Pas de Moto3 avant 18 ans : certains pilotes sont dubitatifs

L'annonce d'un âge minimum en hausse pour intégrer les championnats gérés par la FIM a été accueillie avec une certaine perplexité par une partie des pilotes, estimant que l'essentiel est en fait ailleurs.

Pas de Moto3 avant 18 ans : certains pilotes sont dubitatifs

Les pilotes MotoGP avaient été nombreux à en appeler à des changements afin d'augmenter la sécurité des courses moto, notamment dans les catégories où de jeunes coureurs ont récemment été victimes d'accidents dramatiques ou dont l'issue heureuse n'a semblé tenir que du miracle. Ils ont été entendus, la FIM ayant annoncé ce vendredi une série de mesures fortes, en premier lieu la réduction des effectifs et la hausse de l'âge minimum requis pour intégrer les championnats.

S'il s'est récemment montré très virulent sur le sujet, Valentino Rossi a malgré tout accueilli avec une certaine frilosité la mesure phrase portant sur l'âge des pilotes. En ce qui concerne les Grands Prix, on retiendra qu'à partir de 2023, il ne sera plus possible de débuter ni en Moto2 ni en Moto3 avant 18 ans, sauf en cas de victoire du Championnat du monde Junior Moto3 de la FIM ou de la Red Bull Rookies Cup, en quel cas une dérogation sera accordée pour un pilote de 17 ans. Dans un cas comme dans l'autre, cela signifie repousser de deux ans l'âge minimum.

"Pour le Moto3 surtout, passer de 16 à 18 ans, c'est un gros changement parce que tout le monde veut commencer le plus tôt possible. C'est une grosse différence, deux ans c'est beaucoup. Beaucoup de pilotes devront attendre", constate Valentino Rossi. "Il est certain que ce sera mieux pour la sécurité, mais je ne sais pas si cela va régler tous les problèmes. Je pense qu'il est plus important que les pilotes se comportent bien quand ils sont en piste, plutôt que l'âge, alors il faut que la direction de course suive plus précisément les courses et soit plus stricte. Passer à 18 ans, c'est un assez gros changement… Imaginez que j'ai fait mes débuts en Championnat du monde à 17 ans, il y a 26 ans, alors 18 ans c'est assez tard."

Sur la même longueur d'ondes que son mentor, Pecco Bagnaia estime que ces deux ans sont "un peu trop", considérant qu'il s'agit avant tout d'une question d'attitude en piste plus que d'âge. "Quand on est jeune, 16 ans c'est bien, je pense. OK, il faut plus de maturité mais je ne pense pas que de 16 à 18 ça change grand-chose", observe-t-il.

Se disant très favorable à la réduction du nombre de pilotes dans les petites catégories, Álex Rins est lui aussi perplexe sur le changement d'âge limite : "Changer l'âge n'a aucun sens, parce qu'il y a des pilotes à 16 ans qui sont plus mûrs que d'autres à 18 ans. Au final, l'âge n'est qu'un chiffre."

Comme beaucoup de ses collègues, Rins parle en connaissance de cause, lui qui a rejoint le Moto3 à 16 ans, ce qui était jusqu'à présent l'âge minimum. Trois ans plus tard, Fabio Quartararo a même bénéficié de cette dérogation créée spécifiquement pour lui, s'adaptant à la précocité qu'il avait affichée dans les championnats espagnols, pour faire son arrivée dès 15 ans.

"15 ou 18 ans , ça ne change en rien le danger", estime pour sa part Loris Baz, qui a réagi publiquement dès l'annonce de ces changements, lesquels concernent tous les championnats régis par la FIM, notamment le WorldSSP300 où l'un des accidents mortels a eu lieu cette année. "Malheureusement, les trois morts que l'on a eus cette année auraient été les mêmes s'ils avaient eu 25 ans. Le problème, ce n'est pas l'âge, mais la catégorie et la manière dont ils courent. Je courais à 14 ans sur une 600cc et c'était bien plus sûr qu'une Supersport 300."

Romano Fenati, Max Racing Team au départ

Comme Baz, beaucoup de pilotes continuent d'insister sur la nécessité de prendre des mesures portant plus sur les motos que sur les coureurs. Jack Miller a longuement développé une opinion allant dans ce sens ce vendredi, estimant que les Moto3 actuelles sont notamment trop faciles à piloter et qu'elles contribuent ainsi à des courses de groupe devenues excessivement dangereuses.

"Pour être honnête, je pense qu'il faut faire quelque chose avec les pneus ou quelque chose comme ça. S'ils ne veulent rien faire quant à la taille de la moto, OK, mais [il faut faire] quelque chose avec les pneus, rendre la moto plus difficile à piloter", pointe l'Australien. "Comme on l'a vu, n'importe qui peut monter sur la moto et mettre les gaz. Il n'y a pas vraiment besoin de grand-chose... Il faut du talent, je ne dis pas le contraire, mais il faut avoir cette sensation, cette finesse technique pour être là. Et surtout quand il y a un énorme groupe, comme au Mugello, ça aide ceux qui perdent peut-être un dixième ou deux dans le dernier secteur ; ils arrivent à attraper une aspiration, à rester dans le groupe et cela crée le chaos."

"Prévenir et non agir"

En attendant, à ces changements de règlements sportifs semble devoir s'ajouter une plus grande fermeté de la direction de course, initiée par la suspension de Deniz Öncü, jugé responsable du gros crash d'Austin en Moto3, et c'est dans cette direction que certains pilotes souhaitent voir les championnats aller.

Pecco Bagnaia, notamment, est convaincu que l'essentiel n'est pas dans l'âge, mais bien dans l'attitude. Ainsi, lorsqu'il lui est demandé quelle serait donc la solution, il répond : "Simplement comme ce qu'ils ont fait avec Öncü l'autre fois, c'est-à-dire donner de vraies pénalités. Au final, la meilleure façon d'apprendre c'est seulement de donner de vraies punitions. On a beau perdre 20 minutes de séance ou ces choses-là, ça ne servira jamais à rien, par contre si on reste à la maison pour deux courses on comprend qu'on ne doit plus le refaire."

"Mais je pense qu'il faudrait le faire dès les essais, pas seulement en course parce qu'en essais on voit souvent des choses qui ne sont pas bien, des gens qui coupent la route à d'autres, et déjà pour ça, à mon avis, dans une situation comme celle d'aujourd'hui, il faudrait être pénalisé. Pendant la course d'Austin, Alcoba a fait exactement la même chose qu'Öncü contre Masia, en lui coupant clairement la route, et même s'il ne s'est rien passé il aurait déjà fallu le pénaliser. Ça n'est pas parce qu'on tombe ou qu'on fait tomber les autres qu'on doit être pénalisé, mais il faut prévenir et non agir après comme ça a malheureusement toujours été le cas."

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