'aise avec et c'est vraiment une très bonne base pour une course. Je suis vraiment très content.

Comment fait-on mentalement lorsque l'on est dans cette position d'attente, notamment pour être sûr d'être prêt à tout moment ?

Ça faisait huit mois que je n'étais pas monté dans une voiture, donc il fallait le temps de se dérouiller un petit peu. Après, c'est vrai que c'était une longue attente donc je m'entraînais physiquement pour être prêt. Au niveau mental, il n'y a qu'une chose à faire, c'est attendre, donc il ne faut pas déprimer, toujours garder un petit espoir. Et le résultat est là. Je le prends comme une opportunité de rebondir un petit peu après ce qui s'est passé cette année avec le manque de chance et d'opportunités.

Est-ce que tu as un objectif particulier ou bien tu savoures le moment présent ?

Il y a un peu des deux. Je savoure le moment, bien évidemment, car je pense que tout le monde rêverait de faire Le Mans et je suis vraiment content de participer à ma cinquième édition. Mais il y a effectivement un objectif personnel et un objectif de team. Pour l'équipe, c'est vraiment d'aller jouer le podium en Pro/Am. Mon objectif personnel est de donner le meilleur de moi-même sans faire de faute, montrer que je suis toujours là, que je suis régulier, que je fais de bons relais, sans erreur. C'est comme ça qu'on se fait repérer.

Est-ce que tu as parfois eu le sentiment de devoir jouer les VRP et de te vendre dans le paddock ?

Il y a un moment, quand on ne vient plus vers le pilote, il faut que le pilote aille vers les équipes. Je m'en fichais d'aller vers les gens pour dire "Je suis disponible si vous avez besoin. Je ne vous souhaite pas qu'il y ait un cas Covid ou un blessé, mais si jamais, je suis là, j'ai toutes mes affaires". Le sport automobile en général, c'est une grande famille, il y a du team spirit, et c'est un mot-clé pour moi, mais il y a un moment où, dans ma situation, il fallait que je pense à moi-même avant de peser aux autres. C'était le moment pour. Malheureusement Tilley s'est blessé, Bradley a été testé positif au Covid, il y avait une opportunité et je l'ai saisie.

Après plusieurs mois sans rouler dans un proto, est-ce que tu as retrouvé rapidement des réflexes ?

Bizarrement, c'est revenu très, très vite. Je me suis tout de suite senti à l'aise. Je pensais que ça allait prendre un peu plus de temps parce que je ne connaissais pas les pneus, je ne connaissais pas la voiture avec moins de puissance, donc c'était vraiment un nouveau package à découvrir pour moi. Le setup était vraiment adapté pour une voiture Pro/Am, où on favorise le pilote Am, et ça ne me dérange pas du tout parce qu'avec Pierre [Ragues] l'an dernier on faisait la même chose avec l'Alpine. Il y a une notion de sacrifice et c'est ça qui est beau dans l'Endurance. Les réflexes ont été là tout de suite. J'ai relu deux ou trois fois le manuel, il y a eu beaucoup de travail la nuit avant les essais, à regarder les données, à comparer un tour de l'an dernier à un tour de cette année pour voir les différences de passages de vitesse, les rapports engagés en courbe, les points de freinage. Je n'ai pas chômé et ça paye car en deux tours j'étais déjà dedans.

Pendant ces huit mois, tu as eu une expérience au micro à la télévision, qu'est-ce que ça t'a apporté ?

Ça m'a apporté parce que c'est toujours une expérience en plus et une corde de plus à son arc, mais ça ne m'a pas servi dans le monde du sport auto "fermé". Après, ça me permettait quand même de rester en contact avec le grand public. Ça s'est bien passé, l'ambiance était cool, j'ai eu beaucoup de retours positifs là-dessus, c'était une bonne expérience. Mais quand j'ai eu le choix entre un micro et un volant… voilà !

Comment vois-tu la suite ?

C'est encore un peu tôt pour parler de la suite. Je fais bonne impression en général, que ce soit pour le team et pour le paddock. C'est encore trop tôt pour dire si je vais refaire des courses avec eux ou avec un autre team. Une chose est sûre, si jamais il y a un Covid, je pense que je serai encore plus dans le giron au cas où. Après les 24 Heures du Mans ça va se calmer un petit peu, la fin d'année sera un peu calme, mais je travaille déjà sur 2022.

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