RNF : Dovizioso a "sous-estimé" l'évolution de la Yamaha

RNF regrette mais accepte la décision d'Andrea Dovizioso de quitter le MotoGP après Misano. L'équipe estime que l'Italien n'avait pas pris la mesure des différences entre la Ducati et la Yamaha et que le constructeur n'a pas pu profiter de sa riche expérience.

RNF : Dovizioso a "sous-estimé" l'évolution de la Yamaha

Il y a moins d'un an, RNF voyait débarquer Andrea Dovizioso avec de gros espoirs. On sait maintenant que l'aventure prendra fin au GP de Saint-Marin au début du mois de septembre, l'Italien ayant décidé de mettre fin à sa carrière en MotoGP avec une course dans son pays. Wilco Zeelenberg estime que Dovizioso, lassé de ses contre-performances au guidon de la Yamaha, finissait par perdre le goût de la compétition.

"Il roulait avec une approche différente des autres pilotes, il ne le faisait pas pour l'argent ou la célébrité", a déclaré le team manager de l'équipe RNF à une sélection de médias, dont Motorsport.com. "Il voulait être performant et retrouver le podium. Après, on sait que si ça ne marche pas, la saison sera très longue. Nous avons pu le motiver longtemps à rester et à prendre du plaisir, il s'est battu, mais Andrea est très sérieux vis-à-vis de lui-même."

"C'est une personne ouverte et sympathique, mais c'est dur pour que ça soit fun avec lui. Il s'amusait quand il était performant. Il a réalisé que ça ne serait pas le cas cette année. Il n'a rien lâché et il a pris sa décision pendant la pause estivale."

Des rumeurs évoquaient une fin de saison anticipée d'Andrea Dovizioso depuis plusieurs mois mais c'est après Assen que Zeelenberg a réellement pris la mesure de la situation. La nouvelle lui a finalement été annoncée par Lin Jarvis, directeur général de Yamaha Motor Racing, avec qui le pilote avait directement signé son contrat.

"[Après le GP des Pays-Bas], j'ai dit [à Dovizioso] que nous prenions les vols pour le Japon et il m'a dit 'Il est encore un peu trop tôt pour les réservations pour le Japon.' Il n'a rien dit de plus. Avant Silverstone, Lin a appelé pour m'informer qu'il aller arrêter, son contrat étant avec Yamaha."

Wilco Zeelenberg, RNF MotoGP

Wilco Zeelenberg

Zeelenberg a ensuite précisé à Dovizioso que RNF respectait sa décision malgré une pointe de déception : "Nous voulions vraiment finir la saison mais nous n'allions pas poser de difficultés si ce n'était pas le cas. On ne peut pas forcer un pilote à monter sur la moto, c'est la dernière chose à faire avec un pilote."

"Il n'y a pas de bonne ou mauvaise solution, mais l'équipe aurait aimé qu'il reste jusqu'à la fin de la saison", a ajouté Zeelenberg. "On ne veut pas être l'équipe où les pilotes s'arrêtent tout le temps, après Valentino [Rossi] l'an dernier."

Un pari infructueux pour Dovizioso et Yamaha

L'association entre RNF et Andrea Dovizioso n'aura donc duré qu'un an, sans jamais produire les résultat escomptés. Le triple vice-Champion du monde souhaitait donner un nouvel élan à sa carrière après une séparation houleuse avec Ducati tandis que Yamaha avait la volonté de profiter de sa riche expérience de la Desmosedici. Les immenses différences entre les deux motos ont finalement rendu ces deux objectifs impossibles.

"Il a été sur une Ducati pendant huit ans et il a sous-estimé à quel point ces motos se sont éloignées", a estimé Zeelenberg. "Il avait une expérience de la Yamaha [après l'avoir pilotée au sein du team Tech3 en 2012, ndlr] et avait aussi placé cette moto sur le podium, mais la donne a changé. Avant, on pouvait être quatrième ou cinquième en finissant à dix secondes du dixième, maintenant on est 12e ou plus loin. Dans les trois ou quatre premiers tours, on perd dix secondes quand on est dans le trafic et qu'on se bat. Ça fait perdre beaucoup de temps."

Andrea Dovizioso, RNF MotoGP Racing, annonce la fin de sa carrière

Andrea Dovizioso

Dovizioso a vite attribué ses différences à un manque d'adhérence à l'arrière de sa Yamaha mais Fabio Quartararo, de loin le meilleur représentant de la marque, n'a pas constaté la même faiblesse. La riche expérience de Dovizioso n'a donc pas été mise à profit. "L'approche de Yamaha était d'apprendre de la moto rivale pendant huit ans", précise Zeelenberg, qui ignore si ce travail a été mené à bien : "Il faut le demander à Yamaha mais pour lui, une année de développement n'était pas suffisante. Il voulait changer des choses [...] et il faut se poser la question de consacrer du temps et de l'énergie à ça."

"Les ressources sont également limitées mais Fabio ne se plaignait pas des mêmes choses. [Dovizioso] demandait tout le temps [des changements] également parce qu'ils l'ont recruté pour ses connaissances et pour le développement. Il estimait que cela rendrait tout le monde plus rapide chez Yamaha, c'était son objectif et il pouvait analyser la moto et identifier des choses à améliorer sur la M1. Il faut les ressources pour ça. Je ne sais pas si c'était le cas chez Yamaha et si c'était possible avec la configuration actuelle."

Crutchlow va faire un travail utile pour Yamaha

C'est un autre pilote sous contrat avec Yamaha qui va accompagnera Darryn Binder en fin de saison, Cal Crutchlow. Zeelenberg connait bien le pilote d'essais de la marque, puisqu'il l'a mené au titre en WorldSSP en 2009, et il s'attend à une coopération "fun" pour les six dernières courses de l'année. Après avoir multiplié les changements de pilotes en 2020, RNF souhaitait une certaine stabilité pour la fin de saison et même si Zeelenberg ne se fait pas d'illusions quant aux résultats possibles, il s'attend à ce que Crutchlow effectue un travail important pour Yamaha.

"Qui d'autre pouvions-nous choisir ? C'est du gagnant-gagnant. On devait trouver un remplaçant pour l'équipe, pour les sponsors. Est-ce qu'on sera à l'avant ? Non, je ne le pense pas, naturellement. Je l'espère mais j'en doute. Andrea a été sur la moto pendant un an, Cal était sur la moto d'usine, je ne m'attends pas à un gros changement en termes de performances. Mais qui pourrait faire mieux ?"

Cal Crutchlow est en charge du développement de la Yamaha

Cal Crutchlow est en charge du développement de la Yamaha

"C'est également une décision de Yamaha", a précisé Zeelenberg. "C'est la moto d'usine que Fabio utilise. Cal teste déjà la moto de l'an prochain : ils n'ont pas choisi n'importe qui, il est pilote d'essais et ils ont probablement du travail. Nous abordons les choses course après course, il faut retenir le positif et après ça sera du travail pour 2023. Nous ne pouvons pas faire grand-chose [puisque l'équipe va s'associer à Aprilia, ndlr] mais Yamaha oui. Yamaha espère en tirer quelque chose."

Propos recueillis par Mark Bremer

Lire aussi :
partages
commentaires

Related video

Crutchlow : Quartararo est "incroyable" avec la Yamaha
Article précédent

Crutchlow : Quartararo est "incroyable" avec la Yamaha

Article suivant

Martín "craint plus la chute" depuis sa blessure de 2021

Martín "craint plus la chute" depuis sa blessure de 2021