Pour Yamaha, Quartararo a su "grandir" après l'échec de 2020

Lin Jarvis juge le sacre de Fabio Quartararo amplement mérité, même s'il ne l'attendait pas dès Misano. Pour le grand patron de Yamaha en MotoGP, le Français a tiré les leçons d'une saison 2020 difficile.

Pour Yamaha, Quartararo a su "grandir" après l'échec de 2020

Fabio Quartararo est déjà Champion du monde de MotoGP alors qu'il reste encore deux courses à disputer cette année, ayant profité de la chute de Pecco Bagnaia, seul pilote qui pouvait encore le battre, lors du GP d'Émilie-Romagne. Pour l'équipe Yamaha officielle, que le Français a rejoint cette année, ce sacre est une surprise sans vraiment l'être : Lin Jarvis s'attendait à voir sa recrue coiffer la couronne mondiale tant son avantage était important mais il n'attendait pas à ce que ce soit à Misano, où Bagnaia était le grand favori avant de partir à la faute.

"Évidemment, on savait qu'on atteindrait l'objectif tôt ou tard parce qu'avant cette course, nous avions un avantage de 52 points avec seulement 75 à prendre", rappelle le directeur général de Yamaha Motor Racing sur le site officiel du MotoGP. "Donc le moment allait venir mais personne n'attendait que ce soit ce jour-là parce que Fabio était en cinquième ligne. C'était un week-end assez difficile jusque-là. La Yamaha ne fonctionne pas très bien dans les conditions humides, les pilotes ne sont pas à l'aise, d'où nos problèmes en qualifications."

"Donc nous ne l'attendions pas vraiment. Nous pensions que les Ducati allaient dominer et évidemment elles ont dominé en début de course, Jack [Miller] et Pecco était super rapides et Pecco a fait exactement ce qu'il avait fait à faire. Mais je pense que la pression n'était pas facile à gérer pour lui non plus. Avec Márquez dans sa roue à 0"2 pendant toute la course, c'était difficile, et il a juste fait une erreur. Et tout à coup nous étions champions. On pouvait tout calculer et se dire 'il faut finir la course' mais non, c'était déjà fait. C'était inattendu ce jour-là, mais pas inattendu que Fabio soit Champion. "

Jarvis juge en effet le titre de Quartararo amplement mérité au terme d'une année où il a fait preuve d'une maîtrise impressionnante : "Il a fait une saison fantastique. Je pense que c'est un titre vraiment mérité. Il a été très rapide et très, très constant. Dans les mauvais jours, il a toujours pris des points. Donc c'est vraiment un titre mérité et nous lui sommes reconnaissants de nous l'avoir ramené après six ans."

L'attitude exemplaire de Quartararo a joué en sa faveur

Unique pilote du plateau à avoir inscrit des points lors de chaque course disputée cette saison, Fabio Quartararo mène le championnat sans interruption depuis une troisième place au Grand Prix de France, dans des conditions pluvieuses qui lui avaient rarement réussi par le passé. Jarvis estime que son pilote a démontré sa supériorité cette année, en apportant également son état d'esprit positif pendant que des tensions apparaissaient de l'autre côté du garage, jusqu'au départ fracassant de Maverick Viñales cet été.

"Fabio était sans contestation la personne la mieux placée pour être Champion du monde cette année. Je pense que dans le paddock, tout le monde s'accordera sur le fait qu'il a été super rapide, constant. Il a toujours le sourire, il apporte beaucoup d'énergie dans l'équipe. C'est un plaisir de travailler avec lui. Donc je dirais que ce n'est que justice et qu'il mérite vraiment cette victoire, que les ingénieurs de Yamaha méritent aussi cette victoire, et l'équipe également. C'est une très bonne sensation."

Le Champion du monde Fabio Quartararo, Yamaha Factory Racing fête son titre avec son équipe

Pour Lin Jarvis, Fabio Quartararo a acquis cette mentalité en tirant les leçons d'un exercice 2020 prometteur mais finalement décevant. Leader pour la première fois d'un Championnat du monde et vainqueur de ses trois premiers Grands Prix l'an passé, El Diablo avait finalement sombré au classement avec une machine aux performances inconstantes et c'est son coéquipier Franco Morbidelli, au guidon du modèle 2019, qui avait terminé vice-Champion. Quartararo et Yamaha sont sortis grandis de cette expérience douloureuse.

"Comme Fabio l'a dit, la moto 2019 était meilleure que la 2020. Franky [Morbidelli] a aussi gagné des courses, il a également remporté trois courses, autant que Fabio. Mais l'an dernier, notre gros problème était avant tout de notre côté, dans la technique, nous n'avons pas répondu aux attentes et il était très inconstant, il faisait des erreurs, s'agaçait, était frustré. Mais je pense que ces choses-là l'ont aidé à grandir cette année, nous aussi, et à améliorer la moto. C'est comme si cette année, nous étions tous devenus plus mûrs. Il a rejoint l'équipe d'usine avec un soutien total, la moto était meilleure, il était meilleur mentalement et ses expériences négatives ont été transformées en positif cette année."

Quartararo a donné un nouvel exemple de cette mentalité dans la façon dont il a abordé un Grand Prix d'Émilie-Romagne mal embarqué. Il n'était que 15e sur la grille de départ, son plus mauvais résultat en MotoGP après des qualifications difficiles sur piste humide, ces conditions étant une faiblesse persistante de la Yamaha. Mais il ne s'est pas découragé et a su faire une course solide pour remonter jusqu'au quatrième rang, résultat dont il n'avait même pas besoin après l'abandon de Bagnaia.

"Je pense qu'il a encaissé. Les conditions étaient vraiment mixtes, humides, difficiles, notre moto ne fonctionne pas très bien là-dedans. Donc il y a beaucoup de raisons qui ont fait qu'il n'est pas entré directement en Q2 et qu'il n'a pas eu de bonnes qualifications. Il a juste appris à accepter les choses telles qu'elles sont : 'C'est comme ça, on part de là, demain il fera beau, la piste sera sèche et on verra ce qu'on pourra faire'. Je ne pense pas qu'il était particulièrement stressé par ça."

La moto du Champion du monde Fabio Quartararo, Yamaha Factory Racing derrière le panneau

"Évidemment, il y a de la tension parce que quand on se rapproche de l'ambition de sa vie ou de l'objectif d'être Champion du monde de MotoGP, il y a naturellement une certaine adrénaline, une certaine tension, une certaine nervosité en soi. Mais il a géré ça très bien et je pense qu'il est resté calme et a juste fait ce qu'il avait à faire sans se soucier des autres. Je pense que c'était la clé."

L'ambiance positive évoquée par Jarvis tranche avec le dernier titre de la marque en 2015, obtenu par Jorge Lorenzo au terme d'une lutte âpre avec Valentino Rossi : "Au final on avait décroché un doublé avec Lorenzo et Rossi", se souvient Jarvis. "Mais sincèrement, malgré notre doublé, c'était une victoire compliquée. On n'a jamais pu vraiment en profiter et le savourer à cause de la polémique à l'époque. Mais cette fois c'est très clair. Fabio Quartararo méritait de remporter le titre et nous sommes très heureux."

"Ce titre a vraiment une saveur agréable parce qu'il a mijoté pendant six ans", a ajouté le Britannique. "Il y a eu beaucoup d'efforts et d'énergie pour en arriver là donc c'est vraiment, vraiment agréable. Souvent, quand on cuisine lentement et pendant longtemps, ça a plus de saveur !"

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